‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 35 sur 44 · IL · texte numérisé non relu

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à faire revivre dans son poëme des traditions anciennes (1). |

De semblables récits ont pu naître de causes semblables, avant l'invention des emblèmes chevaleresques et des armoiries.

Un guerrier se plait toujours à présenter à ses adversaires des objets propres à les frapper de terreur. Le serpent est l'emblème d’un ennemi prudent et dangereux; le serpent ailé, ou dragon, le présage d’une destruction rapide et inévitable : ces signes trouvèrent leur place sur les étendarts, comme sur la surface des boucliers et sur les cimiers des casques. Le dragon figurait parmi les enseignes militaires des Assyriens ; le vainqueur des Âssyriens , Cyrus , le fit adopter aux Perseset aux Mèdes (2). Sous les empereurs romains et sous les empereurs de Byzance, chaque cohorte ou centurie portait pour enseigne un dragon (3). Grosley affirme (mais sans s’étayer de preuves décisives) que , des enseignes mili-

(x) Morgante, Canto 1v. ottav. 7 et seq. |

(2) Georges Codin. Curop. De Official. palat. Constant. Feriae quae in palatio solent, etc.

(3) Modestus. De vocabul. ret milit. — Flav. Veget. De re militari dib. 1. cap. 13.— Georg. Codin. Curop. loc. cit.

taires , qui étaient l'objet d’un culte pour le soldat romain , les dragons passérent dans les églises , et figurérent dans les processions des Rogations, comme des trophées conquis sur la religion vaincue (1).

Quoi qu’il en soit, on admettra sans peine que de pareils signes ont plus d’une fois réveillé le souvenir du mythe astronomique. Et quand on sait que , chaque soir, dans une cérémonie religieuse , l’image du dragon était portée à côté de celle de saint Georges devant l’ernpereur de Constantinople (2), on est tenté de croire que saint Georges doit à cette coutume, la légende qui le place sur le même rang que saint Michel.

Le premier, en Angleterre, Uther, père du fameux roi Arthur, imita, dans les combats, l’exemple des Assyriens et des Perses, et arbora pour enseigné un dragon dont la tête était d’or : il reçut, en conséquence, le surnom de Pen-dragon (tête de dragon), sur-

(1) Grosley. Éphémérides. tie partie, chap. 9. tome x. pages 222-995.

(2) Georg. Codin. Curop. De Official. Palat. Const. loc. cit. « Cantaid igitur liturgi4.….. aliud (Flammeolum) quod feri « sanctum Georgium equitem, aliud draconteumi, etc. »

nom qui à pu donner cours à bien des récits merveilleux. On racontait, par exemple, qu'il avait va dans les cieux une étoile qui avait la forme d’un dragon de feu, et qui présageait son avénement à la couronne (1)..... On n’avait pas oublié l’origine astronomique de la

légende primitive.

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Mythologie antérieure altérée , pour y retrouver la légende du Serpent.

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Après avoir altéré l’histoire , méconnu l’origine. des représentations physiques., oublié la signification des monumens, et même y avoir lu et vu ce qui n’y existait point, le désir . de retrouver partout un mythe avec lequel on était familiarisé n'avait plus qu’un pas à franchir ; il n’avait plus qu'à sacrifier les objets

(1) Ducange. Glossar. verbo Draco.

d’une ancienne crédulité, et à défigurer une mythologie antérieure , pour la ployer aux récits d’une mythologie nouvelle. Voici, en ce genre. un fait qui, sans être certain, n’est cependant pas dénué de probabilité. Il se rattache à un souvenir assez fameux pour rendre excusables les détails où nous serons forcés d'entrer. | | En expliquant une médaille qui parait être du XV: siècle, et qui, au revers de la tête de Geoffroy de Lusignan, dit Geoffroy à la grand'dent , offre la tête d’un monstre fantastique , Millin (1) raconte que Geoffroy fut invité à combattre un monstre qui déjà avait dévoré un chevalier anglais : prêt à tenter l'aventure , Geoffroy mourut de maladie. La tête figurée sur la médaille est, ajoute-t-il, celle du monstre, « que Geoffroy aurait certainement vaincu, si la mort ne l’eüt point prévenu. » Mais on ne frappe point de médaille pour éterniser un exploit qui n'a point eu lieu : il faut donc que , dans la famille des Lusignans , à laquelle Millin attribue la fabrica-

(1) Voyage au midi de la France. tome 1v. pages 707-708. — Geoffroy à la grand'dent mourut vers Pan 1250.

tion de cette médaille , on conservât la tradition que le brave comte, comme tant de saints

et de héros que nous venons de passer en re-

vue , avait été vainqueur du monstre.

Rappelons-nous : 1° que Geoffroy était fils

ou plutôt descendant de la fameuse Mellusine

ou Merlusine (1), Melesendis, qui tous les

TAINTFTE # É (1) Je ne contesterai point à M. Mazet, savant cité par Millin (Voyage au midi la France. tome 1V. p: 706), que la

mère de Geoffroy ne soit appelée, dans les titres, Melicen-

dis, Melesindis (Melisende), et que ce nom aït pu se confondre avec celui de Mellusine. Maïs, loin d'admettre qu'il l'ait produit, je pense que la confusion n’eut lieu que parce que le nom de Mellusine était déjà célèbre. Moins facilement adopterai-je une autre étymologie, suivant laquelle la dame de Melle, apportant en dot cette seigneurie au sire de Lusignan, des deux noms unis on forma celui de Mellusine (Mémoires de oise des Antiquaires de France. tome ut. pages 279-280). Au commencement du XTIT- siècle, les femmes ne joignaient pas à leur nom celui de la seigneurie de leur époux; je ne crois même pas qu'elles portassent communément } nom des seigneuries qui leur étaient propres. En prononçant Merlusine avec le peuple, guide plus sûr que les érudits pour la prononciation des noms consacrés dans des contes anciens, je le rapproche de l'orthographe du nom de famille de Geoffroy, écrit ainsi sur la médaille citée, Godefridus de Lusinem. Il suffit de placer avant ce dernier mot, mère (mater), pour reproduire le nom de Merlusine, et prouver que ce n’est que le simple titre de mére des Lusignan, appliqué par le peuple à la femme-serpent, à la fée, dont

samedis , se transformait en serpent; 2° que les Sassenages , qui comptaient Geoffroy à la grand'dent parmi leurs ancètres , avaient fait sculpter sur la porte extérieure de leur château, une figure Mellusine (x), c’està-dire , moitié femme ,; moitié serpent.

Merlusine était une fée bienfaisante : il parut naturel de ranger un de ses descendans au nombre des héros destructeurs de serpens meurtriers ; et, en lui appliquant une légende partout adoptée, de lui attribuer une victoire consacrée par la médaille dont Millin a tenté l’explication.

Mais d’où put naître, dans les marais du Poitou , la création d’un être moitié femme, moitié serpent, ou tantôt l’un et tantôt l’autre ? |

Une tradition, conservée jusqu’à nos jours, assure que Merlusine se transformait, non

cette famille prétendait descendre. Notre étymologie est d’autant moins invraisemblable , que le premier auteur qui ait rédigé l’histoire de Mellusine, Jean d'Arras, écrivait sous le roi Jean, au XIVe siècle, lorsque, depuis long-temps, le nom de famille des Lusignans était fixé et devenu célèbre.

(1) Millin. Magasin encyclopédique. année 1811. tome vr. pages 105 el 1x2.

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pas en serpent, mais en poisson (1). Voilà le mot de l'énigme, qui nous reporte à une haute antiquité. L'image de la Femme-poisson, dont les modernes ont fait des sirènes, quoique tous les écrits et les monumens des anciens présentent les sirènes comme des femmes-oiseaux (2) ; cette image, assez multipliée encore du temps d’Horace pour que le poëte , qui enignorait la signification , la citèt comme le type de l’absurdité ph cette image , que les Grecs, moins éloignés

(1) Mémoires de la Société des Antiquuires de France. tome m1. p. 280.— Cette tradition n’était pas ignorée de

Scarron : dans sa ire satire, un fat annonce qu’il veut faire paraître sur le théâtre,

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