‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 98 sur 130 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

les paroles de ce Satyre comme une recognoissance que les Démons sont violentez de faire malgré eux, que Dieu est leur Créateur commun, de la main duquel ils ont receu l'estre aussi bien que toutes les choses du monde. En effect, à les bien prendre, il n'y a point d'animaux ny de créature inanimée sur la terre, qui ne les doivent prononcer aussi bien que ce mauvais Démon, et confesser le Dieu commun qui est mort pour le salut du monde. Voire mesme n'apprenons-nous pas des sacrez livres, que les Cieux, les Elemens, et tout ce qui est icy bas, de leur nature et dans leurs propres mouvemens, chantent la gloire de Dieu et bénissent son nom? Il est vray qu'il y a ceste différence, ainsi que le remarque Sainct Hierosme, que toutes les créatures, dans les sentimens intérieurs de ce qu'elles sont, louent la bienveillance et l'immensité de celuy qui leur donne l'estre en le confessant : mais les Démons, bien qu'ils soient contraints d'advouer

Dieu pour leur Autheur, ne peuvent toutefois d'eux-mesmes franchement et sans mauvais dessein en louer la Majesté : et plus la cognoissance qu'ils ont de sa grandeur est parfaicte, plus l'envie qu'ils portent à sa puissance est excessive. En un mot, pour finir tout ce que nous avons à traicter de ce Satyre avec l'explication des paroles qu'il profera, si sainctes en apparence, nous en dirons ce que le mesme Sainct Hierosme escrit de ces Démons qui recogneurent Jesus- Christ pour le fils du Très-Haut, que ce n'est pas une confession volontaire et méritoire envers Dieu, mais une extorsion d'une malice affectée, ou d'une violence nécessitée, comme d'un pauvre serf fuitif, lequel après un long temps venant à revoir son maistre, est contraint d'advouer qu'il est son esclave, et n'appréhende rien tant que sa juste sévérité. Or ces Démons, ainsi desguisez, ont faict naistre les difficultez et les ténèbres qui ont enveloppé ceste matière; ils ont

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