LIVRE II. 6l
les parties supérieures semblables à la chèvre et non pas à l'homme comme le Satyre, et l'autre de la férocité qui obligeoit à le tenir enfermé. Car les Satyres ne sont pas si furieux, ains au contraire nous asseurerons avec Pline, qu'autant comme les Cynocéphales sont farouches et sauvages, autant les Satyres sont de nature douce et traictable. Mais quoy qu'on vueille dire en cette occasion, on jugera tousjours que Nicephore n'a pas bien rencontré d'avoir adjousté en ce mesme lieu, que de ce Pan les anciens Grecs en firent le Dieu tutelaire des Pastres et troupeaux, comme des Singes, Satyres, les Faunes, et Sylvains : car le Dieu Pan et les Faunes, n'estoient en rien différents, n'ayant point esté formez sur divers exemples, et est très faux que ce Dieu fust depeinct demy-chevre et demy- Singe, tel que ce Pan de Nicephore, ains demy-homme et demy-chevre, tout ainsi que les autres Satyres : et au contraire est très vray que la couleur rouge,
dont cet Historien enlumine la face du Satyre seulement, estoit aussi commune au Dieu Pan. Ainsi Virgile :
Le Dieu Pan s'y trouva, dont nous vismesle
teinct Sanglant de jus d'hyeble, et de cinabre peinct.
On vit jadis un de ces Satyres dans l'Arcadie, qui tourmentoit fort les pastres de la Province, et prenoit plaisir, par une malice de Singe, de destourner le bestail et le faire esgarer dans les bois d'alentour : des violences et importunitez duquel Argus Polyoptes délivra le pays, l'ayant mis à mort. Depuis l'on en prit encore un autre dans un parc sacré aux Nymphes près la ville d'Apollonie, qui fut trouvé dormant et mené devant Sylla : aucuns pourtant, contre toute raison, ont estimé qu'il estoit un de ces hommes supposez et imaginaires, et d'autres, sans aucune apparence, l'ont mis au nombre des Satyres Démons. Mais en l'histoire on ne voit point qu'il ait dit ou faict