LIVRE IV
De toutes les apparences dont les Démons se sont revestus, celle du bouc, animal infect et puant, et hieroglifique de toutes saletez, leur a tousjours esté la plus agréable. D'un phantosme, sous cette forme, la belle Sinonis de Iamblic se vist sollicitée d'amour dans les déserts. Ce bouc tout noir qui parut au Comte de Cornoube, portant sur son dos l'ame de Guillaume Roux, roy d'Angleterre, qu'il confessa mener au jugement du grand Dieu, estoit-ce autre chose qu'un Diable? Et qui ne sçait que les Sorciers dans leurs Sabatz ne l'adorent point soubs une autre figure? Zoroastre même, qui les a cogneus mieux que nul autre, ne les nomme point autrement, comme il est aisé de comprendre par les parolles de Jean Pic, qui dit, que celuy qui aura leu dans le livre intitulé Baïr, l'affinité qu'il y a entre les chèvres et les Démons, pourra bien sçavoir ce que Zoroastre veut entendre par les chèvres : et quel estoit cet Azazel ou bouc
émissaire du Levitique, que le grand Prestre envoyoit dans le désert, avec tous les péchez du peuple, sinon le Prince des Démons Satan ? Ce fut pourquoy les Démons se plaisoient à paroistre en Satyres, dont la forme avoit tant de rapport à celle du bouc, et que le Dieu Pan fut nommé par les ^Egyptiens, Mendes, et les Faunes par les Eoliens, Tiiyres, comme qui diroit, en l'une et l'autre langue, chèvre.
L'autre nom, Evie, Evan ou Evoe, que les Bacchantes avoient tousjours en la bouche, tesmoigne encor assez fortement que c'estoit le Diable qu'ils invoquoient et adoroient. Car ce mot est tiré de Hevia, qui veut dire, parmy les Hebrieux, un serpent. Or le serpent estoit le symbole que les initiez aux Orgyes portoient en la main, et qui leur estoit jette dans le sein en faisant leur profession, et retiré, comme dit Arnobe, par en bas : et le serpent n'est autre chose que le Diable. Soubs cette forme