‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 68 sur 130 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ouye la nuict, qui leur annonça qu'il en estoit mort un davantage du costé des Toscans, dont aussi tost la joye s'espandit sur le camp des Romains, et une terreur secrette sur celuy des ennemys qui acheva de les perdre. D'où provenoit cette voix que d'un Démon ? et qui auroit peu si promptement et si justement conter vingt-trois mille corps, qui estoient morts de part et d'autre en cette rencontre, sinon l'un de ces esprits qui voyent et conçoivent les choses en un instant ? Pour action de grâce les Romains dressèrent un Autel au Dieu qui les avoit ainsi favorisez, dont l'inscription estoit en leur langue : A Jupiter Faune, et selon la Grecque, A Jupiter VEspouvanteur. Car tous les Faunes et Satyres n'estoient pas seulement reputez mesmes demy- Dieux, c'est-à-dire, mesme Démons, mais aussi Jupiter et Pan n'estoient en rien différents. Ce que l'on recognoist par l'inscription de cet Autel sacré au Dieu autheur des ter-

reurs Paniques, et par les vers d'Orphée, qui nomme Pan, Jupiter cornu, et autheur des soudaines frayeurs, qu'il envoyé jusqu'aux derniers bouts de l'Univers.

Dois-je oublier en cet endroit ce que Theocrite faict dire à son Chevrier de l'aspre cholere et cruauté du Dieu Pan au milieu du jour ?

Non, Berger, il ne faut nos chansons reciter A l'heure de midy; Pan est à redouter, Qui lors va deschargeant d'une rage maligne La cholere qui pend tousjours à sa narine.

Ce que l'on peut avec raison rapporter à ce que nous lisons dans le Psalmiste du Démon de midy, et dire que le Pan des Payens estoit le Keteb des Hebrieux, dont la rencontre estoit estimée dangereuse au milieu du jour, contre l'ordinaire des Démons , lesquels estant enfouis dans des ténèbres éternelles, exécutent leur malice dans l'obscurité de la

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