‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 49 sur 130 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Centaures furent engendrez dans les nues, et non pas dans les haras de Magnésie. Et s'il est permis de philosopher sur l'histoire, il faut dire que Valérie, qui se précipita pour l'horreur de son crime, ayma mieux confesser un inceste avec son père, que d'avouer une impieté moins humaine et naturelle, qui la fit accoucher d'un eufant, que les Latins nommèrent Sylvain (du mesme nom que le fils de ce Chevrier Crathin) et les Grecs ^Egypan : car de ces nopces ainsi prodigieuses et desnaturées, dit Plutarque, sont procédez les ^Egypans.

La prodigieuse salacité des boucs de Mendes, rapportée par Pindare et Hérodote, qui les a faict prendre à quelques uns pour.incubes, et la vie solitaire de la plus part des habitans de ce pays, qui sont presqne tous Chevriers, ont peu vray-semblablement mettre au jour plusieurs de ces Satyres monstrueux :

et Virgile semble avoir voulu toucher en passant la génération de ces monstres

demy-hommes et demi-chevres, quand il chante des forests où Evander avoit basty sa ville :

Les Satyres jadis habitoient ces déserts, Naturels citoyens de ce pays sauvage, Parmy des hommes nez des chesnes entrouverts, Qui de l'honnesteté ne sçavoient point l'usage.

Comme s'il vouloit dire, que la raison grossière et brutale des Pastres qui frequentoient ces lieux déserts, ne pouvant résister à la fureur desordonnée qui les agitoit, les rendoit pères de ces Satyres, dont on en voyoit quelques uns seulement vivre parmy eux. Je dis quelques uns seulement, car de penser qu'il y puisse avoir des peuples entiers et grand nombre de ces Satyres monstrueux, il seroit ridicule; parce qu'estant Hybrides, c'est à dire, nez d'animaux de deux espèces différentes, ils sont du tout incapables d'engendrer, et estouffent leur race en eux mesmes, sans pouvoir renou-

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