LIVRE IV. .l6l
gnoissoient le contentement singulier que ce Dieu prenoit d'habiter dans les déserts, y célébrèrent la pluspart de ses sacrifices : cet oracle de Faune si célèbre dans l'Italie, et le Lupercal Temple si fameux du Dieu Pan, furent jadis bastis dans les lieux reculez de toute fréquentation.
Mais quittons en fin les Déserts pour considérer les dattes que ce Satyre offrit à Sainct Antoine : car d'où procedoit ceste charité, en cet ennemy de toute charité ?
Les Grecs et leurs presens doivent estre suspects.
C'est la coustume de Satan de battre les hommes par le costé plus foible, et les prendre à leurs deffauts. Si bien que sçachant la grande austérité de S. Antoine, qui s'abstenoit quelquesfois de toute nourriture trois jours entiers, il luy presentoit ce fruit exquis et délicat, pour
le tenter et violer s'il eust peu ses longues abstinences : comme il avoit autresfois essayé de faire, quand soubs l'apparence de l'un de ses moines il luy apporta du pain, luy remonstrant qu'il devoit par la nourriture reparer ses forces à un nouveau travail, affin d'estre plus robuste au service de Dieu. Et ne fut ce pas la méthode qu'il observa pour tenter nostre Seigneur au désert, luy présentant des pierres avec ces paroles : « Si tu es le fils de Dieu, change ces » cailloux en pain, plustost que de te » laisser affoiblir d'une faim si longue et » si ennuyeuse » ?
Socrate avoit juste raison, ce me semble, de dire à ce jeune homme qui luy fut amené : « Parle afiîn que je te voye » : car par le discours on cognoist non seulement la capacité, mais l'humeur de celuy qui parle. Cognoissons donc, par la harangue de ce Satyre, cet Ambassadeur si mal équipé, qu'il estoit un des satellites de l'éternel adversaire de