LIVRE III. 8l
ces Satyres, ne fussent point corrompues en la matière dont ils sont engendrez, elles s'aneantiroient tousjours en celle qui leur seroit nécessaire pour engendrer.
Les Juifs, poussez d'une juste et saincte appréhension de veoir naistre de ces monstres, décernèrent peine de mort contre l'un et l'autre de leurs parents, ce qui s'observe encore aujourd'huy. Et les Payens, esmeus d'un pieux estonnement quand ils naissoient, après certains sacrifices de propitiation les enterroient vifs, ou les precipitoient dans les ondes expiatoires de la mer. Mais s'estant la Religion Chrestienne accreue, et telles cérémonies peu à peu intermises, et en fin abolies, les Historiens, comme escrit Ammian, ont négligé depuis de faire mention des monstres qu'ils ont veu naistre.
Or ces Satyres, bien qu'abominables en leur origine, et si estranges en la conformation de leur nature,, nous obli-
gent pourtant à disputer leur humanité : non pas sçavoir s'ils font une espèce d'homme différente des Adamiques, car nous avons suffisamment discouru qu'il n'y en peut avoir : mais simplement s'ils sont hommes (bien qu'ils soient nez en partie de la semence d'Adam), c'est à dire, si tels monstres demy-bouquins peuvent avoir une ame spirituelle et immortelle pareille à celle des vrays hommes entiers et parfaicts. Question peut-estre qui semblera grande à quelques uns, mais à mon advis très facile à résoudre. Il est bien vray que d'abord les trois parties principales de leur vie, qui n'ont rien que d'humain, semblent tesmoigner l'immortalité de la forme qui les anime ; et cela seroit bien considérable si l'ame immortelle, à l'exemple des autres formes naturelles, se tiroit de la puissance de la matière, quand les dispositions y sont introduites. Mais venant d'ailleurs, et tombant des mains de Dieu dans un corps propre à la rece-