LIVRE II
ces animaux n'apporteroit pas moins d'ornement à cette pompe, que d'estonnement à tout le peuple. Entre ces mesmes animaux l'on doit comprendre ce Satyre que S. Hierosme escrit avoir esté porté vif jusque dedans Alexandrie, où il servit par un long temps de spectacle à tout le peuple, et depuis estant mort et embaumé, fut porté à Antioche vers l'Empereur Constantin. Albert aussi le met au nombre de ces Singes qu'il appelle les velus. Et n'en desplaise à quelques modernes, qui nous ont voulu faire accroire que ce Satyre fut celuy mesme qui se fit voir et parla à Sainct Antoine dans les déserts de la Thebaïde, le texte de S. Hierosme nous apprend tout le contraire, et l'ordre seul des temps rend cet abus trop manifeste. Car Constantin le grand, soubs lequel le corps de ce Satyre fut porté mort et embaumé en la ville d' Antioche, estoit decedé dès les trois cens trente-sept. Et cet autre Satyre, que nous monstrerons
cy-apres avoir esté un Démon, ne parut à Sainct Antoine qu'en l'an trois cens quarante - trois, soubs les Empereurs Constans et Constantin.
Ce que nous lisons dans Nicephore de cet animal furieux demy-chevre et demy-Singe, qu'il nomme Pan, envoyé par le Roy des Indes à Constance, a bien de la conformité avec l'histoire de ce Singe Satyre de Sainct Hierosme, si d'aventure ce n'est la mesme chose. Car l'un et l'autre fut long temps gardé vif, et puis estant mort, embaumé, afin qu'il fust veu de l'Empereur. Mais Nicephore se trouvant non seulement contraire au nom de l'Empereur, ains faisant ce Pan différent d'espèce, de forme, et de nature, des Singes Satyres, il est à croire, ou qu'il s'est abusé, ou que ce Pan estoit autre que le Satyre de Sainct Hierosme, et que ces deux récits sont deux histoires différentes. Ce que l'on confirmeroit par deux fortes raisons : l'une tirée de la description de ce Pan, car il luy faict