LIVRE II
velus et couverts d'un grand poil de couleur rouxastre, dont mesme ils ont esté nommez les velus. Ils ont les parties supérieures, la teste, les mains, et le corps, semblables à celles de l'homme, avec quelque légère différence seulement : car ils ont la face rouge, et des cornes aux deux costez du front : et les parties inférieures depuis l'estomach, ils les tiennent de la chèvre, excepté seulement la queue, qui de forme et de grosseur ressemble à celle d'un cheval. Ils marchent quelquefois debout comme l'homme, et le plus souvent à quatre pieds comme les autres brutes, ils sont fort vistes et légers à la course, et leurs membres souples et disposts pour faire gaillardement plusieurs soubresauts et gesticulations : et bien qu'ils soient lascifs enragement, au temps que le naturel désir d'engendrer les espoinçonne, ils sont pourtant de nature douce et facile à apprivoiser. Leur retraitte est tousjours dans les déserts aux
creux obscurs des antres, ou dans les plus profonds recoings des espaisses forests. Et quant à la voix articulée que quelques-uns ont voulu dire estre aussi familière aux Satyres qu'aux hommes, cela ne se trouve point en ces animaux; car de leur nature ils ne parlent point, jettant seulement une voix aspre, entremeslée du hannissement d'un cheval et du beuglement d'un bouc. Il est bien vray qu'ils ont cela par dessus les autres Singes, qu'avec une grande peine et un long temps, on peut leur apprendre deux ou trois parolles : encore ne les peuvent-ils proférer si intelligiblement que les oyseaux qui sçavent parler, ains les confondent sans se pouvoir faire entendre, à la façon des petits enfans qui commencent à jargonner.
Voilà quelle est la forme et la nature de ces Singes, dont le nom de Satyre estonne plus que tout le reste, à cause de ces Dieux champestres que les Payens ont ainsi nommez. Mais par