‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 38 sur 44 · DE MEMNON · texte numérisé non relu

DE MEMNON

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Récits et inscriptions qui attestent la vocalité de la statue, et font même mention des paroles qu'elle a prononcées. Explications peu satisfaisantes , propostes par divers auteurs. Suivant Langlès, les sons proférés quelquefois par la statue, correspondaient aux sept intervalles de l’octave, appropriés , chez les Égyptiens , aux sept voyelles, emblèmes elles-mêmes des sept planètes. Oracle qui a pu être prononcé par la statue de Memnon. Le mécanisme qui produisait le son ou les sons quotidiens, consistait-il, ainsi que l'a soupçonné Langlés, en une suite de marteaux qu'une force occulte mettait en jeu ? Cette conjecture n’est que plausible; mais on ne peut y substituer la supposition d’une supercherie que sa répétition habituelle aurait rendue trop facile à découvrir.

L'époque où fut élevée la statue de Memnon se perd dans la nuit de l'antiquité. Son

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voit encore debout en offrent une preuve

mens de terre ont toujours été rares en

histoire commence pour nous au temps où elle fut brisée par Cambyse; c'est ce prince que les Égyptiens accusent de sa chute. Leur juste horreur pour la mémoire d’un ds les aurait emportés jusqu’à imputer à son impiété l'effet d’une catastrophe naturelle, s'il était vrai, comme l’affirme Strabon, que le colosse ait été renversé par un tremblement de terre. Mais l’assertion du savant géographe manque de vraisemblance ; Les tremble-

Égypte ; les dimensions des édifices qu’on y

irrécusable.

« Mutilée par Cambyse, la statue qui sa- « luait Le soleil et le roi, ne salua plus que le « soleil (r).» Ceci répondrait à l’idée que lon se fait d’une machine dont le jeu a été dérangé par un accident : il est cependant également probable que les prêtres égyptiens avaient

(1) Scholiaste inédit de Juvénal, cité par Ph. Casselius. Dissertation sur les pierres vocales ou parlantes. page 8. —! Langlès. Dissertation sur la statue vocale de Memnon.— Voyage de Norden. tome n. pages 157-256. page 257:

DES SA OCCULTES. 355 Le

saisi ce prétexte pour dispenser leur divinité de rendre hommage au monarque Persan, à me oppresseur de leur patrie.

- Écoutons maintenant les temoins qui ont entendu la statue depuis la mutilation.

«Memnon, fils de Aurore, régna en « Éthiopie l’espace de cinq âges ou généra- «tions. Les Éthiopiens pleurent Memnon « comme s'il était mort dans la jeunesse (c’est ainsi que l’on pleurait Atys, Adonis et les autres emblêmes du soleil). « Sa statue, «tournée vers POrient > parle dès qu’un

« rayon du soleil levant vient tomber sur sa ;

« bouche (1). »

Pausanias vit la statue brisée ; c’est, dit-il 1 une statue du soleil. Les Égyptiens l’appellent Phamenophis. et non pas Memnon : elle rend, tous les matins , au lever du soleil, un son qu'on ne peut mieux comparer qu’à celui d’une corde de lyre qui se rompt (2). Juvénal qui, pendant son séjour en Égypte, avait pu entendre plusieurs fois, en donne une idée

(1) Philostrat. De vit. Apollon. lib. vr. cap. 6. (2) Pausanias. Attic cap. 42.

analogue. : « Là , dit-il, résonnent /es cordes

« magiques du mutilé Memnon (3). » Observons qu’en parlant de plusieurs cordes, il paraît indiquer la production de plusieurs sons successifs.

Strabon ne fait mention que d’un son unique qui a frappé ses oreilles, et qu'il ne caractérise pas.

De nombreuses inscriptions gravées sur le colosse, attestent que , peu après le lever du soleil, des hommes conduits par la réli-

-gion ou par la curiosité, ont entendu sortir de la statue, tantôt un son, tantôt plusieurs, tantôt même des paroles distinctes.

Voici la traduction d’une inscription grecque. qu’on lit sur la jambe gauche du colosse: « Nous qui autrefois n’avions entendu qu’un «seul son, maintenant Memnon, fils de l’Au- « rore, nous a salués affectueusement comme «ses alliés et ses amis. Plus heureux, j'ai « saisi le sens de ses paroles : la nature elle-

(x) « Dimidio magicae resonant ubi Memnone chordae. »

Juvenal. Satyr. xv. vers. 50.

« même, créatrice de toutes choses, les a « proférées (1). »

Eucrate, dans le Philopseude de Lucien (2), se vante d’avoir entendu prononcer, par la statue de Memnon, un oracle en sept vers.

En croyant rapporter un mensonge ridicule, Lucien peut nous avoir transmis un fait véritable ; peut-être même , nous le verrons, l’oracle en-sept vers n'est-il pas entièrement perdu. Il est prouvé déjà, par l'inscription citée, que les prêtres de Memnon, propor= tionnant le miracle à la crédulité, faisaient quelquefois parler la statue. Ce miracle ne leur était point exclusivement propre. A Daphné, près d’Antioche, s'élevait le temple . d’Apollon : la statue du Dieu , disait-on, avait plus d’une fois, à l'heure de midi, fait entendre à des adorateurs privilégiés , ‘le chant d’un hymne mélodieux (1).

: :. Dans l’un et l’autre cas, les prêtres em-

(x) Description de l'Égypte, etc. Revue encyclop, tome xxix. Langlès, Dissertation, etc. page 26.

(2) OEŒEuvres de Lucien, traduction de Belin de Balu. tome- IV. pages 211-212.

(3) Libanius. Monodia super Daphn. Apoll. etc.

ployaient sans doute des moyens scientifiques, tels que ceux qui fournissent des sons articulés aux éétes parlantes. La difficulté d’en préparer l’emploi, sans éveiller la défiance ; explique la rareté de ce miraele particulier.

Il est moins aisé d'expliquer le miracle que tous les matins voyaient se renouveler.

L'idée d’une supercherie que facilitait la masse du colosse semble avoir frappé

Strabon. « J'ai entendu, dit-il, un son qui

« est parti de la base, ou du colosse, ou de « quelqu'un des assistans ; c’est ce que je ne « puis assurer (1). » Ses expressions, on le voit, sont celles d’un homme qui se défend de l'illusion qu’on aurait pu lui faire , plutôt ‘qu'il ne reconnaît celle qu’on lui a faite. Aucune tradition , d’ailleurs, ne vient à FPE de sa ht

« La statue étant creuse, dit Dussault (2), « la chaleur du soleil échauffait l'air qu’elle « contenait ; et cet air, en sortant par quelque «issue, produisait un bruit que les prêtres

(1} Strabo. Hb. xxvir.

(2) Traduction de Juvénal (édit. ne). tome mn. page 452. note 5.

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DES. SCIENCES -OCCULTES, 359 « interprétaient à leur gré.» Opinion peu soutenable, et qui suppose , au changement de température, un effet impossible : pour arriver jusqu’à l'air intérieur , la chaleur du soleil aurait eu à pénétrer une couche de pierre très-compacte, épaisse au moins de deux ou de trois décimètres ; et cela instantanément , et lorsque le disque du soleil était à peine élevé au-dessus de l’horison.

Dans les appartemens immenses, construits tout entiers en blocs de granit, que récélent les ruines de Carnac , des artistes français affirment avoir entendu, au lever du soleil, ces sons si fameux rendus par des pierres... «Les sons paraissent partir des & pierres énormes qui couvrent les apparte- «mens , et dont quelques-unes menacent de « s'écrouler : le phénomène provenait sans « doute du changement de température pres- « que subit qui se fait au lever de lau- « rore (1). » Je croirais plutôt que les sons furent produits par le craquement d’un des blocs , préts à s’écrouler , entre ces masses

(1) Description de l'Égypte. tome 1. page ur À —— on sin encyclop. 1816. tome u. page 14.

d’un granit rouge qui, frappé avec un marteau, résonne comme une cloche (1). Comment, en effet, admettre l'explication proposée , quand il est d’expérience qu’un changement de température , plus brusque et plus fort qu’on ne le peut supposer en ce cas, ne fera Jamais résonner un: corps même éminemment sonore ? Ils’ensuivrait d’ailleurs, d’une part, que la statue de Memnon n'aurait pas dû cesser d’être sonore; et de l’autre, que tous les colosses, les plafonds et les murs de granit pouvaient aussi rendre des sons au lever du soleil : dès lors, la merveille aurait disparu aux yeux du peuple, familiarisé avec elle par sa continuelle répétition. Mais l’histoire ne laisse pas de doute sur ce point : la statue de Memnon jouissait seule de. sa prérogative ; elle l’a perdue, et elle est devenue muette, depuis que le christianisme a régné en Égypte.

Un voyageur: anglais, sir A. Smith, dit cependant avoir examiné lui-même , accompagné d’une nombreuse escorte , la statue de

1) Magasin encyclop. 1816, tome u. page 29.

Memnon ; et à six heures du matin, il a entendu très-distinctement les sons qui la rendaient si célèbre dans l'antiquité (x). Il affirme que ce bruit mystérieux ne sortait pas de la statue , mais du piédestal. Il le croit un résultat de la percussion de l'air sur les pierres du piedestal ; lesquelles, selon lui, sont disposées de manière à produire cet effet surprenant... Quelle est cette disposition ?

Comment. produit-elle le résultat indiqué ?

Comment le voyageur s'est-il même assuré

de son existence ? C’est ce que ne dit pas sir

À. Smith. Enfin on se demande comment,

seul entre tous les modernes, il aurait entendu le'colosse qui, pour tous les autres hommes,

est condamné au silence depuis plus de quinze siècles ? Comment un phénomène si important aurait-il échappé aux français qui ont séjourné plusieurs années en Égypte, et qui y ont poussé si loin leurs savantes imvésti-

gations ? Sir À Sraith a probablement été

déçu par un craquement semblable à ceux que des français ont entendu à Carnac.

Il est naturel de revenir à l’idée qui paraît

(1) Revue encyclop.1821. tome 1x, pag. 592.

avoir été adoptée chez les anciens, et de penser avec le Scholiaste de Juvenal , que la statue était animée par un mécanisme ingénieux.

Quel était ce mécanisme ?

Le savant Langlès a cherché à le deviner(i):

voici le résumé des opinions ‘qu’il a developpées dans une dissertation remplie d’érudition et d'intérêt. |

L. Les sons produits par la statue de Memnon étaient au nombre de sept ; ils répétaient les ‘ntonations appropriées aux sept voyelles égyptiennes, et consacrées aux sept planètes.

À l’appui de sa conjecture Langlès pouvait rappeler Pimportance religieuse que les anciens attachaient aux sept voyelles ; cette importance est bien marquée dans le soin que prend Eusèbe(2)de nous faire observer que, par un mystère merveilleux, le nom ineffable de Dieu comprend les sept voyelles, dans les quatre formes que lui fait subir la grammaire. Elle explique aussi une inscrip-

(1) Langlès. Dissertation sur la statue vocale de Memnon.

Voyage de Norden, tome 11, pag. 155-256.

(2) Euseb. Praep. Evang. lib. xt, cap. 6.

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tion composée de sept lignes, chacune desquelles présente les sept voyelles grecques différemment combinées (1). Gruter, il est vrai, et son éditeur, regardent l'inscription comme apocryphe ; mais Edw. Holten (2) a vu, sur une pierre, les mêmes voyelles sculptées et disposées de la même manière; tout le mystère quelles renferment, consiste , dit-il, dans le nom de Jehovah, composé de sept lettres et sept fois répété : il attribue, avec vraisemblance , les inscriptions de ce genre aux Basilidiens ; les Basilidiens, comme tant d’autres sectaires des premiers siècles de l'église, n’étaient que des Théurgistes qui voulaient transporter dans le christianisme , les rites et les superstitions d’initiations plus anciennes. |

Langlès aurait pu alléguer encore lopinion de quelques modernes, échos d’autant plus fidèles des anciens, qu’ils les comprenaient moins ; et remarquer que Jean Belot, curé de Milmont , dans sa Chiromancie ( chap. xvinr ), établit que les cinq voyelles

(1) Jan. Gruter. Corpus inscript. tom. 1. pag. xx. (2) Fhid. pag. cocuvr.

sont consacrées aux cinq principales planètes. Mais il était surtout en droit de rappeler un oracle en sept vers que nous a conservé Eusèbe (1), et quisemble se PARTS au même sujet.

. &« Invoque Mercure ; et le soleil de la

« te manière ,

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