‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 55 sur 130 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

point, et par des qualitez émanées de leur puissance, ains seulement où elle est, et sur les subjects qu'elle touche. En quelque façon quelle informeroit les parties brutales, elle y seroit en présence et substantiellement; et en quelque lieu qu'elle soit, elle n'y peut estre à demy et jusques à certain degré d'information, mais selon la totalité de sa nature. Cette forme spirituelle a cela de particulier et de divin par dessus les autres, qu'elle n'est pas seulement diffuse dans la masse du corps , et toute dans le tout :

mais encore toute entière en chacune partie, avec telle égalité, qu'elle n'est point plus grande dans les grandes, ny moindre dans les moindres. Car quant à la diversité de ses actions, dont les unes sont plus relevées, et les autres plus basses, elle provient de la disposition des organes, desquels elle est contrainte de se servir pour opérer en cette vie, et non pas d'aucune inégalité qui soit en son information. Elle sent en son

tout, dict Sainct Augustin, une picqueure d'espingle faite dans la chair vive en un point imperceptible, encore que la douleur ne courre pas les sens corporels, ains demeure au lieu où se faict le sentiment. Si bien qu'estant unie à ces membres boucquins pour les animer, elle y seroit selon la totalité de son estre, l'entière spiritualité de sa substance, et toutes les autres facultez qui la décorent : et sans aucune différence informeroit cette matière, quoy que brutale et incapable de cette forme, avec les mesmes puissances que les plus nobles parties du corps humain : ce que nous disions estre contraire à toute apparence de raison, et au cours réglé de la nature.

Cette raison sera suivie par des inconveniens d'une si puissante considération, qu'ils doivent estre receus pour argumens légitimes en cette matière. Le péché originel, dont tous les hommes ont hérité de leur premier père, et pour

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