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de Pallène, et où l’on vit un effet de la vengeance de Neptune (1), comme la perte des Égyptiens fut attribuée au courroux du Dieu d'Israël. Mais, pour être adoré des Hébreux et admis par nous, le prodige n’a pas besoin de ces circonstances extraordinaires. Pendant l’année qu'il signala, si l’on en croit Paul- Orase, la chaleur fut si vive qu’elle donna lieu à la fable de Phaéton (2) : l’eau devait
-avoir d'autant moins de profondeur, et le
passage offrir moins de difficultés. Suivant Joséphe (3), les Égyptiens fatigués différèrent d'attaquer les Hébreux; ceux-ci eurent donc le temps de profiter du reflux ; quand leurs ennemis se décidérent à les poursuivre, il était trop tard; la marée remontait, et le vent, la pluie, la tempête, secondant son mouvement , rendaient le retour des eaux plus prompt et leur action plus rapide. Ces divers détails sont probablement exacts; mais encore une fois, ils ne sont pas nécessaires pour expliquer un fait qui peut se renouveler tous les jours. Le bras de mer que tra-
(x) Herodot. bib. var. cap. 129 (2) P. Oros. lib. 1, cap. 10. | (3) FL. Joseph. Ant. jud. lb. 11, cap. 7.
versa Moïse , est étroit (1); le flux et le reflux s’y succèdent rapidement. Dans la campagne de Syrie, le chef de l’armée d'Orient, le traversant à marée basse, fut surpris par la marée montante ; sans un prompt secours il eût péri submergé (2)... et, dans l'accident sans gloire qui aurait interrompu une carrière déjà si brillante, lislamisme eût vu sans doute un prodige envoyé par le Ciel.
On sait combien fréquemment l'Égypte , la Syrie , ces contrées fécondes en traditions miraculeuses , sont désolées par des légions de sauterelles; si elles échappent alors à une entière dévastation , c'est quand un vent soudain enlève cette nuée d'insectes, et la précipite au sein des flots. Mais, dans les récits de l’Exode , c’est pour punir le roi d'Égypte de son injustice envers Israël, que Dieu a fait souffler un vent brülant qui couvre l'Égypte de sauterelles ; et le vent d'Occident, qui les emporte dans la Mer Rouge, n’est accordé par le ciel qu'aux prières de Moïse (3).
1) Herodot. lib. 11. cap. 113 Diod. Sic. bib. ur. cap. 20.
(2) Notice sur Berthollet , Description de l'Égypte ; ct Revue encyclopédique, tome xxx. page 29. |
(3) Exod. cap. x. vers. 14. 18. 19-
Dans l’Exode encore, Moïse délivre l'Égypte de la mouche, après en avoir constamment préservé le territoire de Gessen habité par les Israélites. |
* Quel était ce formidable exécuteur des vengeances de Jéhovah? La version éthiopienne de la Bible et le texte hébreu lui donnent le nom de Tsaltsalya (1). C’est celui d’un insecte , appelé aussi zëmb; c’est le nom de /a mouche, fléau des pasteurs de PAbyssinie ; et qui , depuis l’équinoxe de printemps Jjusqu'à l’équinoxe d'automne, infeste les terres grasses et fertiles de ces régions, et ne s'arrête qu'à l'entrée des sables. Supposons qu’une fois , le zëmb ait franchi les limites qui semblent circonscrire son apparition, et pénétré jusqu'en Égypte : la contrée sablonneuse de Gessen dut rester encore exempte de ses atteintes, au milieu des riches vallées qu'il désolait. Cette préservation exclusive, et la disparition subite de l’insecte redouté, passérent facilement pour des miracles, aux yeux d'hommes qui ne pouvaient savoir combien
(1) Bruce, Voyage aux sources du INil (in-8° ), tome 17, pages 196-203 ; tome 1x ,,pages 354-381.
est régulière , sur ces deux points, la marche de la nature. Aussi l'apparition de /a mouche produisit-elle une impression profonde sur l'esprit des Israélites ; on le voit par les fré- quentes allusions qu'y fait l'écriture : Dieu promet, à deux reprises, d'envoyer des frelons contre les nations que doit dompter son peuple (1); et l'exécution de cette promesse, quoique Moïse n’en parle pas, est rappelée par Josué et par l’auteur du livre de la Sagesse (2).
Je soupçonne que la civilisation de l’Afrique ancienne füt antérieure à lapparition du Tsaltsalya , et que ce fléau, ainsi que tant d’autres , vint comme envoyé par le gémié du mal, pour troubler les jouissances que faisait goûter aux hommes leur réunion en société.
C’est ici plus qu'une simple conjecture :
un écrivain qui a rassemblé beaucoup de traditions anciennes sans les discuter, mais probablement aussi sans les défigurer, Élien rap-
(1) Exod. Cap. xxui. vers. 28. Deuteronom. cap. vi. vers. 20.
(2) Josué, cap. xxIV. vers. 12... Saprent, Cap. x; vers. 8.
porte que, près du fleuve Æstaboras (1), apparut {out-à-coup une nuée épouvantable de mouches. Les habitans furent, par ce fléau, chassés de leur pays, séjour d’ailleurs fértile et agréable. La contrée qu’arrosent le Nil et le Tacazzé est en effet agréable et fertile ; et, chaque année, le retour du Tsaltsalya la rend déserte, et nulle habitation permanente n’y peut subsister. Si l’on admet notre opinion, à laquelle une discussion approfondie donnerait plus de certitude (2), on concevra comment, dans les premiers ravages de cet inévitable ennemi, l’homme supérieur sut montrer à la crédulité et à lPeffroi, la punition de quelqu’une des fautes que la fragilité humaine permet toujours de supposer, et que multiphe à l'infini l’exigence des prétres. Avec cette tradition, Moïse avait rapporté d’Éthiopie la connaissance du privilége dont jouissent les pays sablonneux : lui fut-il
(1) Aelian. de Nat. animal. lib. xvir. cap. 40. — Elien parle, il est yrai, de l’Inde ; mais l'Ethiopie a reçu ce nom chez les anciens ; et la position du fleuve Astaboras ne laisse pas de doute sur celle du pays dont l’auteur a voulu parler.
(2) Je me propose de m’y livrer, dans l’ouvrage intitulé : de la Civilisation, 1'° partie, liv. 11, chap. 1, de l'Afrique ancienne .
difficile de combiner l’une et l’autre, pour en former l’histoire miraculeuse qu'il racontait à une génération née dans le désert, et élevée dans l'ignorance invincible des anciens souvenirs (1)?
Comment tant de faits naturels ont-ils pu passer pour merveilleux ?
1° Si la multitude regarda souvent comme un prodige le phénomène local dont elle ne soupçonnait pas le retour périodique, souyent aussi l’ignorance ou l’oubli déroba la connaissance du fait naturel, aux prêtres même qui proclamaient le prodige. L’exemple que nous venons de discuter nous en fournira la preuve.
Les Éléens adoraient J upiter chasse-mouche (Apomyios) ; aux jeux olympiques, un sacrifice au Dieu Myiodès faisait disparaitre toutes les mouches ; Hercule, sacrifiant dans
(1) Plus tard, les communications fréquentes des Hébreux, avec l'Egypte leur firent connaître la périodicité du fléau. Isaïe, pouï exprimer le rassemblement soudain de l’armée des Egyptiens, le compare à l'apparition de la mouche dans les pays. qu'arrose le haat Nil, le fleuve d'Egypte ( sa, Cap. VII. vers, 18.)
| DES SCIENCES OCCULTES. [0g
le même lieu où, depuis, Rome lui éleva un temple, invoqua un Dieu Myagrius (chasse-mouche ); on ajoute, à la vérité, que les mouches n’entraient point dans ce temple (1): mais indépendamment des secrets, tels que certaines fumigations , qui peuvent éloigner ces insectes, leur disparition a lieu naturellement dans les édifices obscurs et profonds , comme étaient tous les sanctuaires.
Pour savoir si le prodige a créé le surnom du Dieu, ou si Le surnom du Dieu a fait inventer le prodige , voyons dans quels pays son culte a dû commencer.
On adorait en Syrie et en Phénicie, Le Dieu Belzébuth ( Baal-Zebud ), Dieu ou S eigneur des mouches. Dupuis le rapproche de Pluton, ou d’'Hercule le Serpentaire | dont la constellation s'élève en octobre, lors de la disparition des mouches. Mais une pareille coïncidence n’a pu être consacrée par la religion, que dans une contrée où la présence des mouches était un véritable fléau , ramené périodiquement par le cours des saisons:
(1) Solin. cap. 1. — Plin. Hist. nat. lib. x. cap. 28 et Bb. xxix. cap. 6.
Les habitans de Cyrène sacrifiaient au Dieu Achor, pour être délivrés des mouches (x). Ceci nous rapproche du point que nous voulons découvrir. C’est du plateau de Meroé que fuyaient les pasteurs, loin du redoutable Tsaltsalya, attendant l’équinoxe d'automne, terme désiré de son règne de six mois. C’est par eux que dut être adoré le vainqueur de la mouche , le soleil de cet équinoxe, figuré depuis par Sérapis, Pluton et le Serpentaire. Des pays où la divinité fut adorée comme changeant la face de la terre et la destinée des hommes, la renommée de son pouvoir, la vive impression que faisait sur les peuples qui ne l’observaient même qu'une fois, le fléau dont elle triomphait, étendirent sans peine son culte dans la Cyrénaïque , en Syrie, chez les Phéniciens. Rome et la Grèce auraient pu tenir dechacun de ces peuples la même superstition: mais nous observons qu’en Grèce , elle se rattachait à des traditions africaines. Les Arcadiens d'Héraéa joignaient le culte du démi-dieu Myagrius au culte de Minerve ; et la Minerve qu'ils ado-
Ga) Plin. Hist. nat.
DES SCIENCES OCCULTES. 1T1 raient , ils l’avaient empruntée à l’Afrique. Ils la faisaient , à la vérité, naître en Arcadie, mais au bord d’une fontaine Tritonide, dont ils racontaient les mêmes prodiges (1) que ceux qui illustraient, en Lybie, le fleuve ou lac Triton, lieu de la naissance de la Minerve la plus anciennement connue. Une colonie arcadienne, établie au milieu des collines où Rome devait s'élever un jour, y avait porté le culte d’Hercule..…. Si Numa dut aux Tyrrhéniens les connaissances qui lui firent consacrer à Rome, sous le nom de Janus , le Dieu-Soleil de Meroé (2), ce furent probablement les compagnons d’Evandre, qui, long-temps auparavant , dressèrent , au bord du Tibre, l'autel du libérateur annuel des rives de l’Astapus et de l’Astaboras.
Lorsque le culte de cette divinité locale se propagea ainsi chez des peuples auxquels elle devait pour jamais être étrangère, le proaige qu’ils lui attribuèrent naquit naturellement
(1) Pausanias. Arcad. cap. 26. — Les Béotiens d’Alalcomène montraient dans leur pays un fleuve Triton, sur les bords duquel ils plaçaient aussi la naissance de Minerve. (Pausanias. Boeot. cap. 33).
(2) Lenglet, Introduction à l'Histoire , page 19).
du sens de son nom dont ils ignoraient lorigine. Les inventions analogues ont, dans tous les temps, été nombreuses ; et d’autant plus qu’elles étaient souvent secondées par la vue d’emblèmes appropriés au sens du nom de la divinité, emblèmes dont le prodige supposé fournissait une explication plausible.
2° Le vulgaire, à l’adoration duquel on présentait des ‘prodiges, croyait et ne réfléchissait pas ; l’homme instruit se soumettait , par habitude , à la croyance établie ; le prêtre ne parlait que pour la faire respecter, à moins que des haines de parti, plus puissantes que l'intérêt sacerdotal, ne lui arrachassent des révélations indiscrètes. À la voix du prophète Jadon, Jéroboam a vu se fendre l’autel de pierres qu’il couvrait de victimes impies ; il a vu sa main se retirer... Un prophète du parti opposé s’empresse de le rassurer, en lui expliquant ce doublé prodige : l'autel, construit à la hâte , s’est affaissé sous Le poids des vic-
times ; et la main du roi s’est engourdie de» lassitude (1). Plus tard, le prophète Sédékias,
après avoir frappé le prophète Michée, son
(#) EL. Joseph. Antiq.jud. lib. vur. cap. 3.