‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 39 sur 130 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

droicte, que l'on nomme cornes et coins, on dit qu'ils donnèrent au Dieu Pan en ses Statues deux cornes sur le front. Les pays froids aussi bien que l'Inde et l'^Ethiopie, nourrissent de ces animaux, comme le tesmoigne clairement Hérodote, lors qu'il conte que dans les montagnes de Scythie vers les iEgryppases, habitent des hommes demy-boucs, ou chevre-pieds : faisant à sa mode un peuple de ces Singes demy-hommes et demy-chevres, ainsi qu'il a faict des Cynocéphales, qui sont d'autres Singes ayant une teste de chien. Du nom de ces Singes furent autresfois nommées les Isles Satyrides, si nous voulons croire ce que Pausanias nous en a laissé, au rapport d'un Euphemus Carien.

Cet Euphemus luy conta, que navigeant avec bonne trouppe en Italie, la tempeste les porta en certaines Isles nommées Satyrides, où si tost qu'il furent abordez accoururent sur le rivage des monstres qui y habitent, tous couverts d'un poil

roux, et traisnans des queues non moindres que celles d'un cheval, lesquels sans proférer aucune parolle, se jettoient à corps perdu sur les femmes d'une fureur d'amour si enragée, que pour se délivrer d'une telle violence, ils furent contraints de mettre à l'abandon au milieu de ces monstres une femme estrangere qu'ils avoient dans le vaisseau, et se retirer en haute mer. A quoy nous adjousterons seulement que les Singes Satyres, ainsi mesme que Nicephore nous l'enseigne, ont la face d'une couleur fort rouge, et les membres souples et subtils à se mouvoir diversement.

Or de cette sorte de Satyres, à mon advis, estoient ceux que Philippes Archiduc emmena à Gennes en l'an M. D. XLVIII, dont l'un estoit desja vieil, et l'autre encor tout jeune : lesquels il voulust faire voir parmy les autres magnificences qui accompagnèrent son entrée en cette ville, estimant que la figure monstrueuse, et la rareté de

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