‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 44 sur 130 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

l'etymologie du mot de Satyre, il est aisé de recognoistre que ce nom a esté donné premièrement à ces animaux avec juste raison selon leur nature, et depuis par comparaison à toutes les autres choses qui leur ressembloient. Car ce mot de Satyre est dérivé, selon quelques uns, du nom Grec, qui signifie la partie qui faict l'homme, estant donné à ces Singes pour dénoter leur lasciveté prodigieuse, et Silène du verbe Grec, qui signifie, grincer les dents : car soit qu'ils facent mine, ou de rire, ou de gronder, ils retirent les lèvres en haut et en bas, laissant leurs dents et leurs gencives toutes descouvertes.

Or, pour remanier en passant la principale question de tout ce discours, il n'y a personne si peu versé en la cognoissance de soy-mesme, qui voulust dire que ces Satyres fussent des hommes, ny si peu raisonnable que d'en faire des animaux raisonnables. Car il est trop clairement hors de doute que

ce sont véritables bestes brutes, qui vivent dans les lieux désertez à l'esgal des autres, selon les simples mouvements que la nature leur donne, sans autre raison que les sensibilitez et cet instinct naturel commun à tous les animaux irraisonnables. Et sans perdre le temps à la preuve d'une chose trop manifeste, nous déterminerons de tous ces Satyres, ce qu'Albert le Grand escrit de celuy-là qui fut pris dans les forests d'Esclavonie, qu'ils n'usent d'aucun discours de raison, n'ayant rien d'humain, comme dit Mêla, que je ne sçay quelle apparence extérieure, encore toute diversifiée de monstrositez.

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