LIVRE III
l'information duquel il a seul une légitime convenance. Aussi Dieu créa le corps et l'ame des bestes brutes en un mesme instant, pour nous monstrer que par tout où est leur corps, là est leur ame sensitive. Mais pour créer l'homme, il en prépara la matière et en ordonna les membres, puis y versa le soufle de vie, cet esprit qui nous faict mouvoir; afin que nous peussions cognoistre que cette parcelle de la Divinité, Famé immortelle, n'a rien de commun avec le corps des bestes, et qu'elle sera seulement infuse dans ceux, lesquels estans nez de la mesme terre dont il fit le premier homme, seront informez dessus le mesme modelle. Il me souvient icy de Xenophon, quand il dit que le bon mesnager a chez soy un lieu propre pour les ustensiles destinez à l'usage des sacrifices, et un autre pour la vaisselle de table : qu'ailleurs sont les instruments de la guerre, et ailleurs les outils du labourage, sans qu'il les confonde jamais,
et en transporte aucun hors du lieu qui luy est ordonné. La nature, guidée de la main de Dieu, en faict presque de mesme : elle a diverses matières, qui sont comme les lieux propres à diverses formes ; en celle-cy elle a de coustume d'y en mettre aucunes, et en celles-là d'autres, sans que jamais elle en trouble l'ordre, et transfère une forme dans une matière qui n'est pas destinée pour la recevoir. Il est impossible que dans une fleur née de semence de rose et préparée à cette forme, celle d'un œillet soit transmise. L'on ne voit point qu'un animal produict d'une matière de lyon, et disposé à cette forme, reçoive jamais celle d'un cheval. De mesme ne se peut-il faire dans ces Satyres, que les parties conceues d'un matière brutale, engendrées d'une beste, et préparées à l'ame qui leur est naturelle, soient capables d'estre vivifiées de la forme de l'homme, et unies à un estre spirituel, avec lequel elles n'ont aucune confor-