LIVRE IV
mescognoissance de ce qu'il estoit : rendant par ce moyen notoire cette vérité prophétique, dont nous apprenons que tous les Dieux des Payens estoient des Démons malitieux, qui soubs l'ombre des ténèbres de leur ignorance ont usurpé le nom, les honneurs, et l'authorité simulée de Dieux.
Que n'a point faict ce Prince de men songe dans le culte des Faunes et Satyres? et quelle puissance ne s'est-il point arrogée à l'ombre de cette croyance religieuse? On dit que les Archers de Saùl, allant de sa part pour surprendre David en sa maison, ne trouvèrent qu'une vaine statue coiffée d'une peau de chèvre, que Michol son épouse avoit dextrement supposée dedans son lict.
Ainsi les Payens, au lieu des Dieux qu'ils pensoient avoir trouvez dans les Forests et Déserts, n'y adorèrent en effect que des fantosmes demy-boucs, et mauvais Démons, qui suivant leur des-
sein ambitieux de s'esgaler au Très-Haut, se firent adorer pour Dieux.
Qui ne sçait les oracles que le Dieu Pan a rendu jadis en l'Arcadie, dans ce Temple dont la Magicienne Erato, qu'ils nommoient Nymphe, estoit la Prestresse ? Et qui n'a ouy parler des oracles de Faune en Italie, dont les responces annoncèrent au Roy Latin, dormant sur les peaux des chèvres sacrifiées, que les destins reservoient sa fille pour un Prince estranger? Qui n'a leu que Pan fut celuy qui apprit autrefois à l'Apollon de Delphe la science de deviner ? Et qui peut ignorer que le nom de Faune est tiré, selon Servius, du Grec phoni, qui signifie la vie, ou plustost du Latin, fari, c'est à dire parler, dont mesme il fut appelle Fatuus, et sa femme Fatua :
parce que ces Démons boucquins rendoient jadis aux Déserts leurs oracles de vive voix, en vers, qui furent nommez Saturniens? Mais qui ne dira que ces Prophéties, quelquefois inexplicables et