LIVRE IV
les Satyres ont esté reputez mesmes puissances, que tous ces noms leur sont communs, et que quelques doctes Interprètes se sont efforcez de rapporter tout ce que nous en lisons à une mesme Divinité. Nous apprenons que l'Empereur Severe, après avoir passé par toutes sortes de dignitez, et savouré toutes les délices qui peuvent allumer les cupiditez de l'homme, avoit de coustume de dire : « J'ay esté tout ce qu'un homme peut » estre, j'ay esprouvé toute chose, et si, » je ne suis pas encore content. » De mesme est-il arrivé de la religion des Payens : ils ont adoré tous les Dieux qu'ils se sont imaginez, receu tous ceux des pays estranges, et dressé mesme des Autels à ceux qu'ils ne cognoissoient point, et dont ils ignoroient le nom : toutefois ils n'ont peu jamais estre satisfaicts, et leur ignorance semble avoir tousjours attendu la cognoissance d'une Deïté plus saincte et plus puissante que toutes celles qu'ils honoroient. Le Diable
par ses maudits artifices estoit celuy, qui les tenant aveuglez en la lumière de leur propre Philosophie, par laquelle ils apprenoient d'eux mesme l'unité d'un vray Dieu, les charmoit et arrestoit en la révérence impie de tant de Deïtez, afin qu'adorant plus d'un Dieu, ils n'en adorassent point du tout. Car cet esprit d'orgueil et d'envie, forcenant d'une rage effrénée à la perte des hommes de ces premiers siècles qu'il a tyrannisez avec tant de violence et d'astuce, et tirant ses advantages de leur aveuglement : si tost que par les Sacrifices dont ils honoroient la mémoire de quelque Prince sage et vertueux, ou que par une action extraordinaire en la nature, et miraculeuse à leur stupidité, il les voyoit disposez à la vénération de quelque nouvelle Deïté, il s'y jettoit à la traverse, prenoit possession des lieux propres à la demeure de ces Dieux imaginaires, et par des oracles douteux et des effects d'une puissance surnaturelle, leur versoit en l'ame la