CHAPITRE Y
Magie. Antiquité et üniversalité de la croyance à la magie. Ses œuvres furent attribuées également au bon et au mauvais principe. On n’a point cru , dans l’antiquite, qu'elles fussent le renversement de l'ordre naturel. On n'en contestait point la réalité , lors même qu'elles étaient produites par les sectateurs
d'une religion ennemie.
La seule puissance qui ne connaisse rien d’immuable, le temps, se joue des croyances comme des vérités : il passe ; et en suivant, sur sa trace, les vestiges des opinions détruites , on s'étonne de voir des mots , jadis presque synonymes, différer plus, maintenant, par les idées qu'ils réveillent, qu’ils ne furent jamais rapprochés par le sens qu'ils exprimalent.
Long-temps la magie a gouverné le monde.
Ârt sublime d’abord , elle parut une participation au pouvoir de la divinité : admirée encore au commencement de notre ère par des philosophes religieux, comme «la science « qui découvre sans voile les œuvres de la «nature (1), et conduit à contempler les « puissances célestes (2) » , cent cinquante ans plus tard, le nombre et surtout la bassesse des charlatans qui en faisaient un métier, avaient livré son nom au mépris des hommes éclairés ; tellement que le biographe d’Apollonius de Tyane, Philostrate, s’empresse d’assurer que son héros n’était point magicien (3). Dans les ténèbres du moyen âgé ;'la magie, en reprenant de l’importance, devint un objet d'horreur et d’effroi : depuis un siècle, le progrès des lumières en a fait un objet de risée. Les Grecs imposèrent à la science qui leur avait été enseignée par les Mages (4), le nom de magie, et lui donnèrent pour inventeur
(1) Phil. Jud. lib. De spectalibus. Legibus.
(2) {dem. lib. Quod omnis probus liber.
(3) Philostrat. Vit. Apollon. Kb. 1. cap. 1 et 2.
(4) Les Mobeds , prêtres des Guèbres ou Parsis, se nomment encore, en langage pehlvy, Magor ( Zend-Avesta, tome 11, page 506; et ci-après. chap. 1x.)
le fondateur de la religion des Mages. Mais, selon Ammien Marcellin (1), Zoroastre ne fit qu'ajouter beaucoup à l’art magique des Chaldéens. Dans les combats soutenus contre Ninus, par Zoroastre roi de la Bactriane, Arnobe (2) assure que, de part et d'autre, on employa les secrets magiques, non moins que les armes ordinaires. Suivant les traditions conservées par ses sectateurs, le prophète de l’Ariéma fut , dès le berceau, en butte aux persécutions des magiciens ; et la terre était couverte de magiciens, avant sa naissance (3). Saint-Épiphane (4) raconte que Nembrod, en fondant Bactres, y porta les sciences magiques et astronomiques dont l'invention fut depuis attribuée à Zoroastre. Cassien parle d’un traité de magie (5) qui existait au V° siècle , et qu’on attribuait à Cham, fils de Noé. Le père de l'église que
nous avons cité tout à l’heure, fait remonter
‘1, Ammian. Marceil. hb. xxvi. cap. 6.
(a) Arnob. Lib. x.
(3) Wie de Zoroastre. — Zend-Avesta, tom. 1, deuxième partie , pages 10, 18, etc.
(4) S. Epiphan. advers, haeres. Gb. 1. tom. 1.
(5) Cassian. Conferen. Gb. 1. cap. 27.
au temps de Jarad, quatrième descendant de Seth, fils d'Adam, le commencement des énchantemens et de la magie.
La magie joue un grand rôle dans les traditions hébraïques. Les anciens habitans de la terre de Chanaan avaient encouru l’indignation divine, parce qu'ils usaient d’enchan-
temens (1). À la magie recoururent, pour se défendre, et les Amalécites combattant les Hébreux à leur sortie d'Égypte (pret Balaam , assiégé dans sa ville par le roi des Éthiopiens, et ensuite par Moïse (3). Les prétres d'Égypte étaient Ne l’'Hindoustan même (4), comme les plus habiles magiciens de l'univers. Non moins versée qu'eux dans leurs sciences secrètes (3), l’é-
pouse de Pharaon put en communiquer les mystères à l'enfant célèbre que sa fille avait sauvé des eaux; et qui, Cinstruit dans toute « la sagesse des Égyptiens , devint puissant
(1) Sapient. cap. xtr. vers. 4.
(2) De Vit4 et morte Mosis. etc. pag. 35.
(3) Ibid. pag. 18-21.
(4) Les Mille et une Nuits, pvre nuit (traduction d'Edouard Gauthier), tome vir, page 38.
(5) De vita et morte Mosis. etc. not. pag. 199.