LIVRE III
mité. A ceux-là qui pourroient croire telle conjonction de deux choses si contraires, seroit facile de persuader que l'ame de Pelops informoit son espaule d'yvoire, et celle de Pytagore sa cuisse d'or : car les parties brutales d'un Satyre monstre sont aussi peu proportionnées à l'ame spirituelle, que l'yvoire et l'or. Mais à propos de Pytagore, ce Philosophe, qui enseigna la transmigration des âmes humaines dans de nouveaux corps après la mort, n'a pourtant jamais pensé que l'ame spirituelle de l'homme entrast dans le corps d'une beste brute pour luy donner la vie. Car, comme toute sa doctrine estoit cachée au populaire sous des intelligences asnigmatiques, aussi entendoit-il par cette metempsy chose , au rapport des bons Autheurs, que les vices impriment des tasches et qualitez terrestres dans les âmes, lesquelles, leur demeurant mesme après la mort, sont comme un corps qui les suit par tout, et qui sert d'un
vestement grossier à leur spiritualité contaminée. Mais si nous confessions que l'ame immortelle donnast vie aux parties brutales de ces Satyres, il n'y auroit point d'explication secrette à chercher; et aveuglez en la saincte lumière qui nous esclaire, il nous faudroit avouer que réellement et de fait, l'ame humaine seroit et animeroit le corps d'une beste, encor que ce Payen ne l'ait enseigné que par asnigme.
Que si quelqu'un d'aventure s'advisoit de dire à cela, que l'ame immortelle informeroit seulement les parties brutales de ces Satyres, comme sensitive, et que s'arrestant au degré de la sensibilité, elle leur communiqueroit une vie telle que leur nature la peut espérer : il seroit facile de respondre en un mot, que cela ne levé pas ce que nous disons de la disproportion des parties brutales à la forme humaine. Car l'ame n'est point de ces causes qui agissent par le contact de vertu, c'est à dire, où elles ne sont