‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 52 sur 130 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

voir, cette preuve, tirée des principes matériels d'une vie simplement naturelle, est trop foible en cette occasion : veu mesmement les puissantes raisons qu'il est facile d'opposer à l'encontre. Pour faciliter donc la certitude de cette vérité, nous en establirons le discours sur cette division, que le subject semble requérir de luy-mesme : ou l'ame immortelle du Satyre monstre, se conjoignant à son tout, informeroit les parties de son corps qui sont mesme engendrées de la beste brute, ou seulement celles qui procèdent de l'homme. Et ayant monstre clairement que l'un et l'autre est impossible, et non moins répugnant à la Religion, que contraire à la nature, il sera nécessaire de conclure que ces monstres, n'ayant rien plus que la vie et les sentimens, sont totalement subjects à la mort.

Quant au premier membre de nostre division, ce n'est pas seulement une maxime de Philosophie, que les formes

naturelles ne peuvent donner l'estre à autres matières qu'à celles qui leur sont justement proportionnées et qu'une mutuelle convenance rend propres à cette information : ains une reigle certaine et constante dont la nature ne se desvoye jamais. Or dans ces Satyres, les parties de leur corps engendrées de la chèvre ne peuvent avoir aucune proportion à l'ame spirituelle, et quelques dispositions qui s'y puissent introduire, elles ne peuvent estre vivifiées que d'une ame brutale et mortelle; d'autant qu'il ne se peut faire qu'une matière reçoive l'estre d'une forme différente d'espèce de celle à laquelle elle est convenable. Auxbestes brutes, dés lors que la matière est préparée à la vie, il en sort naturellement une ame qui l'informe aussi tost, et à laquelle seulement elle est proportionnée. Mais en l'homme, le corps estant formé de toutes ses parties, attend quelque chose de plus grand qu'un principe de sensibilité, et reçoit un esprit, à

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