‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 67 sur 130 · LIVRE IV. III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. III

tousjours tromperesses , estoient les effects des ruses malicieuses de Sathan ? Les terreurs soudaines, que l'on nommoit Paniques, parce que le Dieu Pan en estoit réputé l'autheur, souvent excitées par des Démons visibles en l'apparence de Satyres, estoit-ce pas une autre invention de Sathan, pour vaincre les peuples par la crainte, et les jetter dans un timide respect de la puissance qu'il usurpoit ? Quelquefois ces mesmes Démons excitoient ces vaines frayeurs, par des bruicts semblables aux sons enrouez d'un cornet d'airain, que ces pauvres Idolâtres pour ce subject mirent en la main de Faune dans ses Images : et souvent par une voix horrible que mille trompettes ne peuvent esgaler, et dont la terreur, dit Valere, surpasse de beaucoup l'armet esbranlé du Dieu Mars, les cheveux serpentins des Eumenides, et la gueule béante de la fiere Gorgone. Quelquesfois ils se contentoient d'effrayer les troupeaux, et, leur ouvrant les estables,

les faire musser dans les recoins des Forests : et souvent espouventoient les villes, les armées et les provinces entières. Les fables disent que les Géants furent plus vaincus par ces vaines craintes que par les armes des Dieux : et que les Pans et Satyres qui habitoient vers la ville de Chemmis, annonceant aux peuples la mort d'Osiris, leur jetterent dans le cœur avec cette nouvelle un tel effroy, que, depuis, toutes les soudaines frayeurs furent nommées Paniques, du nom des Pans, qui les esmouvoient. L'histoire nous apprend que les fanciens Gaulois furent jadis repoussez de Delphes par ces Démoniaques estonnements, que la ville de Carthage en fut mise en trouble, l'armée d'Antoine en confusion, et la flotte de Philippe en fuitte, bien que telles frayeurs soient rares sur mer. Les Romains se trouvants en grande detresse pour ne sçavoirqui avoit eu du bon ou du pire en la bataille qu'ils avoient donnée contre les Toscans, une voix fut

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