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La plante nommée Cynospastos et Aglaophotis, par Élien, et Baaras par l'historien Josèphe, « porte une fleur de couleur de « flamme, et brille, vers le soir, comme « une sorte d’éclair (1). » Cela n’a rien d’impossible. La fleur de la capucine , à l'instant de sa fécondation, offre, a-t-on dit, ce phéuomène, surtout à l'entrée de la nuit, après une journée très-chaude. Je sais que 16 fait est aujourd’hui révoqué en doute : on ne peut nier du moins que des apparences assez marquées ne l’aient fait admettre par des observateurs habiles. Les mêmes apparences ont pu dicter les récits de Josèphe et d’Élien. Leur tort est d’avoir supposé constant un phénomène qui ne peut être que momentané.
Dans les vallées voisines du lac Asphaltide, dit le voyageur Hasselquist , le fruit du so/anum melongena (LINN.) est souvent attaqué
par un insecte (éenthredo ) qui convertit tout :
le dedans en poussière , me laissant que la peau entière, sans lui faire rien perdre de
(1) F1. Joseph. de Bello judaico. lib. vit. cap. 25; Aelian. de Nat. animal. Cet auteur (lib. xrv. cap. 27) raconte à peu près les mêmes choses d’une algue marine qu’il assimile au
Cynospastos.
sa forme ni de sa couleur (1). C’est aux mêmes lieux que Josèphe fait naître la pomme ‘de Sodôme qui trompe l’œil par sa couleur, et sous la main se résout en fumée et en cendres, pour rappeler, par un miracle permanent, une punition aussi juste que terrible (2). L’historien ancien généralise donc encore l’accident particulier observé par le naturaliste moderne : c’est pour lui le dernier trait de la malédiction divine que les traditions de ses aieux font peser sur les ruines de la Pentapole.
Un naturaliste américain (3) affirme qu’à l'approche de quelque danger, les petits du serpent à sonnettes se réfugient dans la gueule de leur mère... Un exemple analogue à celui-là a pu induire les anciens à croire que
(r) Hasselquist, Voyage dans le Levant, tome 11, page o. Le voyageur Broucchi, n'ayant point trouvé le solanum melongena, des bords de la mer Morte jusqu'à Jérusalem, pense que Hasselquist s’est trompé, et que la pomme de Sodôme est une protubérance semblable à la noix de galle, et formée par la piqüre d’un insecte, sur le pistacia terebinthus (Bulletin de la Société de Géographie, tome vr, p. 111).
(2) F1. Joseph. de Bello judaico. lib. v. cap. 5.
. (3) Will. Clinton, Discours préliminaire des Transactions de la Société lit. et philosoph. de New-Yorck, 1825; Bibliotheque universelle. Sciences.tome 11, page 263.
quelques animaux font leurs petits par la gueule : ils auront tiré une conclusion précipitée et absurde d’une observation véritable,
En d’autres cas, ils ont prolongé la durée d’un phénomène : long-temps après qu'il avait cessé, ils l’ont peint comme existant encore.
Le lac Averne a reçu son nom, parce que les oiseaux ne peuvent voler au-dessus, sans tomber morts, asphixiés par les vapeurs qu'il exhale : c’est ce que racontent les écrivains anciens. Nous savons que les oiseaux volent aujourd’hui impunément au-dessus de ce lac.
La tradition citée est-elle mensongère ? Il est permis d’en douter : «Les marais de la Ca- «roline , dit un voyageur (1), sont si in- « salubres dans certains lieux entourés de «grands bois et pendant la grande chaleur « du jour, que les oiseaux , autres que les « aquatiques, y sont frappés de mort en les « traversant. » Grossi par des sources sulfureuses (2) et, comme les marais de la Caro-
(1) M. Bosc, Bibliothèque universelle. Sciences. tome v (mai+817), page 24.
(2) Servius. in Aeneid, lib. x. vers 44r.
line , entouré de forêts très-épaisses , le lac Averne exhalait des vapeurs pestilentielles : Auguste fit éclaircir les forêts; à l’insalubrité succéda une atmosphère saine et agréable. Le prodige cessa : mais la tradition le conserva opiniètrément ; et l’imagination frappée d’une terreur religieuse, continua long-temps à regarder ce lac comme une des entrées du séjour de la mort.
III. Non moins que l’exagération, les expressions impropres ou mal comprises répandent, sur un fait vrai, une teinte de merveilleux, de fausseté ou de ridicule.
Une erreur populaire, dont on fait remonter l’origine aux enseignemens de Pythagore, a long-temps établi une mystérieuse connexité entre certaines plantes et la maladie dont un homme a souffert à l’époque de leur floraison : la maladie ne se guérit jamais si bien qu'on n’en éprouve des ressentimens, toutes les fois que ces plantes fleurissent de nouveau (1). C’est ici une vérité, exprimée inexactement pour la mettre à la portée de la multitude peu éclairée, qui ne
e (1) Plin. Hist. nat, hb, xxiv. cap. 17.
distingue guère Les diverses parties de l’année que par la succession des phénomènes de la végétation : le fait ne tient pas à la nature des plantes, mais à la révolution de l’année qui, avec le printemps, ramène souvent des retours périodiques d’affections goutteuses, rhumatismales, ou même cérébrales.
L’impropriété d’expression , et, avec elle, l'apparence de prodige ou de mensonge, augmentent , quand les écrivains anciens répètent ce qui leur a été dit, sur un pays étranger, dans un autre langue que la leur ; ou quand les modernes les traduisent sans les comprendre , et se pressent de les accuser d'erreur.
Hérodote rapporte que, dans l’Inde, des fourmis plus grandes aue des renards , en se creusant des demeures dans le sable , découvrent l'or qui s’y trouve mêlé (1). Un recueil de récits merveilleux, évidemment compilé sur des originaux anciens, place, dans une île voisine des Maldives, des animaux gros comme des tigres, et faits à
(1) Herodot. lib. 111. cap. 102.
à DES SCIENCES OCCULTES. 39 peu près comme des fourmis (1)... Des voyageurs anglais ont vu, près de Grangué, dans des montagnes sablonneuses et abon-
dantes en paillettes d’or, des animaux dont
la forme et-les habitudes expliquent les récits de l’historien grec et du conteur oriental (2).
Pline et Virgile peignent les. Sères récoltant la soie sur l'arbre qui la porte, et que le poète assimile au cotonnier (3). La traduction trop littérale d’une expression juste a fait ainsi, de la soie, le produit de l'arbre sur lequel l’insecte la dépose et les hommes la recueillent. L’équivoque. ici n’a
(1) Les Mille et un Jours, jours cv, cvi. Dans le versetar.
du chapitre 1v du Livre de Job, les Septantes ont rendu par myrmécoléon, lion-fourmti, l’hébreu laisch, que la Vulgate traduit par tigre. D. Calmet établit que ce nom a été connu des anciens et appliqué par eux à des animaux qu’ils appelaient aussi simplement myrmex, mot qui signifie fourmi, mais qui à aussi désigné une sorte de lion. Voyez Strabo, Hb. xvr; Aelian. de Nat. anim. lib. vu, cap. 47, lib. xvxr, . Cap. 42; Agatharchid. cap. 34.
(2) Asiatik Researches, tome x ; nouvelles Annales des Voyages , tome 1, pages 317 et 312.
(3) Plin. Hist. nat. lib. vr. cap. 15; Virgil. Georg. ib. u. vers 120 et 121. Servius, dans son Commentaire , assigne à la soie sa véritable origine.
créé qu’une erreur; en combien d’autres cas elle a pu enfanter des prodiges !
Ktésias place dans l’Inde « une fontaine « qui tous les ans se remplit d’un or liquide. «On y puise l’or chaque année, avec cent «amphores de terre que l’on brise, quand « l'or est durci au fond, et dans chacune des- « quelles on en trouve la valeur d’un ta- «lent» (1). Larcher (2) tourne ce récit en ridicule, et insiste particulièrement sur la disproportion du produit avec la capacité de la fontaine qui ne contenait pas moins qu’une toise cube de ce liquide.
Le récit de Ktésias est exact ; les expressions ne le sont pas. Au lieu d’or liquide, il devait dire or suspendu dans l’eau. D’ailleurs il a bien soin d'exprimer que c'était l’eau qu’on! puisait , et non pas l’or. Semblable aux marais de Lybie auquel la compare Achilles-Tatius, et d’où l’on tirait chargéés d’or les perches enduites de poix que l’on plongeait dans sa vase (3), cette fon-
(1) Ktésias in Indic. apud Photium.
(2) Larcher, traduction d’AHérodote, deuxième édition , tome vi, page 243.
(3) Achill. Tat. de Clitoph. et Leucipp. amor. lib. 11.
DES SCIENCES OCCULTES. 41 taine était le bassin d’un lavage d’or, tel qu'il en a existé partout où se trouvaient des rivières et des terrains aurifères, et tel qu'il y en a encore de très-importans au Brésil. L’or natif, extrait par l’eau, de la terre à laquelle il était mêlé, s’y trouvait probablement en particules assez ténues pour rester long-temps en suspension et même surnager : c'est un phénomène observé au Brésil dans les lavages d’or (1). On préférait en conséquence, à la méthode usitée aujourd’hui , celle de laisser l’eau s’évaporer jusqu'à ce que l’or füt déposé au fond et sur les parois des vases que l’on brisait ensuite, et dont sans doute on ràclait ou on lavait les fragmens. Ktésias ajoute que lon trouvait du fer au fond de la fontaine; ce trait complète la vérité de sa narration. Le soin de dégager l’or de l’oxide noir de fer qui s’y trouve mêlé, est un des plus grands travaux dans les lavages du Brésil (2). L’or de Bambouk, qui se recueille également par
(1) Mawe, Voyage dans l'intérieur du Brésil, tome 1, pages 135 et 330.
(2) Zbid. tome 1, pages 329, 331; tome 11, pages fo, 51 et 110,
le lavage, est aussi mêlé de fer et de poudre d’émeri, qu'on a beaucoup de peine à
séparer du métal précieux (1).
Depuis un temps immémoriüal , l'Hindou,
avant d'adresser la parole àune personne d’un rang supérieur au sien, met dans sa bouche
une pastille parfumée. Dans un aûtre idiôme, cette substance deviendra un talisman dont il faut se munir pour obtenir un accueil favorable des puissans de la terre : en s'exprimant ainsi, On ne fera que répéter, sans le comprendre, ce qu’en auront dit les Hindous euxmêmes. |
L’'Haliatoris (2) servait, en Perse , à répandre la gaîté dans les repas, et procurait la premiere place auprès des rois : expressions figurées, dont le sens est facile à saisir. Chez un peuple adonné au vin et aux plaisirs de là
table, elles peignent seulement la faveur et
la supériorité assurées au convive qui se.
montrait, à la fois, le plus gai et le plus ha-
bile à supporter le vin. Les Perses et les
Grecs mème, mettant une sorte de gloire à
(1) Mollien, Voyage en Afrique, tomer, pages 334 et 335. (2) Plin. Hist. nat. Gb. xx1v. Cap. 17.
boire beaucoup sans s’enivrer, recherchaient les substances propres à amortir les effets du vin. [ls mangeaient , dans cette intention , des graines de choux et des choux bouillis (1). Les amandes amères étaient aussi employées au même usage (2),et, à ce qu'il paraît, avec quelqte succès. Rien n’empêche donc de conjecturer que lPhaliatoris jouissait de la même propriété, au point de ne laisser jamais l’ivresse appesantir l’esprit ou dépasser lés bornes de la gaité.
Qu'était la plante Latacé que donnait à ses envoyés le roi de Persée, et par la vertu de laquelle ils étaient défrayés partout où ils passaient (3) ? Un signe distinctif, une verge d’une forme particulière , ou une fleur brodée sur leurs vêtemens , sur les bannières que l’on portait devant eux, et qui annonçait leurs titres et leurs prérogatives.
Au lieu de l’eau que lui demande Sisarra fugitif et accablé de soif et de fatigue , Jahel lui fait boire du lait , dans le dessein de l’en-
(1) Athenae. Deipnos. lib. 1. cap. 30.
(2) Plutarch. Symposiac. lib. 1. quaest. 6; Athenae. Deipnos. lib. 11. cap. 12.
(3) Plin. Hist. nat. Lib. xxvr. cap. 4.
dormir (1). Nous qui donnons le nom de lait à une émulsion d'amandes (2), devons-nous douter que ce mot, dans le livre hébreu, ne désigne une boisson somnifère , à laquelle sa couleur et son goût avaient fait imposer.un nom semblable ?
Samarie assiégée est en proie aux horreurs de la disette ; l’excès de la faim élève jusqu'à cinq pièces d’argent ; le prix d’une petite mesure de fiente de pigeon (3)... Cela forme un sens ridicule. Mais Bochart établit, d’une manière plausible, que ce nom était donné alors, comme il est encore donné aujourd’hui chez les Arabes, à une espèce de pois chiches.
Midas , roi de Phrygie (4), Tanyoxartes,
frère de Cambyse (5), et Psamménite , roi
(x) Liber Judicum, cap.rv. vers. 19 - 21.
(2) Un jaune d’œuf battu dans de l’eau sucrée prend, en français , le nom de lait de poule ; littéralement traduit dans une autre langue, ce nom exprimera une merveille ou une absurdité d'autant plus plaisante , qu'il était précisément employé par les latins, dans le sens propre, pour désigner un prodige ridiculement impossible (lac gallinae),
(3) Reg. lib. rv. cap. vr. verset 25.
(4) Strabo. Lib. x.
(5) Kiesias. in Persic. apud Photium.
DES SCIENCES OCCULTES. 45 d'Egypte (1), meurent aprés avoir bu du sang de taureau ; Von attribue à la même cause la mort de Thémistocle. Prés de l’ancienne ville d’Arges, en Achaie, était un temple de la Terre ; la femme appellée à y exercer les fonctions de prêtresse devait n'avoir eu de commerce qu'avec un seul homme : pour faire reconnaître en elle cette pureté , elle buvait du sang de taureau (2) qui lui donnait une mort soudaine si elle avait voulu en imposer.
L'expérience prouve que le sang du taureau ne recèle aucune propriété malfaisante.
Mais, en Orient et dans quelques temples de la Grèce, on possédait le secret de composer un breuvage destiné à procurer une mort soudaine et exempte de douleur; la couleur rouge sombre de ce breuvage lui avait fait donner le nom de sang de taureau, nom expliqué mal à propos dans le sens littéral par les historiens grecs : telle est ma conjecture, qui n’a rien que de plausible.
Nous verrons plus tard le nom de sang de
(1) Herodot. lib. rx. cap. 13.
(2) Pausanias. Achaïc. cap. xxv.
Nessus donné à un prétendu philtre amoureux , et pris dans le sens propre par des my-
thologues que les récits même qu’ils copiaient
auraient dû désabuser (1). Le sang de l’hydre de Lerne:, dont les flèches d’Hercule étaient imprégnées et qui en rendait les atteintes incurables, ne nous paraît non plus qu’un de ces poisons dont, en tout temps, ont fait usage, pour rendre leurs coups plus meurtriers , les peuples armés de flèches.
Veut-on un exemple moderne de la même équivoque. Près de Bäle, on recueille un vin qui a dû le nom de sang des Suisses , autant à sa teinte foncée qu’à l'avantage de croître sur un champ de bataille illustré par la vaillance helvétique. Qui sait si, quelque jour, un traducteur littéral ne transformera pas en
anthropophages , les patriotes qui, tous les.
ans, dans un repas civique, font d’amples libations du sang des Suisses (2)?
Pour fortifier cette explication, cherchons, dans l’histoire, des preuves de la manière dont un fait peut se transformer en prodige , grâce
(1) Ci-après, chap. xxv. (2) W. Coxe, Lettres sur la Suisse, lettre xzur.
aux expressions, moins Justes qu’énergiques , employées pour le peindre.
Assailli par les Croisés, effrayé des regards qu'a travers leurs visières , lui lancent ces guerriers revêtus entiérement de métal, le Grec tremblant les peint comme des hommes tout d'airain, et dont les yeux lancent la flamme (1).
Dans le Kamtschatka , les Russes ont conservé le nom de Brichtain ; hommes de feu , vomissant le feu, que leur donnèrent les indigènes, quand ils les virent, pour la première fois, se servir de fusils ; ils supposaient alors que le feu partait de leurs bouches (2).
Au nord du Missouri et de la rivière de Saint-Pierre, près des Montagnes brillantes.
habite une peuplade qui paraît avoir émigré du Mexique et des contrées limitrophes , à l’époque de l'iavésion: des Espagnols. Suivant ses traditions , elle s’est enfoncée dans l’intérieur des terres, en un temps où les côtes de la mer étaient continuellement infestées
(1) Nicetas. Annal. Man. Comn. lib. 1. cap. 4. (2) Kracheninnikof , Huist. du Kamtschatka, 1*° partie, chap. r.
par des monstres énormes, vomissant des éclairs et des foudres : de leurs entrailles sortaient des hommes qui, par des instrumens INCONNUS , OU Par un pouvoir MALIqUe,
tuaient, à une distance prodigieuse, les trop
faibles Indigènes. Ceux-ci observérent que les monstres ne pouvaient se porter sur la terre; et pour échapper à leurs coups, ils cherchèrent un refuge dans ces montagnes
éloignées (1). On voit que, dans le prin-
cipe, les vaincus doutèrent si leur vainqueur ne devait pas ses avantages à des armes meilleures, plutôt qu'à un pouvoir magique. On
peut donc révoquer en doute que, déçus par
l'apparence , ils aient transformé en monstres
et doué de la vie des vaisseaux qui sem-
blaientse mouvoir d'eux-mêmes ; que ce prodige ait dès-lors existé dans leur croyance ; et qu’au contraire il ne soit pas né plus tard de: la métaphore hardie à laquelle ils durent re-
courir pour peindre un événement si nou-
veau. LAN à Mais déjà cet exemple se rattache à l’une
(x) Carver, Voyage dans l'Amérique septentrionale, etc...
pages 80 - 81.