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Variantes dans les circonstances et les dates des récits ; nouveaux vestiges de la légende astronomique.
La coutume de porter aux processions des Rogations, l’image du serpent, n’a cessé que peu à peu ; et l’on peut dire que ceiemblème du prince des ténèbres n’a reculé que lentement devant le progrès des lumières. Plu-
(1) Millin. Voyage en Savoie et en Piémont. tome 1.
page 1231.
es |
sieurs églises de France n’en ont abandonné l'usage que pendant le X VIT: siècle ; Grosley, en 1771, le trouva en vigueur dans toutes les églises des Pays-Bas catholiques (x): Pendant un laps de temps si long, les récits ont dû varier, et après eux les explications.
Pour combattre la Gargouille, le dragon de Rouen, saint Romain se fit accompagner par un criminel condamné à mort, à qui le miracle du saint valut sa grâce.
Le clergé accrédita volontiers les récits de ce genre. Ils augmentaient son pouvoir, en faisant souvent attribuer à ses chefs le droit de faire grâce, ou du moins, comme à Rouen, de délivrer un prisonnier : ce n’était pas accorder trop au souvenir du miracle, dont, par la volonté de Dieu, un coupable , déjà condamné , était devenu l'instrument.
Plus volontiers encore le vulgaire accueillit cette variante de la légende universelle : des” hommes, suivant lui, n’avaient pu se résoudre à un combat si périlleux que pour se soustraire à une mort infàme et cruelle. Alors,
(1) Grosley. Voyage en Hollande. OEuvres inédites de Grosley. 3 vol. in-8°. Paris, 1815. tome nr. page 336.
un criminel condamné à mort, enleva à sainte
Radegonde l’honneur d’avoir vaincu la Graridgueule, ce terrible dragon de Poitiers , qui sortait chaque jour de sa caverne , située au bord de la rivière de Clain, pour vénir dévorer les vierges du Seigneur, les religieuses
du couvent de Sainte-Croix (1). Un autre condamné délivra, des ravages d’un serpent,
la paroisse de Villiers, près Vendôme (2). Un
troisième tua un dragon ou crocodile qui,
caché sous les eaux du Rhône ; était le fléau des marins et des habitans de la campagne (3). Un soldat déserteur, pour obtenir sa grâce,
combattit un dragon qui répandait leffroi
aux environs de Niort (4); il en triompha ; : mais lui-même il perdit la vie.
En discutant son histoire, M. Éloi-Johanneau (5) remarque combien elle est rendue suspecte, et par un des noms donnés au
(1) Mémoires de l'Académie celtique. tome v. pages 52-53- :
55. — Mémoires de la Société des AAA de France: tome 1. page 464: 465.
(2) Mémoires de l’Académie celtique. tome 1v. page 31e, (3) Zbid. tome v. page rt1.
(4) Tbid. ibid. pages 58-Go et 132-134.
(5) Zbid. ibid. pages 59 et 134-135.
prétendu soldat, nom qui signifie le vainqueur de la béte, du monstre ; et surtout par sa date, 1589 ou 1692, date Hot trop récente pour que lhistoire ne se fût pas chargée d’un fait si merveilleux. La date assignée par D. Calmet à lapparition du serpent de Lunéville, est plus moderne encore ; il la place à un demi-siècle du temps où il écrivait (1 1)... De toutes les variations que le temps fait subir aux traditions populaires , la plus commune peut-être porte sur les dates.
Pour ces récits, il n’existe point d’archives ; et 1l est dans la nature de l’homme de chercher sans cesse à rapprocher de lui les souvenirs que lui a légués le passé; un trop grand intervalle entre eux et le présent, fatigue son imagination ; ne pouvant le combler, il tend à le rétrécir, à mesure que le laps du temps l’agrandit.
Ainsi, la destruction du dragon de Niort a été successivement placée en 1589, puis en 1692. Celle de la Grand’gueule de Poitiers, quand on l’a attribuée à un criminel condamné , s’est trouvée assez éloignée du
t ‘(1) Journal de Verdun, juin 1751. page 430.
temps où vivait sainte Radegonde, pour que l’on plaçàt en 1280 l'apparition , dans cette ville , d’un dragon volant (1). Quoique saint Jérôme ait décrit le combat de saint Hilarion contre le serpent d’Épidaure , c’est à luimême (2) que l’on attribue la défaite du monstre dont on montre aux voyageurs la caverne ét la dépouille. La tradition qui attribue à sainte Marthe la destruction de la Tarasque est moderne, en comparaison de celle qui en assure l’honneur à seize braves, dont huit périrent victimes de leur courage ; les autres fondérent les villes de Beaucaire et de Tarascon (3). | 12 Nous pourrions signaler encore plusieurs dates que le temps a ainsi déplacées et rendues modernes. Mais c’est sous un autre rapport, que la mort des braves de Tarascon et celle du soldat de Niort méritent: d’être
(1) Mémoires de.l’ Académie celtique. tome v. pages 61-62
(2) Pouqueville. Voyage dans la Grèce. tome 1. pages 24-
(3\ Mémoires de la Socièté des Antiquaïres de France. tome 1. page 423. La fondation de Tarascon (ou plus exactement l'établissement des Marseillais dans cette ville) paraît antérieure à la guerre de César contre Pompée. — Papon: Voyage de Provence. tome 1. page 228. ;
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releveés. Dans les mythes qui peignent le
combat du principe de la lumière contre le principe des ténèbres, le premier achète souvent la victoire au prix de sa vie : c’est ce qu'on raconte d’Osiris, de Bacchus, d’Atys et
® d'Adonis. Et, dans la mythologie scandinave,
au jour terrible qui détruira et renouyelera le monde, le dieu Thor, après avoir foudroyé le grand serpent engendré par le principe du mal . doit périr lui-même, étouffé dans les flots duwenin que le monstre aura vomi.
Ne nous étonnons pas de retrouver, dans une circonstance analogue, un nouveawdébris de la légende solaire, et de voir plusieurs vainqueurs de serpens monstrueux succomber au milieu de leur triomphe, ou ne pas y survivre.
Vers la fin du XV° siècle, ou, suivant une tradition plus ancienne, en 1273 ( car ici encore nous voyons la date varier pour se rapprocher de nous), les montagnes de Neufchâtel étaient désolées par un serpent dont
plusieurs noms de lieu, aux environs du vil-
lage de Sulpy, rappellent le souvenir (1) :
(1) Roche à la vuivra, combe à la vuivra, fontaine à la
Raymond, de Sulpy, combattit le monstre, le tua , et mourut deux jours aprés.
Tel fut aussi le sort d’un Belzunce qui délivra Bayonne d’un dragon à plusieurs têtes : Il périt, suffoqué par la flamme et la fumée que le monstre vomissait (1).
Le patriotisme célèbre avec enthousiasme le nom d’Arnold Strouthan de Winkelried qui, à la bataille de Sampach, en 1386, se dévoua pour le salut de ses compatriotes.
Le nom d’un de ses ancêtres a unMtitre moins authentique, mais noi moins populaire NE:
limmortalité. Près d’Alpenach, dans le canton d'Underwald , sur les bords de la rivièrè de Meleh, parut, én 1250, un dragon. dont on montre encore la caverne. Struth de Winkelried, qu’un duel avait fait condamner au bannissément, voulut acheter le droit de rentrer dans sa patrie, en la délivrant de ce fleau : il réussit; mais il mourut de ses blessures, le lendemain de sa victoire (2). Péter-
puivra (vuivra, vivre, gU1vre) serpent). Description des montagnes de Neufchâtel. Neufchâtel, 1766. in-12. pages 34-37. (x) Mercure de France. 29 mars 1819. page 585.
(2) Le Conservateur suisse. 7 vol in-12. Lausanne, 1815- 18:5. tome vr. pages 440-441. — Mayer. Voyage en Suisse.
mann-Éterlin ( qui, à la vérité écrivait deux cent cinquante ans plus tard) (1) a consigné le fait dans sa chronique. La peinture la retracé sur les murs d’une chapelle voisine du lieu du combat ; le lieu a gardé le nom de Marais du dragon (Drakenried), et la caverne, celui de 7rou du dragon ( Drakendok).... Ces noms commémoratifs, et ceux du mème genre qui subsistent près de Sulpy, indiquent peut-être, comme celui du Rocher duü dragon ,4"Aix, les endroits où s’arrêtait la procession des Rogations, et où l’image du dragon allégorique était momentanément déposée. Peut-être aussi se rapportent-ils, comme nous l'avons déjà soupçonné, au cours d’un torrent dévastateur.
tome 1. page 201, semble attribuer cette aventure à Arnold «le Winkelried', et placer près de Stanz, la caverne du Dragon.
(1) W. Coxe. Letiresisur la Suisse. tome 1. page 160 de da traduction de Ramond. |
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