‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 3)Chapitre 3 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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acquise aux bergers. Dans leur isolement fréquent , la nécessité les force à être les médecins et les chirurgiens de leurs troupeaux : forts de leur expérience, ils enseigneront, aux propriétaires de troupeaux, des remèdes efficaces ; bientôt , peut-être , guidés par IV nalogie ou favorisés par le hasard, ils guériront un homme malade. D'où peut venir à des hommes sans instruction , cette faculté merveilleuse , si elle ne découle pas d'une science occulte ? « Plusieurs d'entre eux re- « connaissent , au bout de peu de temps , la ^ « physionomie de leurs moutons , au point « de distinguer un de leurs moutons , mêlé « dans le troupeau d'un autre berger (i). »

Entre mille animaux qui nous paraissent tous semblables, l'homme qui destine d'abord celui qu'on lui a dérobé , évitera difficilement de passer pour sorcier, surtout si sa vanité et son intérêt le portent à favoriser l'erreur qui lui attribue un savoir et une puissance extraordinaires. Que sera-ce donc, si le point

(i) M. Desgranges. Mémoire sur Us usages d'un canton de la Beauce. Mémoires de la Société des antigaaifvs de Franco, tom. i. pag. i^^-if^^.

d^où devrait émaner la lumière , si l'autorité qui règle la destinée de tous les citoyens, parait dominée par l'opinion commune ? La législation française a^ jusqu^à nos jours^ traité les bergers comme prévenus ou au moins suspects de sorcellerie ) puisque, de leur part, de simples menaces sont punies de peines réservées en tout autre cas , pour des vio« lences meurtrières. N'est-ce pas supposer que leurs paroles seules portent avec elles une efficacité malfaisante? Cette loi, date de 1751 (i); tombée en désuétude, elle n'a pas été formellement abrogée.

La sévérité déployée contre les sorciers , quoique tout-à-fait absurde en principe, ne fut pas toujours injuste dans l'application:

la sorcellerie servit plus d'une fois de mas^ que ou d'instrument à des actions criminelles. Laissons de côté l'usage des drogues qui eni-

(1) « Fait pareillement S, M, défense à tous bergers de « menacer, maltraiter, faire aucun tort... aux fermiers ou <c laboureurs qu'ils serrent ou à ceux qu'ils ont servis.... « ainsi qu'à leurs familles , bergers ou domestiques ; à peine « contre lesdits bergers, pour les simples menaces y de cin^ « années de galères , et pour les mauyais traitemens , de neuf « années..., »

Préambule du Conseil-d'Etat du Roi du i5 s«ptembre i^5i^

vrent le poisson d'un étang , tellement qu'on peut le prendre avec la^ main , délit prévu aujourd'hui et puni par la loi , mais qui passait autrefois pour l'effet d'un sortilège. Laissons les escroqueries dont on entend chaque jour retentir les tribunaux de police correctionnelle , et qui consistent à vendre cher le secours imaginaire d'un pouvoir surnaturel. Doutons même d'une accusation souvent répétée , suivant laquelle ce ne seraient pas seulement des procédés bizarres , extravagans^ qui auraient servi à cacher le secret des compositions magiques ; mais des atrocités ) des crimes ^ enfantés par l'exaltation de la folie , les transports de la cruauté , les raffinemens de la vengeance, ou seulement par la volonté d'imposer à des affidés, la chaîne d'une complicité redoutable (i). Mais

{i)<* Commodus..., sacra MithricicaYkOvaicïAïo yero polluit} r< cïim illic aliguid, ad speciem timoris, vel dici, veljingi f< soleat. » fAel. Lamprid* in Commod. Anton.) Cette phrase est obscure ; on y connaît la réserve extrême que s'imposaient les anciens écrivains sur tout ce qui concernait les initiations. On peut néanmoins en induire que, dans les mystères de Mithra , le récipiendaire croyait obéir au commandement tie tuer un homme. Ces mystères qui jpénétrèrent à Rome , et par suite dans les Gaules , vers le commencement de notre

trop souvent ^ on ne peut le nier, le poison seul a fait toute Tefficacité des sortilèges : c^est un fait que les anciens n'ont pas ignoré, et dont nous avons indiqué une preuve en ci^ tant la seconde églogue deThéocrite (i).C!est un fait que, chez les modernes, les procédures judiciaires, ont constaté (2) , lors même que le malheureux frappé de mort s'obstinait à voir, dans les maux qu il endurait, des effets surnaturels , et aidait ainsi leur coupable aur

ère y remontaient j eu Asie , à une haute antiquité ; puisque le premier Zoroastre y fut initié avant de commencer sa mission religieuse : or ce prophète est de beaucoup antérieur à Ninus ; la religion quHl fonda était déjà répandue et puissante dans l'empire d'Assyrie , au temps de Ninus et de Semiramis... L'épreuve, mi9e j^dis en usage par les pcècres de Mithra, a£n de s'assurer de la résol^tion et de la docilité d'un récipiendaire, est encore aujourd'hui pratiquée dans les loges de- maçonnerie, pour l'un des grades supérieurs. Des épreuve» analogues ont dû, à plus forte raison ^ passer, des anciens temples^ dans les écoles de magie; et, on le sent, ce qui n'était habituellement qu'utte feinte, pouvait, au 1>esoin, devenir une réalité.

(i.) Gi-des&us chap. ix. Tom^ i. page a4^ ^s (ji) En 1689, des bergers de Brie firent périr les bestiaux de leurs voisins, en leur administrant des drogues sur lesquelles ils avaient jeté de l'eau bénite et récité des conjurations magiques. Poursuivis comme sorciers, ils furent condamnés comme empoisonneurs : on reconnut que la base de ces drogues était de Tarsenic.

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teur k en dérober la cause physique aux re-*cherches de ia loi.

Alors , certes ^ les magistrats auraient acquit de grands droits à la reconnaissance publique , si ^ éclairés autant que sévères ^ ils eussent mis leurs soins à dévoiler le crime aussi bien qu^à le punir ; si , livrant à la plus grande publicité ^ sa nature véritable , ils eus^ sent proclamé l'impuiEsance des magiciens dés qu'ils n'ont point recours à ces détestables pratiques; De pareilles révélations au^raient enfin guéri les imaginations blessées.

Mais loin de là : les juges ont long-temps raisonné comme les inquisiteurs qui , lorsque des dépositions formelles prouvaient que lés secrets des principaux sorciers consistaient à fabriquer des poisons >, punissaient néanmoins le forfait imaginaire plutôt que le forfait réel (i). Les législateurs n'avaient pas d'autres yeux que le vulgaire : ils portaient contre les sorciers des décrets terribles, et par cela même ils en doublaient , ils en décuplaient le nombre ; ce serait mal connaître

(i) Llorente. Histoire de l'inquisition, tome m. pages 44^

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tes hommes que de douter ^ en ce sens , de l'efficacité de la persécution. En ouvrant une vaste carrière aux délations que peuvent dicter la sottise , la peur ^ la haine ou la vengeance^ en apprêtant de toutes parts les instrumens de torture, en dressant les bûchers , ils multiplièrent les aveux forcés , les dénonciations absurdes ou mensongères; en revêtant du caractère saint de la loi leurs folles terreurs, ils rendirent incurable l'égarement général : la multitude ne mettait point en doute la culpabilité d'hommes qu'elle voyait poursuivre avec tant de rigueur ; les hommes éclairés grossissaient les rangs de la multitude , soit par entraînement , soit pour ne point devenir suspects eux-mêmes des crimes dont ils aut*aient nié l'existence. Comment expliquer autrement la longue et déplorable histoire des procès de sorcellerie , où l'on voit , chaque jour , les accusés confesser, les témoins affirmer , les médecins constater , les juges punir des faits matériellement impossibles. On supposait, par exem^ pie , que l'insensibilité physique de tout le corps du d'une partie seulement, était le signe certain d'un pacte avec le diable. En iSSg,

quatorze prétendus sorciers déclarés insen^ sibhs y à la suite d'une visite légale de chirurgiens , furent en conséquence condamnés à mort. Sur l'appel interjeté par ces malheureux , le parlement , séant alors à Tour», ordonna un nouvel examen. Il fut avéré, par les hommes sages qui y procédèrent , que les accusés étaient stupides ou fous ( peutêtre devenus tels à la suite des misères qu'ils avaient endurées ) ; mats doués d'ailleurs d'une vive sensibilité physique (i). Cette fois, la vérité fut entendue ; elle leur sauva la vie. Mais ce ne fut là qu'un cas d'exception. Le cours du dix-septième siècle vit encore un grand nombre de procès de sorcellerie ; jusr qu'à ce qu'enfin le progrès des lumières, ce bienfait de la civilisation qu'on ne cesse aur jourd'hui de calomnier , désillât les yeux de l'autorité suprême. L'ordonnance de juillet 1682 porte que les sorciers ne seront poursuivis que comme trompeurs, profanateurs et empoisonneurs, c'est-à-dire, que pour leurs véritables crimes : et de cet in-

,1) Chirtirt^ie de rif;rny.\\v. viu. chap< x. pag.4}5-

stant , le nombre des sorciers a diminué toils les jours (i).

Cette discussion pourra paraître superflue aux esprits impatiens qui croient que c'est, perdre le temps que de réfuter aujourd'hui l'erreur d'hier ; comme si le développement des causes de nos erreurs ne formait pas une partie essentielle de l'histoire de l'esprit humain. Et si d'ailleurs , en Europe , les personnes qui ont reçu quelque instruction ne croient plus aux sorciers , un tel progrès estil déjà si ancien , et les lumières se sont-elles étendues dans un cercle si vaste que ce sujet ne mérite plus que l'oubli ? Il n'y a pas cent ans qu'à Paris, un livre parut pour appeler la rigueur des lois et la sévérité des tribunaux sur les sorciers, et sur les incrédules qui nient l'existence de la sorcellerie et de la magie ; et ce livre reçut alors les éloges des juges de la littérature (2).

Nous avons déjà rappelé le supplice d'une prétendue sorcière, brûlée à Wurtzbourg,

(0 Dulaure, Histoire de Paris, tome v, pages 3(5-37. (2) Traité sur la magie par Daugis (in-12, Paris, i^Sa.), es^trait avec éloge, dans le Journal de Trévoux y septembre

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