CHAPITRE XXV
Substances phospkoresoentess Apparition subite de flammes. Chaleur développée par l'extinction de la chaux. Substances <jui s'embrasent par le contact de Pair et dé l'eau. Le pyrophore et le phosphore , le naphte et Ijes Uqueurs alcoolicpes , employés dans divers miracles. Feu descendu d'en haut : plusieurs causes expliquent cette merveille. Moïse fait consumer par le feu les profanes qui touchent aux choses saintes. Le Sang de Nés sus était un phosphure] de soufre 5 et le poison que Médée employa contre Creuse , un yéritable feu grégeois. Ce feu, retrouvé Il plusieurs repr^es , a été mis en œuvre très-anciennement : on faisait usage d'un feu inextinguible en Perse et dans THindoustan.
Rien ne frappe plus le vulgaire qu'une production soudaine de lumière ^ de chaleur et de flamme sans cause apparente y ou avec
DES SCIENCES OCCULTES. l85
le concours de causes qui semblent s'y opposer.
L'art sait préparer des substances qui émettent de la lumière, sans laisser échapper de chaleur sensible. Le phosphore dé Bologne , le phosphore de Balduinus sont connus des savans ; mais ils ne figurent plus dans les livres que parmi les amusemens de la physique. Les anciens ont connu des corps doués d'une propriété semblable : Isidore (i) cite une pierre brune que l'on rendait lumineuse en l'arrosant d'huile.
Les rabbins, livrés k l'étude de la cabale, parlent d'une lumière propre aux saints, aux prédestinés, sur le visage desquels elle éclate miraculeusement dès leur naissance, ou quand ils ont mérité que Dieu leur accorde ce signe de gloire (3). Amobe , sur l'autorité d'Hermippe , donne au magicien (3) Zoroastrc une
(t) Savinius lapis, oUo addita, etiàm lucere fertur, Isid, HispaL Origin, lib.xvi. cap. 4*
(3) Gaulmjii. De vitd et morte Mosis. not. lib. 11. pag. 3a3-3Q5.
(3) Nunc veniat guis., super igneam zonam y magus interiore ab orbe Zôroaster,,., Arhob. lib 1. C'est à tort que quelf|ues commentateurs ont roula lire : Quin Azonaees magus, etc.
l86 DES SCIENCES OCCULTES.
ceintura de feu , ornement convenable à l'instituteur du culte de feu. Un physicien serait peu embarrassé pour produire ces brillantes merveilles, surtout si la durée n'en devait pas être tçop prolongée.
Les druides étendaient plus loin les ressources de la science. La renommée, qui dans le poëxne de Lucain, publie leut pouvoir magique, vante beaucoup le secret de faire paraître en feu une forêt qui ne brûle pas(i).
Ossian peint des vieillards, mêlés s^jxjîls de Loda, et faisant, dans la nuit, des conjurations autour d'ui^ Cromlech ou cercle de pierres.: à leur voix s'élèvent des météores
enflammés qui épouvantent les guerriers de Fingal,.e.t à la lueur desquels Ossian distingue le chef des guerriers ennemis (a). Un traducteur anglais d'Ossian observe que toute lueur vive, subite et semblable à l'éclair, s'appelle en gSièliqae^Jlamme des druides (3). Rapprochée du récit du barde , cette expression
(i) Et non ardentis fulgere incendia sylrae. Lucan, Pkars. lib. 111. vers4ao
('à) Poëmes d'Qssian, etc. publiés par Johii Smith. i;8o. traduction française. Paris an.ui. tome m. pages 6-8.
(3} Ibid. ibid. pages 39-40. •
DES SCIENCÏIS OCCULTES. 187
indique que les druides possédaient l'art dç faire apparaître des flammes pour épouvanter leurs ennemis.
Aux traits de ressemblance déjà remarqués entre les Celtes et les anciens habitans de TItalie , noua joindrons le mythe de Caeculus , fondateur de la ville de Préneste. Voulant se faire reconnaître pour fils dii dieu Vulcaia , il enveloppa soudainement de flammes un peupte assemblé qui refusait d'admettre sa brillante origine, et dont l'effroi subjugua aussitôt l'incrédulité ( i ) .
Observons que Caeculus . avait choisi le lieu de l'assemblée, et que les druïdèsf n'exerçaient leur pouvoir que dans des enceintes sacrées, interdites aux profanps -.comme certaines illusions d'optique (2) où le feu a sou* vent aussi joué un rôle , ces merveilles avaient donc besoin d'un théâtre propre à celui qui les opérait j et en d'autres lieux , malgré l'urgence du besoin, on aurait difficilement essayé de les produire.
Le développement instantané d'une chaleur
(1) ServiusitkAeneid. lib. vu. vers .678-681. (a) Ci-dessus cjbap, xiii.
l88 DES SCIENCES OCCULTES.
latente n'est pas moins propre à exciter l'admiration , surtout si c'est l'eau qui allume l'incendie. Les substances susceptibles de s'é* chauffer ou de s'enflammer, en absorbant ou en décomposant l'eau , sont pourtant nombreuses; et trop souvent, elles ont occasioné des incendies que l'on attribuait jadis à la négligence ou à kynéchanceté. Des tas de foin humides, des ardoises pyriteuses mouillées par une pluie chaude , produisent ce phénomène redouté.
Les Thaumaturges ont-ils connu des phénomènes analogues à ceux-là ? Gui sans doute. Et d'abord la chaleur prodigieuse qu'émet la chaux vive arrosée d'eau , n'a pu échapper à leurs regards. Supposez que l'on cache, au fond dtm four, une suffisante quantité da
. chaux , et qu'ensuite on remplisse le four avec de la neige ; l'eau de neige absorbée
* disparaîtra, la température intérieure du four s'élèvera d'autant plus, qu'étant soigneusement fermé, il aura moins laissé perdre du calorique mis en expansion : on criera au miracle, et un légendaire qui aura entendu parler du tour de physique , fen ornera l'histoire de
saint Patrice , et racontrva comment l'apôtre
d'Irlande a chauffé un four avec de la neige. Théophraste ( i ) nomme Spinon une pierre que Ton rencontre dans certaines mines: concassée^ puis exposée au soleil, elle s'enflamme d'elle-même , surtout si l'on à d'abord eu soin de la mouiller. La pierre Gagatès (a) ( véritable jayet pyritetix ) est noire , poreuse , légère , friable , semblable à du bois brûlé. Elle exhale une odeur désagréable ; quand elle est échauffée, elle retient les corps qui la touchent, coinme ferait le succin ; sa flamme soulage dans les vapeurs hystériques ; elle s'enflamme par le moyen de l'eau, et s'éteint dans l'huile. Cette dernière particularité. semble la distinguerd'une pierre qui, suivant Ëlien etDioscoride (3), s'allume également quand elle est arrosée d'eau, et répand en brûlant une forte odeur dejbitume ; mais qu'on éteint
(i) Theophrast.De lapidibus, — On a raconté, en décembre iSaSy qu'un droguiste , pilant de la mine arsenicale de co* balt , arait jeté àe l'eau 'deSsiu y et qu'aussitôt la matière s'était enflammée. Si le fait est yrai, on peut croire que le Spinon de Théophraste était une mille de cobalt.
(3) Plin. Hist. nat, lib. zxxvi. cap. 19. — Solin, cap. xxy. -^Jsid* Hip$al, Origin, Hb. xvi. cap. 4*
(3) Aelian. De Nat, animal. Vib^ iXy cap. a8. — Dioscorid.^ lib. V. cap. 47
en soufflant dessus , ce qui semble annoncer que sa combustion dépend du dégagement d'une vapeur gazéifiée.
Ces trois substances , qu'elles fussent * les produits de l'art ou de la nature , ont dû suffire pour opérer des inflammations miraculeuses. Mais Pline et Isidore de Séville nous en indiquent une quatrième encore plus énergique : c'est une pierre noire que l'on trouve en Perse ; écrasée entre les doigts, elle les brûle (i). Voilà précisément l'effet d'un morceau de pyrophore ou de phosphore ; cette pierre merveilleuse n'était probablement pas autre chose: On sait que le phosphore fondu par la chaleur, devient noir et solide ; et le mot de pierre ne doit point ici nous en imposer, pas plus que les mots /ao el fontaine^ quand il s'agit d'un liquide. L'usage n'a-t-il pas consacré, dans notre langue, pour deux préparations pharmaceutiques , les mots de pierre infernale et de pierre à cautère ?
Mais les anciens coniïaisàaient-ils le phos-
(t) ce Pyrites; nigra quideni) scd attrita digîtoa adurît. » Plin. Hist, nat, lib. xxztu. cap. j i.... « Pyrites; persicus la> pis.... tenentis manuin, si rehementius prematur, adurit. >> Isidor. Hipsal, Origin, lib. xvi. cap. ^.
DES SGIËNG&S OCCULTES» I9I
phore et le pyrophore 7 Oui , pjuidqu'îls racontent des merveilles que Ton n'a pu produire que par l'emploi de pes substances ou de réactifs doués de propriétés analogues. Bientôt d'ailleurs, nous citerons une .description ancienne des effets d'une combinaison du phosphore , description aussi exacte que si elle était faite aujourd'hui par un chimiste. Quant au pyrophore ,*la science possède tant de substances qui s'enflamment après quelques
instans d'exposition à l'air, que l'on peut, sans invraisemblance , penser que toutes n'ont pas été inconnues aux anciens. Sans parler des bitumes éminemment inflammables, du pétrole, du naphte enfin, qui prend feu à la seule approche d'un flambeau allumé ; combien ne compte-t-on pas de résidus de distil*^ lations qui s'embrasent spontanément dans un air humide ! Cette propriété à laquelU on ne fait plus attention que^ pour l'expliquer par un principe général , n'était sûrement point négligée par des artisans de miracles, pour qui l'art de distiller formait une partie importante de la science sacrée.
Nous ne refuserons donc plus de croire , mais bien de nous étonner, quand, l'histoire
19a DES S€IENGES OCCULTES.
racontera qu'une vestale ^ menacée du supplice promis à celle qui laissait éteindre le feu sacré , n'eut besoin que d'étendre son voile sur l'autel , pour que , soudain rallumée ^ la flamme brillât plus éclatante (i). Sous le voile officieux , nous voyons un grain de phosphore ou de pyrophôre tomber sur les cendres chaudes , et tenir lieu de l'intervention de la divinité. *
Nous cessons également de partager Pincrédulité d'Horace , sur le miracle qui s'opérait dans le sanctuaire de Gnatia, ou l'encens, de lui-même , s'enflammait en l'honneur des dieux (2). Nous ne nierons point que le théurgiste Maximus , offrant de l'encens à Hécate , ait pu annoncer que les flambeaux que portait la déesse allaient s'allumer spontanément ; et que sa prédiction se soit accomplie (3)
Malgré les précautions qu'inspirait l'amour du mystère, et que secondait l'enthousiasme de l'admiration , l'action de la science se montrait quelquefois k découvert dans ces mer-
(i) Valer, Maxim, lib. i. cap. i. f 8.
(ï) Horat, Serm. lib. i. sat. v. vers. 97-100. — Plin, Uist. rtat. lib. 11. cap. 7.
(3) Eunapius in Maxim.
BBS SCIENCES OCCULTES. ig3
veilles. Ecoutons Pausanias raconter ce qu'il a vu dans deu:K villes de Lydie, dont les ha*bitans, tombés sous le joug des Perses, avaient embrassé la religion des mages. (icDans une n chapelle, dit-»il, est un autel sur lequel il y « a toujours de la cendre tfui, pour sa cou^ (( leury ne ressemble à aucune autre . L e mage (( met du bois sur l'autel , invoque je ne sais a quel Dieu, par des oraisons tirées d'un livre ix écrit dans une langua barbare €t inconnue « aux Grecs : le bois s'allume bientôt de lui- « nciéme sans feu , et la ilamme en est très^ u claire. »(i)
La couleur e^straordî^aire de la cendre que l'on conservait toujoui^ sur l'aufel,' cachait sans doute une composition infiainmable; peut*étf e simplemem de \» terre imbibée de pétrole ou de iraphte, genre de combustible employé encore en Periie, et partout où- ces bitumes sont conimuns. Le mage, en dispos sant le bois, y jetait, sans quV>n pût le voir, un graii) de pyrophore, ou de cette pierre qu'on trouvait eii Perse, et qu'une légère pression enflammait. Pendant la durée des
(i) Pauaanias. BUko. iib. i. cap. 97.
ri. ta
194 ^^3 SCIENCES OCCULTEa.
oraisons ) l'action de Tune ou de Tautre substance avait le temps de se développer.
Les sarmcns qu'un prêtre plaçait sur un autel^ près d'Agrigente, s'allumaient de même spontanément • Solin(i) ajoute que, de Tautel , la flamme se portait vers les asststans sans les. incommoder. Cette circonstance annonce qu'entre les sarmens se dégageait , de dessous l'autel, et s'enflammait un gaz semblable à celui qui, au mont Ërice, entretenait sur l'autel de Vénus une flamme perpétuelle (2). La yapeur d'upe liqueur spiritueuse aurait produit le même phénomène.
Aussi peut-on expliquer^ par l'inflammation d'une liqueur éthérée, le pouvoir que Frômmann attribue aux Zingari y de faire apparaître le feu sur une seule botte de paille au milieu de plusieurs autres , et de l'éteindre à volonté (3) : c'est ainsi que les écoliers s'amusent à faire brûler dans leurs mains une liqueur spiritueuse ; un souffle fait disparaître la flamme, à l'instant où ils commencent à en ressentir la chaleur.
(i) Sotin, cap. v.
(3) Ci-dessus, chap. iv, pages 87-88.
(3) Frommann. Tract, de Fascinatione. p. ^63 ét537-5a&.
DBS SCIENCES OCCULTES. I^
Ce fiit paf une manœuvre plus hardie et basée sur une connaissance plus approfondie de la nature , qu'Élie se signala dans sa lutte contre les prophètes -de BaaL
Élie indique lui-même , sur le mont Carmel^ le lieu dû combat. Enflammer*, sans le secours du feu , une victime offerte en sacrifice , tel est le défi qu'il porte à seé ^^Iversaires ; l'issue doit décider de la supériorité du Dieu d'Israël sur le Dieu qu'ils adorent. Les prêtres acceptent la proposition ; sans doute avec l'espoir de réussir. Mais l'œil d'Élie est sur eux ; et ils travaillent sur un théâtre qui n'est point de leur choix : en vain ont-ils recours aux ressources accoutumées, pour distraire l'attention des spectateurs ; sautant par-dessus l'autel , poussant de grands cris , ensanglantant leurs bras par de nombreuses incisions ; éclairés de trop près , le temps prescrit s'écoule sans qu'ils aient atteint le but. Élie choisit alors une place où fut jadis un autel élevé au Seigneur, et où , par conséquent , avait pu déjà s'opérer plus d'un- miracle ; c'est là que lui-même il reconstruit l'autel , dispose le bois, et place la victime. Puis, sachant combien l'abondante addition
ig6 OES SCIENCES OCCULTES.
• d'une substance regardée comive Tirréconci- Itable ennemie du feu , ajoutera à l'éclatdu miracle^ il ordonne qu'à trois reprises on répande de Peau sur la victime et sur le bûcher destiné à la consumer : soudain un feu céleste descend , et réduit en cendres et le bûcher et la victime (i).
« On a observé , dit BufTon (2) , que les « matières rejetées par TEtna , apré^ avoir « été refroidies pendant plusieurs années et « ensuite humectées avec de Teau des pluies, (( se sont rallumées et ont jeté de& flammes ce avec une explosion assez violente, qui pro- (( duisait même une espèce de petit tremblece ment. » L'art pouvait imiter la composition de ces produits volcaniques ; ou le Thauma«> turge recueillir et conserver avec soin ceux qu'avait formés la nature. L'une des quatre pierres inflammables par l'eau , dont nous veinons de parler, en' aurait d'ailleurs tenu lieu. Pour proposer une seconde explication , il suffît d'emprunter à nos représentations dr^^
') ^^S' ^^^* *"• c^P* ^cvni. vers. 19-40.
-x) Théorie de la terre. Preut^s. Ç xn.
BRS SOIBNCES OCCULTES. I97
«Mktiques , le procédé qui , en faisant partir une iMtcrie ée j^olet, dérobée aux regards du spéctatdur^ enflamn^e stibttement un mé* lange d'éthw et d'edprit-deJviri (i).
Une expérience fadfe à répét^r^ fournira une autre solution du problénle; Au^e^ sus de la cheminée d'une lampe à courant d'air^ :(»tpoàez un- idorps combustible : bientôt il »'iliuiiien.vetlafl»a<ime dmôndm sur lui, parce ^ue tachaléurbommencera par allumer le\i^z hydrogène carèninnë , ^u'cdk^ en fait aôrtir sous. la ftirmp de fiiimée. S«qpp6sea qiie U lampe aoittfune grande aimeûsioii, et que le bûcher fia caohé aux yeux des spectateurs^ la flamme descendra fviiiblèment d'en haut sur 'le corps combustible.
Eilfiu^, avec on hoflimd que la patrie et les
sciences ont égalràofent: regretté (2) 4 noua
observerons cfue ^ <&iir vire arrosée d'eau ,
détermiiie^'par la 4:iKdeur qu^elle jéDdet, là
« fiiMdn, pars la combustioil de la fleur de
(i) Dans l'opéra comique df la Clochette* {1) Cadet - Gassicourt. De Vextinction de la chaux , etc. Thèse soutenue cfevant la FÂtutté de» sêiene^. à^JE^t.iBrtï.
fgB I>E$ SCIENCES OCCULTES.
soufre ; qu'elle embrase rapidement uni mé^ lange de soufre et de chlorate de potasçe, et subitement la poudre à canon et surtout le phosphore ; et que, dans ce dernier cas ^ il existe un moyen physique de fixer le moment précis où la chaleur développée produira rinflammation.
De cesr diverses explications ^ la dernière convient peut-être le mieuxau miracle d'ÉKe, la seconde à la merveille de l'autel d'Agrî^ gente. Toutes-, plus ou moins, peuvent s^appliquer à ces miracles fréquemment célébrés dans toutes les religions ; à ces sacrifices, où la flamme , pour dévorer les victimes, n'attendait pas qu'elle fût allumée parla main des hommes , et éclatant spontanément , donnait une marque brillante du pouvoir et de la faveur d'une divinité propice.
Long-temps avant Élie ^ Moïse avait frappé les Hébreux d'une terreur religieuse , en; Leur montrant plud d'une fois les victimes qu'il offrait au Seigneur, embrasées et consumées sur l'autel , sans qu'une main mortelle en eût approché la flamme. Mais cet homme si supérieur, que jusqu'à l'avènement du Messie, nul prophète semblable à lui ne devait s'élever
en Israël (i) ; cç législateur que les Actes des Apôtres ) saint Clément d'Alexandrie et le docte Philon s'accordent à peindre comme profondément versé dans toutes les sciences * égyptiennes (a), possédait certainement des secrets plus étendus. La facilité avec laquelle il renouvelait à volonté ce miracle, dans son tabernacle ambulant, suffirait pour le prou* ver. Les conséquences f^utales d'un oubli dans l'exécution d'un de ses procédés^ le prouvent encore davantage ,
Les deux fils aines du ^rand-prètre, disent les livres saints , voulant offrir l'encens , mirent dans leurs encensoirs un feu profane.... ils furent tués sur le diamp par une flamme qui sortit de l'autel du Seigneur. Moïse fit jeter leurs cadavres hors du camp ; il défendit à leur père et à leurs frères d'accorder à -leur mort aucun signe de deuil et de douleur (3).
Immédiatement après un récit très-succinct de cette punition effrayante , est placée la défense faite à Aaron et à ses enfans de rien
(t) Detueronom, cap. 54* verset lo
(a) Jlct. Apost, cap. vu. vers. 2a. S. Clément. Alex, Stromat. lib. i. PhiL Jud. De vitd Mosts.
(.^) Levitic. cap. x. vers. i*S. Numer% cap. ui. vers. 4*
fQ0 DBS SCIENCES OCCULTES.
boire de M €pn peut enivrer quand ils deirront entrer dâils lo t^bùYnfad^^^ qù^Us 7»e m^^ P0Kt pointy et qiii'îU a^chent dàttingilér le ^»int et le pur <U riflupar et dU{>rafaf(be(i)* De là est! née Top^iQ» trés^pl^iiiiiîble t reçiie obe^ lea I{ébreu7E.v,;que Nadat) et Abiii w^ïA pédié par euite de Tivrease. Quelk' était kur faiwte ? Si éUe se i fût hotné à ae* seifviir d'un £eu qu'ik. n'avaiesKt point pria tar Faettd , le miracjia . serait lAéKpiiGabie ; laaîsJoaépbèdît qu'en disposant les victimes sur i:!aiite^ ib suivii^ot la: méthode .aneienne;, et ho» ies' nonvelb» prescriptions . de Moise^ {a)v Une figiiime élanoée de i'aulel, feur^ ferûh: Ib poi*^ trine et le visage ; 3b mounur^attsaiisi pouvoir être secQlLirus. ,^ . tl^ïHKDkimirenS, v^tintes J W sapet que leur tg<iwa»ce préeoiftpt^wisé bna^ ¥*rt -eaua le connaître, I^ sévère lé^lftletir couvrit du voile de> la Vengeiwièe céleste les QonséqM^iees de leur impéaritîe^ ooi ^"utnt, sttiv9^t le primpejque nous:avo«6 é^bll^ U la présenta justement <à la orc^yanoe' de smh» peuple comme un sacrilège soudainemeàt puni par la colère du Dieu vivant.
(i) Zep'jtic. cap. X. vers».fi-ii.
) Joseph. J[nt. Jtsd.Mh» ni. cap. 9,
BBS SCIEKCE» OCCf/LTES. ' 301
Cette expérience no fut point p^^vdue ppcir lui« Où le» fils deson frère avaient ^ sans sâpta^^ticipation, trouvé le châtimeiït; terrible d'ube* négligence , ses adversaires rencoi>tr^ont un. piégi^ inévitablpi. C'élbatt j^u d'avçiir frappé, dans Abirpn etDathan^ les chefs d'une des' séditions les plu$ redoutables: <^ aient /ait! éc|af:er. la supériorité du législateur : deuK cejQLt cliquante d>e leuita p^rtlis^na rl$s(a»eilti encore^ conduits e\, anûxkés pat* Goré;.tts é^^r*^ çaient sur Pesprit du peuple lUMà linfluoncv^. proportionnée à la\oonsidér^rion .^ua méati'^ taleat^. Içurs vertus. Mpi^ les in^vjit^; à é^h pré-*. setter i en jQaénie ti^fnps qU^Aar^qn et ses enfans^ TenceDsoir à la n^^ain, devant \0 t^-^ be^nacle^a f^eigneur. Soudain ^ ufoe fldm^e miraculeuse les eavejpppe r Us p0ri$Qqnt5 ils disparaissent (i). Étranger^ à Ja sc^ieDcq. <t)ic-^ culte du législateur <, k l'instant Où ils ont fait fumer Tençens devant Tai^tel^ ils oint, comme Nadah et Abiu ^ donné le signal de leur mort.
Transportons-nous chez un peuple , dont
(i) Nunfer, cap. v. vcr^. 7, 1^., iS-3$. Joseph, Jlnt, Jud, lïb. IV. cap. III. Eccleaiastic. cap. xlv. vçrs» â4<
:ioa DES seiCNGEs occultest.
les premiers siècles historiques, grâce 'aux récit» merveilleux qui les remplissent , sont volontiers rejetés dans les âges indéfinis de la mythologie.
Que le lecteur impartial suive avec nous la marche d'un de ces récits ; qu'il pèse toutes les expressions avec lesquelles Déjanire peint les premiers effets du Sang de Nessusy philtre merveilleux , dont elle a imprégné la tunique précieuse qui doit ramener vers elle le cœur de son volage époux (i)- « Nessus me recom- « manda de garder cette liqueur dans un lieu « ténébreux , jusqu'au moment où je voudrais « m'en servir : c'est ce que j'ai fait.;.. Aujour- « d'hui, dans les ténèbres j j'ai, avec unilocon (( de laine ^ teint de cette liqueur la tunique , « que j'ai envoyée après l'avoir enfermée dans « une boîte sans qu^elle ait vu le jour... Le « flocon de laine , exposé au soleil , sur une « pierre , s'est consumé de lui-même , et sans « que personne y ait touché. Il était réduit
(0 Sophocl, T^rachin. Act. ly. se. i. Pour être plus concis j'ai fondu ensemble deux passages ti'ès-rapprochés. Sénèque {Hercules OEtœus, act. m. se. i.) retrace les mêmes détails, et particnlièremettt i*efîerTescence produite partout où le philtre b. touché la terre.
DES SCIENCES OCCULTES. J2o3
« en cendre'., en poussière semblable à celle « que la scie fait tomber du bois. J'ai observé « qu'A s^élevait ^ de dessus la pierre où je « Pavais placé , des bouillons d'écume ^ tels H que ceux que produit ^ en automne , du vin u versé d'en haut. »
Qu'un chimiste lise ces détails dépouillés de tout souvenir mythologiste ; que reconnaitrat**il dans ce prétendu phikre , donné par la main de la vengeance ^ et auquel sa consis>tance , sa couleur ou quelque autre ppo* prîélé apparente ont mérité le nom de sang? un phosphore liquide de soufre (i) que la proportion de ses élémens détermine à s'enflammer spontanément, dès qu'il est exposé k l'éclat et à l'ardeur du soleil. L'acide pho^horique , produit de sa combustion , fait sur la pierre la vive effervescence qui a frappé les yieux de Déjanire , et la cendre de la laine eât réduite à un phosphate sec et insoluble^ ' Hercule revêt la fatale tunique ; puis il immole douze taureaux : mais à peine le feu
(i) Une partie de phosphore combinée à une partie de soufre compose un phosphure qui reste liquide à la température de io<*y et s^enflamme à celle de a5°.
2lo4 DCS SCIENCES OCCULTE».
a4t-il pmâu bûcher sur lequel sont disposées, las victimes^ que Teffet délétère du ipài^re aç fait sentir (i)...Ii6 voisinage: de feflaiihipe y dira le cbîimste ^ et la chaleur htlmide de. la peau d!ua boiDOie qui agit avec force etvi* vacité devant un bûcher embrasé ^.déteraiine* riOiU îù&î Wblc^ftenC ^ quotqiie sma * inflaîiilliatio» vtsîblei au jour , ki déMniposteion.' dtt phosphore l'épanda sur lé vét^raieiii. lu&Giâ»^ formé à aecî^ eti d'autant plus oamsticfue:, agira sui? tous les points du. corps> 5. désorganisera \H > peau et Je^ chairs ^. et pitrs dea^ . douleurs inexprifliables^ conduira ViaSçvtûné ài la movt^ U serait difficile de l'en ^aranEir^ eO ^^'airètetr l'action ^ une fpisf commeoicée , dercessubstai^ ces dévorantes ^ aujourd'hui nljènié. cpÎB Iqinr liature n'est point ignorîée : autrefois v ob|a'eùl été impossible^ ! » l /i /i ^ i •
iEti découvrant une conforsiiitë si > parfaite '\ entf e le tableau peint pap Sophocle etileb^Kpii^ cations de la science^peut-oii^tde bbnneilbi, 8upp4>ser que cela n'a tenUiqA'auhBsaixl qui s'est plu à faire coïncider exactement avec les
(i) Sophocl, Trachùi. Att. iv. se, q.
opérations de. la nature ^ les rêves de rimagt-* nation d'un poète ? U est pkis sage d'admettre que les détails do ces faits merreilleux s'-étaient conservés dans la mémcnre des hommes ; que le poète pouvait d'autant moins s'écarter de la tradition reçue ^ qu'il n'en connaissait pas l'origine ; et que cette origine appartenait à la science occulte , à la magie , cultivée en Thessalie ^ dans la partie de Nessus ^ dés ^ temps du siège de Troie ( i ) •
Persuadé que le tragique grec a décrit les effets d'un secret physique quî^ de son temps, existait peut-être encore dans lés temples , j'ai conservé au Sang de Nessus la propriété de s'enflammer spontanément au jour, (quoique ce ne sott point une condition essentielle du phénomène qu'il devait produire.- Tout cau«> tère potentiel , répandu en dose suffisante sur ia surface du coirps, y exercerait la même action ; il y déterminerait les mêmes douleurs, et bientôt la même impossibilité d'arracher le vêtement qui en serait enduit , sans déchirer et la peau et la chair , et sans redoubler au
(i; Plin, Hist, nat. lib. xxx. cap. i.
3o6 DES SCIENCES OCCULTES.
lieu de les diminuer les souflfrances de la victime irrévocablement vouée à la mort (i).
Le poison versé par Médée sur la robe qu'elle envoya à sa rivale , ressemble ^ pour ses effets ^ à celui que , sans en connaître la malfaisance^ employa Déjanire. Mais ce mythe présente de plus une circonstance importante. Du bandeau d'or^ offert avec la robe à la malheureuse Creuse^ s'élancent des flammes inextinguibles (2). Comme on ne peut supposer ici ni une . élévation de température , ni l'action d'un soleil ardent , l'inflammation spontanée décèle l'emploi du naphte qui prend feu à la seule approche d'un corps ' embrasé. Plusieurs auteurs rapportent qu'en effet Médée frotta de naphte la robe et la couronne destinées à Creuse (3); Procope
(i) Vers la fin du dernier siècle , un pharmacien de Pans^ M. Steinacher, fut appelé dans une maison, sous prétexte de venir soulager un malade. Des personnes y qui prétendaient' ayoir à se plaindre de lui, se firent un jeu barbare de le courrir de yéaicatoires, et de le retenir en cet état pendant plusieurs heures. Quand il recouvra la liberté y les soins les plus actifs et les* mieux dirigés furent inutiles ; il languit quelque temps y et mourut dans des tourmena affreux ; les auteurs de ce crime restèrent inconnus et impunis.
(a) Euripid, Medea. act. vi. se. i. •
(3) Plutarch. Vit. Alexandr,
DES SQIENCES OCCULTES. ^07
fortifie cette tradition . en obsoprvant à deux reprises, que la liqueur appelée naphtejparles Médes^ reçoit des Grecs le nom di huile de Médiée ( i ) ; Pline , enfin, dit que Médée, ayant frotté de naphte la couronne de la rivale qu'elle voulait faire périr, le feu y prit, à l'instant où l'infortunée s'approcha de l'autel pour y offrir un sacrifice (2),
Dans la tragédie de Sénéque , Médée, après avoir annoncé que « le bandeau d'or envoyé « à Creuse renferme un feu obscur dont Pro- <( méthée lui a appris la composition ^ ajoute H que Yulcain aussi lui a donné des feux ca- (( chés sous un soufre léger, et qu'elle a « emprunté de Phaéton les» éclairs d'une « flamme inextinguible (3). » En soulevant le voile des expressions figurées , il est difficile de ne point voir là un véritable feu grégeois, qu'un grain de pyrophore ou qu'un peu de
(i) Procope* Histoire m€lée, chap. xi.
(a) Plin. Hist, rua, lib. ii, cap. io5.
(3) « Ignis fulyo.*.. clausus in auro.... latet obscurus.... ce queiri mihi coeli.... qui furta luit.... viscère foeto..^. dédit v< et docuit.... condere vires.... arte Prometheus.... dédit et (« tenni.... sulfure tectos.... Muiciber ignés. .«. Et vivacis.... ce fulgura fiammae.... De cognato.... Phaetonte tuli.» Sente. Medea, act. iv. se. a.
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naphte Bmbmi«ait , dès que le. fatal mékage y é{ait disposé par le contact de Pair ^ ou le voisinage de la flamme ^^ telle qu^ ceUe qui brûlait sur Faut^dont-s'app^rocharépousede Jason.
€e n'est point par inadvertauoe qu'au nombre des armes dé Médée- nous plaçons le feu grégeois. Quel était , selon toutes les probabilités^ la base du feu grége<Hs?L6 naphte^ Vhuik de Médee» Et ces taureaux qui vomissaient la flamme pour défendre la toison d'or que l'amour de Médée livra à Jàson^ ces .taureaux , dont les pieds et la boucha étaient d'airain et que Vulcaîn avait fabriqués (2) , qu'étaient-*ils , «inon des machinés propres à lancer le feu grégeois.
Fidèles à la méthode qui nous, a dirigés \ nous suivrons l'histoire de cette arme autre*foia si redoutée , depuis les derniers temps où l'on en a fait usage ^ jusqu'aux plus anciens, où rien n'annonce encore que la découverte en fût récente.
Deux troubadours , dont l'un florissait dans les premières années du XIII* siècle ^ font
(1) ApoUon, Rhod. Argonaut lib. m.
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^mention du feu grégeois; Fun d^eux dit qu'oa* îPéteînt à force de vinaigre (i). Joinville entre dans un ditail curieux sur Pemploi de ce feu que les Sarrasins knçaîent sur les Croisés (2). Les Arabes ont fait ^ de tout temps, un grand usage de traits enflammés, pour Fattaque et là défense des places ; tellement que le cheik de Barnoui, qui tient de ce peuple toutes ses connaissances , fut fort étonné d'apprendre ^ il y a quelques années , que les Anglais n^employaient point à la guerre ce moyen de destruction (3).
Manuel Cominène empldya du fen grégeois sur les galères qu'il armait pour combattre Roger de Sicile ; et l'historien remarque, qu'il en renouvela l'usage , interrompu depuis long-temps (4). Cependant Alexis Comnène l'avait employé contré les Pisans : sur la proue de ses vaisseaux étaient des lions en bronze, qui vomissaient des flammes dans toutes les
(1) Millot. Hùtoire Ifëtévaire des Troubadours, tome i. pa^e 38o. tome h. pag. Sgjr^l.
(a) Mémoires dn JoinvUle, Edition in-Jblio de 1761. p. 44*
(3) Voyages de Denbam, Oudney .et Clapperton. tome l, pages i!5 et a38.
(4) '<Ig^i^ graecusqui longo jam t^mpore a^bditus latuerat.w