LIVRE II
veller aucun estre ressemblant tant soit peu à ceux dont ils ont pris naissance. Alexandre Aphrodisee, demandant pourquoy les mules n'engendrent point, tranche tout court, que c'est à cause qu'elles sont nées d'animaux de diverses espèces. La raison est, que par la confusion de ces deux natures qui sont diverses d'habitudes et de qualitez, il se faict un troisiesme estre, lequel n'estant ny l'un, ny l'autre, destruict en sa génération toutes les facultez productives de l'un et de l'autre : comme nous voyons, au meslange du blanc et du noir, naistre par la totale corruption de ces deux principes, une couleur brune, laquelle ne sçauroit plus estre ny l'une ny l'autre. L'on dira, peut-estre, de ces Satyres demy-hommes et demy-chevres, et de ces autres monstres ou l'humanité n'est point confuse, ains joincte seulement à la brutalité, que les deux espèces ne s'estant point meslangées comme aux mulets, aux leoparts, et autres tels ani-
maux Hybrides, les dispositions naturelles nécessaires à l'entretien des espèces, se seroient conservées entières aux unes et aux autres parties de ces corps monstrueux : mais pourtant il ne s'ensuivroit pas que ces Satyres fussent capables d'engendrer. Car la matière dont se faict l'animal découlant des parties supérieures qui sont humaines, apporteroit avec elle des habitudes et qualitez propres à la génération de l'homme : et venant à tomber pour se cuire dans les inférieures, qui sont de bouc, et disposées à autre effect, elle perdroit telles qualitez humaines en cette préparation, et seroit rendue incapable de toute action. Et d'ailleurs les habitudes de ces parties inférieures enclines à la production d'un bouc, travaillant sur une matière ingrate et répugnante à leurs opérations, se destruiroient elles mesmes sans rien effectuer. Ainsi, bien que les habilitez productives, qui sont dans les deux diverses natures de