‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 2)Chapitre 31 sur 66 · NT EPP SAIS ES SES DCE PS DITS FES · texte numérisé non relu

NT EPP SAIS ES SES DCE PS DITS FES

| DES SCIENCES OCCULTES. 115 antagomiste , le défia insolemment de se venger, en lui faisant retirer la main comme Jadôn lPavait fait à Jéroboam.…. Michée n’accepta point le défi (r).

Mais les discussions de ce genre ont tou jours été rares : dans les âges de miracles et de prodiges, l’homme, enclin à soulever le voile du merveilleux et à montrer la vérité, dut s'arrêter souvent, et se rappeler qu’il existe des erreurs redoutables, si elles ne sont pas respectables.

Les mineurs qui périssaient suffoqués , avaient été tués par le démon de la mine ; des esprits Infernaux , gardiens de trésors cachés dans les profondeurs de la terre , Immolaient l’homme avide qui, pour s’en emparer , osait pénétrer Jusqu'à leur asile. Dans ces traditons , si anciennes ct si répandues > NOUS reconnaissons les effets des mofètes ; des gaz délétères quise dégagent dans les souterrains, et surtout dans les mines. En préservant l’homme de leur action meurtrière, la science a acquis le droit de révéler leur nature > ct de dissiper les fantômes créés par l'ignorance

(1) FE Joseph. Antig. Jud. lib. vrrr. Cap. 10. fe 8

et par l’effroi. Mais l’aurait-elle tenté avec succès, si elle, n'avait pu qu'indiquer les causes du mal , et non y remédier ? l’auraitelle tenté sans péril , quand les princes qui confiaient leurs trésors au sein de la terre , voyaient , dans ces térreurs superstitieuses la garantie la plus sûre de l’inviolabilité de leur dépôt; ou quand les ouvriers mettaient sur le compte du démon de la mine, non seulement leurs dangers réels, mais encore les maladresses , les fautes , les délits, quise commettaient dans leurs souterraines demeures (1).

À la science encore il appartient de prévenir ou de guérir les erreurs universelles ; véritables épidémies, telles que souvent on voit : une multitude entière être trompée, sans qu'il y ait un trompeur.

Mais alors, et plus que jamais, la prudence peut arrêter l'essor de la vérité. Quand on croyait (2) que , dans deux contrées de lIta-

(x) J. Tollius. Epist. itiner. pag. 96. 97.

(2) Fromann, 7ractatus de Fascinatione, pag. 622, 623, et 626. « Frater Lombardorum vel Salernitarum. »,— Ra- | bélais a probablement fait allusion à cette absurde croyance, dans les prodiges qui précèdent la naissance de Pantagruel :

talie , l’accouchement des femmes était presque toujours accompagné de lPémission de monstres, désignés sous le nom de frères des Lombards ou des Salernitains, tant leur production passait pour habituelle ; quand on allait jusqu’à prétendre que ces monstres étaient des animaux nobles , des aigles, des autours, dans les familles nobles ; et dans les familles plébéiennes, des animaux œifs, des lézards , des crapauds ; quand cette croyance donnait lieu à de fréquentes accusations de sorcellerie et à des condamnations atroces ; un savant n’aurait-il pas risqué de partager le sort des victimes qu’il eût voulu sauver, si, combattant l’extravagance générale , il en avait montré la source dans quelques phénoméènes mal observés et plus mal racontés , et dans des supercheries inspirées par la folie , l'intérêt et l’esprit de vengeance ?

« Les truies, en chaleur, attaquent même « les hommes » , a dit Aristote (1). Au commencement du XVII: siècle, un prètre fran-

(livre + chap. 2), prodiges que j'avais toujours regardés comme une de ces fictions extrayagantes qu'il destinait à servir de passeports à tant de vérités hardies.

(1) Aristot. Hist. Animal. lib. vi. Cap. 18.

cais, exposé par un funeste hasard à une sem blable agression , fut accusé de sortilége par son propre frère; trainé devant les tribunaux, aux cris de toute une ville frappée d'horreur; contraint, par les douleurs de la torture , à avouer un crime imaginaire ; livré enfin à un affreux supplice (1)... Qu'un homme instruit eût rappelé alors ce qu'avait écrit Aristote vingt siècles auparavant ; aurait-il fait cesser le scandale , empêché un absurde procès cri- w minel, prévenu son abominable issue ? OU, seul éclairé au milieu d’une population aveugle, ne se serait-il pas plutôt compromis lut- « même , comme fauteur du crime, et complice de sortilége? on peut le croire, quand on, voit que l'illusion avait gagné un homme à aussi éclairé que l'était pour ce temps-là le célébre d’Aubigné.

Pour expliquer plusieurs contes de sorcellerie , plusieurs traits de mythologie, il suffrait d'observer les écarts de la nature chez les animaux apprivoisés, ou retenus par l’homme dans l'esclavage et l'isolement (1).

(r) D'Aubigné , les Aventures du baron de Fæneste, Liv. 1V, chap. 2.

(2) Bodin (Démonomantie , page 308 ) dit que l’on regarda

Cette discussion que la décence permet peu aujourd’hui, la prudence, à d’autres époques, l’a dû interdire aux hommes assez instruits pour l’entreprendre.

En vain, d’ailleurs, l'interprète de la science euüt-1l élevé la voix, et signalé un phénomène déjà connu , où enthousiasme voyait un prodige , si les hommes en possession de se faire croire avaient quelque intérêt à persuader que le prodige était réel. Bravant les prêtres qui le menacent au nom de la divinité dont il méprise les droits, Érésichton porte la hache dans un bois consacré à Cérès. Quelque temps après il est attaqué de boulimie ; maladie dont on a observé des exemples dans les temps anciens comme de nos jours : une faim insatiable déchire ses entrailles ; en vain:il s’efforce de la satisfaire ; ses richesses épuisées ont bientôt disparu ; toutes les ressources lui manquent ; ilsuccombe, il meurt d’inanition : les prêtres triomphent ; un mythe , consacré par eux, va redire à jamais que l’impie Érésichton à péri misérablement , victime décamme un démon, le chien d’un couvent qui levait les robes

des religieuses pour en abuser. On a vu des daims, des che:

vreuils apprivoisés, s’élancer sur des femmes, etc., CRC, I ; )

vouée à la vengeance de Cérès , de la divinité dont les présens nourrissent le genre humain (1).

T'el était l’avantage que savaient tirer Îles prêtres des faits peu ordinaires dont le hasard leur permettait de s'emparer : il était assez grand pour qu’ils ne souffrissent point qu'un seul phénomène de ce genre échappât à leur investigation. Les pontifes romains n'avaient pas inventé la pratique religieuse de consigner sur des registres les prodiges que chaque année voyait éclore : comme toutes les connaissances magiques, ils l'avaient empruntée des prêtres étrusques, dont Lydus (2) cite fréquemment les livres sacrés; il est plus que probable qu’elle existait dans tous les temples anciens.

Cette pratique , dans quelque intention qu’elle eût été d’abord établie, devait créer, à la longue, une instruction assez étendue.

Il est difficile de recueillir une série non in-

{1) La superstition moderne ne le cède point à l’ancienne. Fromann, Tractat. de Fascin. pag. 613, cite des exemples de boulimie, que l’on n’a pas manqué de prendre pour-des effets de la possession du diable.

(2) J. Lydus. de Ostentis.

terrompue d'observations physiques, sans les comparer , même mvolontairement ; entre elles, sans apercevoir quels phénomènes sont plus ou moins souvent conséquents les uns des autres, sans acquérir en un mot sur la marche de la nature , des connaissances réelles et d’une véritable importance.

Il serait, par exemple, intéressant de rechercher ce qu'il y avait dé raisonné et de scientifique, dans le Jugement que le prêtre ou l’augure pôrtait sur les conséquences d’un prodige , et dans les cérémonies expiatoires qu'il préscrivait pour les prévenir. Souvent, sans doute , il ne songeait qu’à distraire ou à rassurer l'imagination effrayée; souvent lignorance ét la crainte obéissaient aveuglément à une supérstition routinière , stupide ou féroce. Mais, comme l’avait enseigné Démocrite , l’état des entrailles des animaux immolés pouvait fournir, aux colons débarqués sur une terre inconnue, des indices probables sur les qualités du sol et du climat ; Pinspection du foie des victimes qui depuis servit de base à tant de prédictions, n’avait pas originairement d'autre but : si l’on y trouvait, dans toutes, un caractère maladif, on en

concluait le peu de salubrité des eaux et des pâturages ; les Romains se réglaient encore d’après cet indice, dans la fondation des villes et la position des camps retranchés (1). De tels exemples prouvent que, dans les pratiques religieuses des anciens, quelques-unes, au moins dans l’origine, émanèrent d’une science positive, basée sur de longues observations , et dont nous pourrions retrouver des vestiges encore instructifs.

Que devons-nous maintenant penser des opérations magiques, bien plus utiles aux prètres que les prodiges, puisque, loin d’éclater à l’improviste , elles dépendaient de la la volonté de l’homme, pour le moment précis, l’étendue et la nature de leurs résultats? La discussion à laquelle nous venons de nous livrer répond à cette question. Les prodiges rapportés par les anciens s'expliquent naturellement ; leurs récits ne peuvent donc être argués de mensonge : pourquoi seraient-ils plus suspects quand il s’agit d'œuvres magiques qui admettent des explications non moins

(1) Witruv. de Archit. lib. 1. cap. 4. — Cicer. de Divrr. Bb. 1. cap. 55. lib. tr. cap. 13.

satisfaisantes ? Alors , seulement, il faudra supposer avec nous, que les prêtres ont possédé et tenu secrettes les connaissances nécessaires pour opérer ces merveilles. Rappelons ici la règle qui doit décider notre croyance, la mesure des probabilités favorables ou contraires : est-il vraisemblable que, dans tous les pays, des hommes dont nous venons de justifier la véracité sur des points où on lattaquait avec force , aient raconté tant de merveilles absurdes qui n’avaient pour principes que l'ignorance et l’imposture ?

N'est-il pas plus vraisemblable que leurs récits sont fondés en vérité ; que les merveilles ont été opérées par des procédés dus aux sciences occultes renfermées dans les temples ? et la vraisemblance n’approche-t-elle pas de la certitude, quand on songe que l’observation assidue et la comparaison de tous les prodiges, de tous les faits extraordinaires, suffisaient pour doter les prêtres d’une partie notable des connaissances théoriques dont à dü se composer la magie ?

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