II. iS
faire deux fois rexpérience sous Jes yeux du roi de Perse ^ attribuait seulement à la qualité du fer ce qui appartenait surtout à sa forme et à sa position. Peut-être aussi employait-on de préférence ce fer, allié naturellement d'un peu d'or, comme moins susceptible de se rouiller , et par le même motif qui , chez les moderned , fait dorer les pointes des paratonneixes. Quoi qu'il en soit , le fait principal reste constant : et il n'est pas inutile de remarquer comment , dès-lors , on avait cru apercevoir des rappor,ts intimes entre l'état électrique de l'atmosphère , et la production , non-seulement de la foudre , mais aussi de la grêle et des autres météores.
Renouvellera-t-on la question tant de fois résolue : comment , de connaissances si anciennes , ne se retrouve-t-il , en Europe , aucun vestige , depuis TuUus Hostilius , depuis au plus vingt -quatre siècles? Nous répondrons qu^elles étaient si peu répandues que ce fut par hasard et d'une manière imparfaite , que TuUus les découvrit en parcourant les Mémoires qu'avait laissés Numa. Ne suffisait-il pas d'ailleurs des dangers attachés à
DBS SCIENCES OCCULTES. l'jq
la moindre erreur, dangers prouvés plusieurs fois par une terrible expérience , pour que la crainte fit tomber en désuétude , en Italie et en Grèce , les cérémonies du culte secret de Jupiter ÉUcius et de Jupiter Cataibatès?hz destruction de l'empire Persan par les Grecs , et antérieurement le massacfe presque général des mages après la mort de Smerdis , purent causer cette importante îacune dans la science occulte des disciples de Zoroastre.
Dans rinde , tant de fois en proie à des conquérans , des causes analogues ont pu exercer une action également destructive. Dans tous les pays enfin, sur quel sujet, plus que sur celui-là, le mystère religieux aurait-ilredoublé ^épaisseur de ses voiles, et préparé la voie à l'ignorance et à l'oubli ?
D'autres questions s'élèvent , plus iniportantes et plus difficiles. L'électncité , avec quelque art que l'on en maniât les ressources, pouvait-elle suffire aux miracles brillans de l'initiation zoroastrienne ? £xplique-t-elle assez ce qu'Ovide décrit si nettement, dans le détail du culte rendu par Numa à Jupiter ÉUcius , l'art de faire voir et entendre les feux et le
ido DES SCIENCES OCCULTES.
bruit de la foudre par un ciel serein (i)?
Explique-t-elle surtout le talent redoutable de lancer lafoudre sur ses ennemis, tel que l'antiquité le supposait à Porsenna, et tel que deux magiciens étrusques prétendirent le posséder encore au temps d'Attila ? Non ; au moins dans la mesure actuelle de nos connaissances; mesure que les anciens n'ont probablement pas/dépassée.^Poùr suppléer à notre insuffisance , ne pourrions-nous recourir ii un hasard heureux, supposer que le Thaumaturge profitât de l'explosion d'un météore lumineux pour en attribuer les effets» à son art , ou que l'enthousiasme voulut voir un miracle dans un effet naturel ; ne pourrions-nous, par exemple, rappeler que, suivant un historien, lorsqu'une pluie miraculeuse désaltérait l'armée de Marc- Auréle, l'empereur, en même temps, arracha du ciel 9 par ses prières , la foudre qui tomba sur les machines guerrières de ses ennemis (i). Mieux encore , nous pourrions transporter les
(i) O^id. Fast. lib. ni. vers. 367-3^0.
(3) n Fulmen de coelo, precibus suis y contra kostium ma- « chinamentum extomit* » Julius Câpitolinus in MarejtuveL
DES SCIENCES OCCULTES. l8l
merveilles d'un pays dans un autre ; et retrouver aujourd'hui dans un lieu de tout temps consacré par la religion , un secret équivalent au miracle de Numa. Le naphte , dissous dans l'air atmosphérique , produit les mêmes effets qu'un mélange d'oxigène et d'hydrogène. Prés de Bakhou , au - dessus d'un puits dont l'eau est saturée de naphte , on tient un manteau étendu pendant quelques minutes ; puis on jette dans te puits une paille enflammée : soudain ^ dit le voyageur doîft je. rapporte les paroles (i) , il se fait une détonnation semblable à ceHe d'un caisson d'artillerie et accompagnée d'une flamme brillante. . . Rendez^ à YJttesch'gah sa majesté antique ; h ce petit nombre dé pénitens et de p,élerins qu'y attire encore un souvenir religieux ; substituez un collège de prêtres , habiles a faire tourner à la gloire de la divinité , des phénomènes dont la cause est soustraite soigneusement aux regards des •profanes : et par le cièlie plus serem, des^puits de Bakhou,
(i) Voyage de George Keppel de VInde en Angleterre pak Bassora, etc. — Nou\'elles Annales des Vojrqges. «• série, tome V. page Stjo*
l83 DE.S SCIENCES OCCULTES.
sortiront à leur voix , les feux et les éclats de la foudre. Admettons, ce qui n'a rien d'absurde, que des substances qui s'offrent en abondance dans certaines contrées, aient pu être, transportées par les Thaumaturges en des pays ou leur action , absolument ignorée , devait paraître plus merveilleuse : et le Tibre ajira vu , au temps où Numa évoquait Jupiter EUciusy le miracle qui éclate encore aujourd'hui aux bords de la mer Caspienne ; et la tradition qui, de deux secrets n'en faisant qu'un seul, attribuait aux cérémonies du même culte magique , les effets d^une composition de naphtc et ceux des paratonnerres et de l'électricité , sera née de l'artifice du Thaumaturge , soigneux de rendre ainsi plus difficiles à pénétrer * #
et plus respectables, les trésors de sa science. •. Mais, d'après le principe que nous avons suivi jusqu'ici , nous n'admettons qu'à regret des explications partielles ou locales, et applicables seulenjrtit à quelques faits isolés. Nou^ leur préférons des faits généraux, mais tels que la connaissance en ait pu, pendant un temps , rester circonscrite dans l'enceinte des temples. En rappelant les effets brillans ou destructeurs des diverses compositions pyri-
ques dont ces faits nous dévoileront l'existence ^ nous mesurerons Pétenduc.des ressources qui s'ofTraient aux possesseurs de la science sacrée , pour rendre rivaux des feux du ciel^ les miracles du feu terrestre.
l84 I>BS SCIENCES OCCULTES.