LIVRE II
sa fierté brutale, et dit-on que ces Singes habitent dans les déserts d'iEthyopie.
Ce n'est pas qu'il ne s'en trouve ailleurs : car ce mesme Autheur recite que l'on en prit autrefois deux, un masle et une femelle, dans les forests de Saxe (ou selon quelques-uns d'Esclavonie), dont la femelle fut tuée par les armes des chasseurs et les dents des chiens, et le masle pris vif : depuis ce Satyre estant apprivoisé, on fit en sorte qu'il s'accoustuma à marcher sur les deux pieds de derrière seulement, et à proférer quelques paroles, encore fort imparfaitement et tres-mal distinguées : et remarque cet Autheur que lors qu'il entroit en chaleur, il estoit eschauffé d'une rage d'amour si excessive envers les femmes, qu'il s'efforça mesme publiquement d'en violer quelques unes.
iElian ne donne aucun nom à ces Satyres, mais seulement escrit que dans les montagnes des Indes vers Corude, il y a de certaines bestes toutes velues fort sem-
blables aux Faunes et Satyres, et qui portent de grosses queues, à peu prés comme celle d'un cheval : elles font ordinairement leur repaire dans les antres et aux endroits plus touffus des forests, dont elles ne sortent point sinon lorsqu'elles se sentent poursuivies des chasseurs. Car aussi tost elles courent habilement au haut des montagnes, d'où elles poussent tant de pierres et si grosses contre les chasseurs, qu'il en demeure quelque fois aucuns morts ou blessez sur la place, et très malaisément peuvent estre prises, sinon lorsque les maladies les font trouver seules en quelque coing du bois, ou qu'estant pleines, la pesanteur de leur ventre retarde la vitesse de leur course. Outre ces deux incommoditez qui font tomber ces animaux entre les mains des chasseurs, Pline adjouste encore la vieillesse, quand il escrit, qu'au païs des Cartadules dans les montagnes des Indes, il y a des Satyres qui sont des bestes de figure humaine, courant ores