‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 3)Chapitre 4 sur 33 · pages i534-i · texte numérisé non relu

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en 1750. A la même époque, dans un pays de lumières , aux rigueurs des magistrats qui ne poursuivaient plus un crime chimérique , survivaient les emportemete de la crédulité populaire. « Il n'y a guère plus d'un demi* <( siècle que Pon noyait encore les sorciers en u Angleterre , écrit un voyageur admirateur enthousiaste des Anglais...... » Dans l'année

« 1761 ^ deux vieilles femmes, suspectées de u sortilèges, furent arrêtées; et, dans le cours « des expériences que la populace fit sur ces (( malheureuses , en les plongeant à plusieurs « reprises dans un étang, elles furent noyées, « dans un lieu après Tring^ à quelques milles u de Londres {i). )> Malgré le voisinage de la capitale , il ne parait pas que l'autorité ait fait la moindre démarche pour punir deux assassinats, que le voyageur qualifie si doucement A^ expériences.

Après un tel exemple , on conçoit qu'en 1760, dans une des provinces intérieures de la Suède (3), il ait fallu l'autorité et le cou-

(1) Voyage d'un Français en Angleterre (a vol. in-S», Paris ) 18 16), tome i, page 490 •

in) En Dalécarlie.... Barbier. Dictionnaire historique y, page 1195.

rage de Tépouse d'un grand personnage, pour arrachera la fureur du peuple, douze femmes accusées de magie.

En 1774^ PAUemagne où la philosophie est cultivée avec tant d'ardeur , l'Allemagne n*a-t-elle pas vu de nombreux disciples suivre Gassner et Schroepfer, et embrasser leurs doctrines de miracles , d'exorcismes , de magie et de théurgie (i) ? En 1788 , dans le canton de Lucerne, le célèbre historien J. Mul- 1er et un de ses amis , paisiblement assis sous un arbre, et lisant Tacite à haute voix, furent asssdUis et pensèrent être massacrés par une troupe de paysans , à qui deux moines avaient persuadé que les deux étrangers étaient de»

sorciera(a).

Au commencement du siècle, on a condamné , en France , plusieurs escrocs , qui , parcourant les campagnes, affirmaient aux paysans que l'on avait jeté des sorts sur leurs bestiaux ou sur eux; et, non contens de se faire payer pour lever les prétendus sorts ^ en dé-

(1) Tiedmann. Z>e Quaestione, etc. pag. ii^-iiS. (a) C V. de Bonstetten. Pensées iur divers ohjets de bien public, pbges a3o>Q3a.

signaient les auteurs , et suscitaient ainsi do violentes inimitiés^ et même des rixes meurtrières.

« En 1810, dans les écoles de Rome , on « argumentait encore sérieusement pour sa- (( voir si les sorciers sont fous ou possé- « dés (i) ? » On était plus avancé à Paris en 1817; onya publié deux ouvrages (2) où Ton soutient formellement l'existence de la magie ; et où l'on applaudit au zèle des hommes saKfans et vertueux , qui , jadis , faisaient brûler les sorciers.

Que les fauteurs de ces doctrines s'applaudissent; elles sont encore puissantes dans les contrées lointaines où des Colons ont plus souvent porté les vices qu« les lumières de l'Europe. Les terres élevées et arides des îles d'Amérique sont en proie , en été, à des maladies qui ravagent les haras et les troupeaux, et n'épargnent même pas les hommes. Qu'elles

i) Guinan-Laoureius. Tableau de Rome vers la fin de 18 r(, page '228.

(2) Les Précurseurs de l'Antéchrist. — Les superstitions et prestiges des philosophes. Voyez le Journal de Paris y 1%. décembre 1817.

aient pour cause la mauvaise qualité des eaux stagnantes dont on est obligé de faire usage , c'est ce qu'on ne peut révoquer en doute , puisque les habitations arrosées par des eaux courantes , échappent constamment au fléau.

Loin de reconnaître cette vérité, les Planteurs attribuent opiniâtrement leurs pertes à des moyens de sorcelleriç pratiqués par leurs esclaves; et ils font périr dans les tortures, les infortunés sur qui le hasard a fixé leurs soupçons (i).

Mais est-il besoin de traverser les mers pour trouver des exemples de ces horribles extravagances? En l'année 1817, dans une commune de la Flandre Orientale , un père a assassiné sa fille , âgée de dix ^ns , parce que , a-t-il dît , elle était sorcière : il préparait le même sort , et par un motif semblable , à sa femme et à sa sœur (2). On a prétendu que ce misérable était en délire : quel délire que celui qui, d'un époux, d'un père , fait un assassin ! Quelle effroyable crédulité que celle

{\) Je tiens le fait d'un témoin oculaire.

(î) Voyez le Journal de Paris, jeudi , 3 avril 1817, page 3.

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qui conduit à un pareil délire ! Comment qualifier le crime de ceux qui la font naître , de ceux qui l'entretiennent ?

Dans notre patrie aussi , dans la France , si justement orgueilleuse de ses lumières, de sa civilisation, de la douceur de ses mœurs, l'erreur a porté ses fruits. Trois ans ne sont pas écoulés, depuis qu'un événement tragique en a offert la preuve. Une paysanne des environs de Dax tombe malade ; un fourbe persuade aux amis qui l'entourent ^ que sa maladie est l'effet d'un sort jeté sur elle par une de ses voisines. Ils se saisissent de celle-ci , la frappent violemment , puis la plongent dans les flammes pour la forcer à lever le sort; ils l'y retiennent , malgré ses cris , ses prières , ses sermens ; ce n'est que lorsqu'ils la voient près d'expirer , qu'ils la poussent hors de la

maison (i) Vers la même époque , la ville

de Spire était le théâtre d'un scandale moins atroce, mais auquel la qualité des personsonnages imprime un caractère plus remar^ quable. «L'évêque, mort à l'âge de quatre- « vingt-deux ans^ et qui avait légué 20,000 flo-

(i) Voyez le Constitutionnel y n» du 26 juillet 1826.

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u rins à sa cathédrale , n'a point été enterré, « comme ses prédécesseurs , dans une cha- « pelle de son église ; le clergé n'a voulu « prendre aucune part à ses funérailles, parce (( quHl accusait ce vénérable prélat de sor-

« GELLERIE (l). »

Aujourd'hui enfin, aujourd'hui même et presque aux portes de la capitale , les campagnes sont infectées de livrets de sorcellerie. Je parle de ce que j'ai vu ; j'en ai distingué un , entre autres , imprimé très- récemment : c'est ce qu'attestaient le caractère typographique, la blancheur du papier, l'état de conservation et la propreté du livret , si remarquables entre les mains grossières d'un pâtre. Dan$ celui-là, au milieu d'absurdités et de lambeaux de Grimoire, on trouve des recettes moins innocentes : celle , par exemple , de la composition d'une eau de mort^ poison violent , mais indiqué comme propre à transmuer en or tous les métaux ; une autre recette doit servir à procurer l'avortement , et ordonne l'emploi d'un médicament plus énergique , dans le cas où la mère aurait senti remuer son ehfant ;

(f ) Voyez le Constitutionnel, n^ du i5 août 1826, page 4>

^tant il est vrai , comme nous l'avons déjà observé , que des leçons de crime se sont mêlées presque toujours aux rêveries des sorciers !

Faut-il donc laisser l'erreur s'enraciner ? ou est-ce le devoir d'un homme de bien de la combattre dans son principe, jusqu'à ce que le progrès des lumières préserve de ses atteintes , l'homme même le plus simple et le plus borné ? Faut-il sauver de ses conséquence^ ceux qui se croiraient un pouvoir surnaturel , et ceux que l'effroi de ce pouvoir tourmenterait d'inquiétudes aussi redoutables par leurs suites^ que ridicules par leur origine? ou n'est-ce ici qu'une question oiseuse de philosophie? Sont-ils si éloignés de nous , les siècles où , agitée de terreurs frénétiques et d'autant plus difficiles à guérir par le raisonnement qu'elles ne portaient sur aucun motif déterminé , la multitude dévouait au supplice des êtres paisibles ; où sur un mot , sur un bruit vague , un peuple entier devenait accusateur , juge et bourreau ? Ces terreurs qui changent l'homme en bête féroce , n'offrentelles pas un grand moyen de trouble, de vengeance , de pouvoir , à ceux qui les fomentent , à ceux dont le but avoué est d'as-

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servir les princes et les nations ? Et dussent les lignes que j'écris me valoir une accusation de sacrilège , de la part de quelques hjrpo^ crites de fanatisme y que fais-je, que d'obéir à ma conscience , quand je réduis à sa honteuse absurdité une croyance contraire aux plus chers intérêts de la société humaine, comme à tout ce que peut enseigner de la puissance, de la sagesse et de la bonté de Dieu , une piété véritable ?

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