XII
Résumé.
La discussion de cette conjecture, que nous soumettons au jugement des archéologues, ne nous 4 point écartés de notre su-
jet. Nous nous sommes proposés de rechercher comment un récit évidemment absurde, faux, impossible, a pu se répandre , se multiplier ; et toujours le même sous mille formes diverses, trouver partout une égale et constante crédulité. |
Des faits réels, des métaphores usitées auraient pu quelquefois y donner occasion , mais non le faire sortir du cercle étroit où l’on observait les uns, où l’on mettait les autres en usage. x
Un accident aussi local, aussi variable que l’est le débordement d’une rivière, n’a pu être représenté universellement par la même allégorie, qui d’ailleurs ne s’y applique que d’une manière très-imparfaite.
Le prétendu fait n’est; dans l’origine , que l’expression d’un tableau astronomique, adopté par la plupart des mythologies de l'antiquité (1).
(1) J'aurais pu citer encore Hercule, vainqueur du dragon: du jardin des Hespérides , monstre dont la défaite fut suivie : dela découverte d'une fontaine jusqu'alors inconnue (Apollon. Rhod. Argonautic. lib.1v); le dragon habitant d’une sombre caverne, et gardien de la fontaine de Mars, tué par Cadmus, qui depuis fut lui-même transformé en serpent; le dragon
Quand la tradition de ce dogme du polythéisme aurait dû céder aux progrès du christianisme , une cérémonie extérieure , consacrée dans cette religion, créa presque autant de répétitions du mythe originel, que l’Église d'Occident comptait de réunions de fidèles. En van s’efforça-t-on d'appeler l'attention du vulgaire sur l’allégorie qu’exprimait la cérémonie : son esprit, comme ses regards , resta fixé sur Îa représentation physique. Ses habitudes lemportant sur sa piété, ce ne fut pas exclusivement parmi les habitans du ciel qu’il chercha ses libérateurs ; ilen reconnut parmi les hommes, surtout quand, pour se conformer à un point de l’allégorie astronomique , il dut supposer que le vainqueur avait perdu la vie au sein même de la victoire. Les noms des personnages célèbres, ceux des nobles dont il craignait la puissance ou admirait le courage, vinrent s'appliquer à cette tradition sans cesse repro-
dont Diomède, à son retour de Troie, délivra les Corcyréens (Heraclides in Politis); Cenchréus, que les habitans de Salamine, dans l’ile de Chypre, prirent pour roi, lorsqu’il eut délivré la contrée d’un serpent énorme qui la désolait (Noël. Dictionn. de la Fable, art. Cenchreus), etc., etc.
duite. On falsifia les souvenirs historiques pour l’y retrouver; toute représentation physique, propre à en réveiller le souvenir, en renouvela le récit; on la chercha dans des monumens et dans des emblèmes qui lui étaient étrangers, et jusque dans les signes qu’avaient inventés la gloire ou l’orgueil militaire. On alla même ( si notre derniére conjecture n’est point téméraire) jusqu’à altérer les symboles et les croyances d’une mythologie antérieure pour les lui approprier… Singuliers progrès d’une crédulité, non-seulement facile et aveugle, mais avide, mais insatiable! Ne méritent-ils pas d’être signalés aux méditations des philosophes? L’histoire de la crédulité est peut-être la branche la plus étendue, et, à coup sûr, l’une des plus importantes de l’histoire morale de l’espèce humaine. |