LIVRE II
blent ny à l'un ny à l'autre, et demeurent inhabiles à toute génération : et cela s'appelle monstres. Moyse, ce grand Prophète et Législateur, auquel Dieu descouvrit les plus secrettes Justices de ses volontez, par Loy expresse deffendit aux Juifs de se rendre ministres de tels meslanges irreguliers : comme estant chose contraire atout devoir raisonnable, de faire fourvoyer la nature des voyes que Dieu mesme luy a tracées et commandé de suivre.
Ana fut celuy qui trouva le premier l'invention d'avoir des mulets ; où la traduction commune porte, Les eaux chaudes, l'Hébraïque met, Les mulets, et la paraphrase, Les forts, à cause de la force des mulets. Action certes digne d'Ana seul et de son origine : car, estant né de l'incestueux embrassement de Sebeon et de sa mère, il eut raison de rechercher les moyens de rendre toute la nature incestueuse, pour couvrir l'opprobre de sa naissance. Encor sem-
bleroit-il que ces actions desreiglées seroient peu condamnables, voire nullement considérables dans les bestes brutes, dont la vie et les œuvres sont indifférents au vice et à la vertu. Mais en l'homme, qui par la raison usurpe l'empire du monde, et s'esgalle à Dieu, y voir un si détestable esgarement de nature et d'esprit, cela semble non seulement hors de vray-semblance, mais un sacrilège à l'imaginer. Il est neantmoins aussi certain qu'incroyable qu'il s'en est trouvé, dont les désirs ont esté si desordonnez, l'humanité si brutale, et la raison si desraisonnée, que de rechercher l'assouvissement de leurs appétits enragez hors les inclinations naturelles de leur espèce : et qui ont donné par ce moyen la naissance à des créatures abominables, l'horreur du Ciel, l'effroy de la terre, et qui portant en leur corps la figure humaine meslée avec la brutalle, décèlent par un juste jugement de Dieu la honte et l'infamie de leurs