LIVRE III
moins cette mesme ame ne laisseroit pas d'estre entachée de ce mesme péché, par la conjonction des autres parties qui viendroient de l'homme : et estant toute entière en chaque partie du corps, ils'ensuivroit qu'une mesme chose seroit toute pure et toute souillée, selon les diverses parties qu'elle informeroit.
Cette faute originelle me faict souvevenir du Baptesme, et le Baptesme des autres Sacremens.
Il n'y a personne si peu religieux qui voulust dire que les Sacrements adorables de l'Eglise, instituez par le Verbe Eternel au salut de l'homme seulement, pour le nettoyement de ses vices et la vivification de son ame, doivent estre profanez jusqu'à cette irrévérence, que d'estre communiquez aux bestes brutes. Et pourtant si l'ame de ces Satyres estoit immortelle, un corps de beste recevroit la sanctification du sacré
Baptesme, et la consécration des sainctes Huiles. Et bien d'avantage ce Pain celeste et vivant, préparé seulement pour les Anges, et pour les hommes, qui ne sont gueres moins qu'eux, seroit receu (chose indigne à penser) dans un corps de beste, et contre ce que nous chantons tout haut, donné véritablement aux chiens. Les Romains estimoient toute l'enceinte de leurs murailles sacrée, excepté les portes, pource qu'estant destinées au passage de beaucoup de choses profanes qui entroient dans la ville, ils ne croyoient pas qu'elles peussent estre sanctifiées : et par raison contraire, on peut dire que le corps estant comme la porte et le passage par où les Sacrements sont transmis en l'ame, doit avoir de soy-mesme quelque saincteté, et non pas estre ravallé jusques à la brutalité. Car bien que dans l'ame soit transfuse la grâce et l'efTect des Sacremens, le corps pourtant est celuy qui les reçoit, et en partage avec elle les mérites effi-