LIVRE IV. I
celle d'iEthiopie surnommée, selon Mêla, le Chariot des Dieux, les cymbales, les fleutes, les cornets d'airain, et les voix plus qu'humaines, meslées de hurlemens effroyables, dont elles ressonnoient, estoient artifices des Démons qui frequentoient ces lieux reculez, pour authoriser l'opinion que les peuples avoient de leur Divinité : car bien loin dans les champs d'alentour, disent ces Historiens, rien de cultivé, nulles traces d'hommes ni de bestes, nuls lieux capables d'estre habitez, et seulement une vaste solitude pleine d'un obscur estonnement, d'un coy silence, et d'une secrète Religion.
Les Satyres sont nommez en Grec Napees, et en Latin Sylvains, comme qui diroit en l'une et en l'autre langue Forestiers, et les Gaulois mesmes les appelloient Drusiens, c'est à dire habitans parmy les chesnes : car il faut lire ainsi dans Sainct Augustin, et non pas Dusiens : et de cela peut servir depreuve, que Pan, selon quelques-uns, estoit fils
léo DES SATYRES
de Dryope, dont le nom est tiré du mot Dry s, qui signifie chesne. Nous lisons dans Homère que ce Dieu eut en partage les forests avec les montagnes et les vallées désertes : c'est pourquoy les fables ont dit, que ce fut luy qui trouva Ceres en ces lieux escartez, où elle s'estoit cachée pour pleurer la perte de sa fille, comme en ayant seul la parfaicte cognoissance. Et quelle intelligence pourroit-on chercher soubs le voile des amours fabuleuses de ce Dieu, qui a si ardemment chery la cajoleuse Echo Déesse des rochers, et la Nymphe Pythys, que la jalousie de Boree fit transmuer en Pin, hoste plus ordinaire des montagnes , sinon combien ce Dieu se plaist aux lieux solitaires ? Et pour quelle autre raison le Poète Horace auroit-il nommé Faune protecteur des hommes Mercuriaux, c'est à dire nez soubs l'Astre de Mercure, qui rend, selon Ptolemee, les hommes sçavans, sinon pource qu'ils aiment la solitude ? Les Payens, qui co-