‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 36 sur 44 · LA · texte numérisé non relu

LA

L'infante Mellusine ;

L'héroïne sera moitié femme et poisson. 1

Observons que la tradition la plus généralement reçue se rapproche encore de celle-ci, en plaçant Mellusine dans un vaste bassin, dont les coups de sa queue font jaillir l’eau jusqu'aux voûtes de la salle. Bulletin de la Société d’Agriculture de Poitiers, 1828. pages 214-215. |

(2) Dans un mur de la cour intérieure du Muséum de Paris, est encastrée une ronde-bosse antique en marbre blanc $ représentant une femme-oiseau, une sirêne.…

RE ts on ... . Turpiter atrum Desinit in piscem mulier formosa superne.

Horat. De Art. poet. vers. 3-4,

DES SCIENCES OCCULTES. 345 de son origine, appliquérent à Eurynome l’une des épouses du dieu de la mer ; cette image est celle sous laquelle les Syriens et

les Phéniciens invoquaient Astarté, Aterga-

is , la vierge céleste. On la retrouve dans le planisphère égyptien, où elle représente le signe des Poissons réuni au signe de la Vierge. Elle est consacrée dans la mythologie Japonaise (1) et dans la mythologie hindoue CAR où elle à probablement la même significa-

tion.

On demande si ce symbole à jamais pénétré dans les Gaules, et si le temps a pu le modifier assez pour changer en serpent l'extrémité du poisson. |

1° À la première question , je réponds que ce symbole existe encore dans une des plus anciennes villes de France, à Marseille. Sur

un angle du fort Saint-Jean, on distingue la

figure gigantesque d’un monstre , moitié femme, moitié poisson. Si on l’a ainsi reproduite dans la construction du fort Saint-Jean, ce ne peut être que parce qu’elle existait bien

(1) Canon, divinité japonaise.

(2) Troisième Avatar de Wishnou.

antérieurement, comme monument national.

Son nom, le même que celui de la ville, Marseille, indique qu’elle représentait la divinité locale, la ville même divinisée. Pour adopter un symbole si propre à caractériser une grande cité maritime, les Phocéens n’eurent pas besoin de l’emprunter à Tyr, à Sidon, ou à Carthage : ils avaient fondé leur colonie sous les auspices de la grande Diane d’'Éphèse, de la vierge céleste , qui fut adorée sous cette forme, non-seulement dans l'Asie, mais même en Grèce , puisque la statue moitié femme, moitié poisson, honorée à Phigalie , fut souvent regardée comme une statue de Diane (1).

2° Les princes tatars font presque tous remonter leur généalogie à une vierge céleste que rendit enceinte un rayon du soleil, ou tel autre moyen aussi merveilleux : en d’autres termes , la mythologie, qui sert de point

(1) Pausanias. Arcad. cap. xu. — Une prêtresse de la Diane d’Ephèse, emportant une statue de la divinité, avait suivi à Marseille les Phocéens; et ceux-ci, dans toutes les villes qu’ils fondèrent en Gaule, et, par exemple, à Agde, instituèrent le culte de Diane, tel qu’ils l'avaient reçu de leurs ancêtres. Sérabo. lib. 1v.

de départ à leurs annales, se rapporte à l’âge où le signe de la Vierge marquait le solstice d’été.

Les Grecs rapportaient l’origme des Scythes à une vierge, moitié femme, moitié serpent, qui eut commerce avec Hercule ou Jupiter (1), emblèmes l’un et l’autre du soleil générateur. Si les deux origines n’en font qu'une, comme il est pérmis de le croire, dans l’image de la divinité nationale, de la vierge céleste dont les Scythes ou Tatars se prétendent descendus, les Grecs auront méconnu la forme de la partie inférieure ; au lieu de lextrémité d’un poisson, ils auront vu l’extrémité d’un serpent.

Maintenant, pour amener sur les bords de la Sèvre, et le symbole antique et l’altération qui l’a défiguré , je ne rappellerai point que les Druides honoraient une vierge qui devait enfanter ; la vierge céleste qui, tous les ans, à minuit, brillant au haut des cieux, devait rendre à la terre l’enfant-dieu, le soleil naissant du solstice d’hiver : il ne paraît pas que les Druïdes aient offert de représentations

(x) Herodok. lib. 1v. cap. 9. — Diod. Sie. lib. 11. cap. 26-

>hvsiques à lPadoration de nos ancêtres . 1üush q sJ

qu'au temps du moins où le commerce des

autres peuples les induisit peu à peu à imiter leur idolâtrie. Mais Pythéas avait cotoyé les rives occidentales de la Gaule, et sürement il ne fut pas le seul parmi les navigateurs marseillais (1). Mais les Phéniciens et les Carthaginois, qui venaient chercher Pétain dans les îles Cassitérides, n’ont pu manquer de débarquer souvent sur les côtes de Bretagne et de Poitou. L’une de ces nations aura porté, dans la Gaule occidentale, l’image et le culte de la Vierge-poisson : sous la figure | d’une femme ayant une queue de poisson, les Gaulois adorèrent Ovana ou Auvana (2).

Jaloux, comme les princes tatars, de se créer | une origine surnaturelle , un chef gaulois aura prétendu descendre de cette divinité ; il en aura choisi l’image pour son emblème distinctif. Les progrès du christianisme auront réduit la déesse à n’être plus qu’une femme,

(a) Dans toutes les villes qu’ils fondaient, les Marseillais établissaient le culte de la Diane d’Ephèse. Strabo. Gb. 1v.

(2) Martin. Religion des Gaulois. tome 11. p. 110. — Toland. History of'the Druids. p. 1358.

douée encore, comme fée, d’une puissance surnaturelle ; mais ils n’auront point aboli sa mémoire, n1 effacé son image. Le temps et limperfection de la sculpture auront plus tard occasioné une erreur semblable à celle que les Grecs avaient déjà commise ; la queue de poisson aura passé pour l'extrémité d’un serpent. Basée sur cette méprise , la nouvelle tradition aura prévalu d'autant plus facilement que, du V‘siècle au XV°,les serpens, nous l’avons vu, Ont Joué un grand rôle dans les croyances populaires des Occidentaux : et alors la forme donnée à Merlusine et l’exploit attribué à son descendant, seront de- . venus les conséquences du sacrifice d’une ancienne croyance, à une croyance plus nouvelle et généralement adoptée.

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