LIVRE II
parens. C'est ce qu'ont voulu signifier les ingénieux inventeurs de Fables, qui disent qu'en la guerre des Geans contre les Dieux, pendant que la Lune fut desvoyée de son mouvement ordinaire, et qu'elle se leva d'autre costé que dont elle avoit accoustumé, nasquirent des monstres, et force animaux d'estrange figure, icy bas. Ayant voulu, soubs ce desvoyement de la Lune, comprendre les désirs forcenez et les fureurs d'amour contraires au cours ordinaire de la nature :. car la Lune n'est autre que la Déesse Venus. Aussi les ^Egyptiens l'invoquoient en leurs amourettes, et Isis, qui est la mesme Lune, préside, comme disoit Eudoxus, et gouverne les amours.
Qui ne sçait l'origine de ce Minotaure, plus honteux aux Cretois, que dommageable aux Athéniens? Et que ne presumera-t'on point des prodigieux accouchements d'Alcippe et Glaucippe?
Ce moustre demy- homme et demychien, ne donna pas moins d'effroy à
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toute l'Italie, sous Pie VI, que ce chien adultère d'estonnement aux Juges Romains, et cet Hippocentaure nouveau né, d'admiration aux Philosophes de Grèce chez Periander. De cette sorte de monstres sont les Satyres, que nous comprenons sous la deuxiesme espèce, dont les membres diversifiez de deux natures sont indices trop certains de leur origine. Le Chevrier Crathin, de qui la mort ne fut pas seulement l'efTect d'une nouvelle jalousie, ains le tesmoignage d'un celeste courroux, fut père d'un Satyre monstre, demy -homme et demy-chevre, que les habitans du pays mirent au nombre des Dieux, et adorèrent sous le nom de Sylvain, ou Napase. Tel sans doute fut ce Dieu Pan dont Pénélope accoucha, mettant son honneur à l'ombre du desguisement en bouc d'un Mercure supposé : à l'exemple de Philire, qui cacha l'infâme naissance de Chyron, soubs la figure chevaline de Saturne, et encore d'Ixion, qui fit croire que les