‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 29 sur 44 · VIL · texte numérisé non relu

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Multiplicité des faits de ce genre, adoptés comme des faits réels,

Mais les allégories ne sont pas à la portée de la multitude ignorante et dressée à croire aveuglément. Lé serpent promené aux jours des Rogations, fut généralement regardé comme la représentation d’un serpent réel, à l’existence duquel on ne craignit pas d’assigner une date certaine. En vain révélait-on aux superstitieux le sens de lallégorie ; en vain, par exemple, montrait-on, dans un tableau , saint Vèran chargeant de liens l'esprit infernal : on persista à croire et à raconter que le territoire d'Arles fut jadis délivré par saint Vèran, des ravages d’un serpent monstrueux ; et un tableau placé à côté du premier, a perpétué le souvenir de cette vic-

toire (1), remportée, conformément à l’origine de la légende, à l'entrée d'une grotte, auprès d’une fontaine.

Chaque paroisse ayant son dragon, l’histoire du monstre varia encore plus que ses formes : l'imagination et la crédulité lui attribuaient des œuvres surnaturelles. De l’effroi, on passa même au respect , et plus loin encore. Le dragon de Poitiers (2) était pieusement surnommé la bonne sainte Fermine ; on le priait avec ferveur ; on s’empressait d’y faire toucher des chapelets : soit que , monument adoptif, il füt resté ee qu'il avait été jadis, une idole; soit qu'il le fùt devenu peu à peu, au milieu d’une population superstitieuse.

Plus communément , l'emblème du principe du mal fut environné de signes de haine et d'horreur. Son histoire Jjustifiait ces sentimens : il avait été le fleau du pays dans lequel on promenait son image. Son venin

(x) J'ai vu ces peintures dans la Majore, église d’Aries, en 1813.

(2) Mémoires de la Société des :Antiquaires de France. tome r. page 464.— Mémoires de l’Académie celtique. tome v. page 54-55.

avait empoisonné les fontaines, et son souffle avait infecté l’air de maladies contagicuses. IL dévorait les troupeaux, déchirait les hommes , choisissait pour victimes de jeunes Jilles , des vierges consacrées au seigneur ; les enfans disparaissaient engloutis dans l’abime de sa gueule épouvantable.… A Provins, jusqu’en 1767, les paroisses de Notre-Dame et de Saint-Quiriace faisaient porter à la procession des Rogations, l’une, un dragon ailé. l'autre, un monstre nommé ZLézarde : ces deux animaux avaient désolé autrefois la ville | et ses environs (1). Saint Florent vint, par l’ordre de dieu , se fixer dans une grotte ou caverne, située sur la rive gauche de la Loire, et en chassa les serpens dont elle était remplie. Bientôt après il délivra les habitans de Mur (aujourd’hui Saumur) d’un énorme serpent qui dévorait les hommes et les animaux, et se cachait dans un bois, près des bords de la Vienne (2). |

À Tonnerre, le saint abbé Jean fut vain-

(1) Gh. Opoix. Histotre et description de Provins. in-8e. Provins, 1823. pages 435-436.

(a) J.-J. Bodin. Recherches historiques, sur Saumur et le Haut- Anjou. tome 1. pages 117-122.

DES SCIENCES OCCULTES. 313 queur d’un basilic qui infectait les eaux d’une BARRE (1 (1). La Vivre de Larré , à laquelle un proverbe bourguignon assimile Les femmes accusées d’avoir une mauvaise tête (2), était un serpent, caché près d’une fontaine , dans le voisinage d’un prieuré de l’ordre de Saint- Benoît, et qui, par ses ravages, fut longtemps lobjet de la terreur publique. À Aïx, en Provence, la procession des Rogations va déposer sur un rocher, appelé le Rocher-du- Dragon et voisin d’une chapelle dédiée à saint André, la figure d’un dragon tué par l’intercession de ce saint apôtre (3). Non moins secourables que saint André et saint Georges, saint Victor, à Marseille , parait vainqueur d’un reptile monstrueux (4) ; saint Théodore foule aux pieds un serpent (5), et saint Se-

(x) Greg. Turon. De glorid confessor. cap. 83:

(2) La Monnoye. Noël borguignon. in-12. 17929, page 399- 400.— Vivre, vouivre ou guivre, vipère, serpent.. Le mot guivre a conservé ce-sens dans le vocabulaire du blason.

(3) Fauris Saint-Vincent. Mémoire sur l’ancienne cité d'Aix... Magasin encyclopédique , année 1812. tome vi. page 287.

{4) À l'abbaye de Saint-Victor, à Marseille.

(3) Dorbessan. Essai sur les serpens sacrés. Mélanges historiques, critiques , etc. tome 11, page 138.

cond, patron d’Asti, est représenté à cheval, perçant un dragon de sa lance (1). Nous c1terons encore plusieurs légendes semblables, sans avoir la prétention d’épuiser le sujet.

Nous connaissons l’origine commune à toutes, et la cause qui, depuis le V° siècle, a dû les multiplier dans l'occident : loin qu’on s'étonne de leur nombre, on pourra s'étonner de ce qu’il n’en subsiste pas d'avantage.

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