‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 59 sur 130 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

monstres Satyres : car toutes les defformitez des corps humains ne sont que vices en la figure simplement, et non pas en la matière, laquelle est de soy naturellement humaine, et disposée, voire mesme désireuse de cette parfaicte reformation. Mais la monstrosité de ces Satyres n'est pas seulement un deffaut en l'apparence extérieure, ains dans l'intérieur de la matière dont telles parties difformes sont procréées : et quelque changement qui puisse miraculeusement y arriver, elles seront tousjours brutales. De sorte qu'il faudrait, pour rendre les corps de ces Satyres capables de la résurrection, que telles parties fussent entièrement destruictes : et ainsi la moitié de leur corps, bien qu'elle eust receu les Sacrements, et participé au travail de l'autre moitié, ne l'accompagneroit pas en la recompense.

Le second membre de nostre division n'a pas moins de répugnance à la raison, pour les absurditez estranges qui s'en

ensuivroient. Car si l'ame raisonnable qui seroit en ces Satyres vivifioit seulement les parties humaines, et la sensitive les brutales, une mesme créature seroit composée de différentes matières, et animée de diverses formes : un mesme tout auroit deux estres, et un mesme vivant deux âmes. Les égyptiens ont bien eu cette opinion qu'il y avoit trois âmes dans un mesme homme, encore subordonnées à la puissance l'une de l'autre : mais la nature nous monstre tous les jours qu'un mesme subject ne peut recevoir qu'une seule forme, et la vérité nous commande de croire qu'il ne peut y avoir qu'une seule ame dans chaque animal.

Ou bien disons au contraire, que ce ne seroit pas un mesme corps, ny un mesme vivant : mais comme il est très vray, les parties supérieures estant humaines et informées de l'ame humaine, ce seroit un demy-homme parfaict, joinct à une demy-beste parfaicte. Mais quel agent pourroit estre assez fort en la nature

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