CHÀ.P. H
« elle nourrit son enfant et plusieurs autres. » Ce phénomène a été avéré par l’Académie des sciences de Pa» ris (1). Pour le mettre hors de doute, il a suffi de l’exactitude connue du savant qui l’a observé, et de la valeur des témoignages dont sa véracité s’appuie.
Une cause encore diminue et finit par effacer l’invraisemblance des récits merveilleux, c’est la facilité que l’on trouve à dépouiller de ce qu’ils présentent de prodigieux, ceux qui d’abord provoquaient une sage défiance. Pour cela, le plus souvent, il suffit de reconnaître le principe de l’exagération dans quelqu’une des dispositions devenues propres à l’esprit humain, grâce à l’obscurité profonde où ses guides cherchent toujours à le retenir. L’ignorance prépare la crédulité à recevoir les prodiges et les miracles ; la curiosité l’y excite ; l’orgueil l’y intéresse ; l’amour du merveilleux la séduit ; la prévention l’entraîne ; l’effroi la subjugue ; l’enthousiasme l’enivre. Et le hasard, c’est-à-dire une suite d’événements dont nous n’apercevons pas la connexion, et qui permet ainsi de rapporter un effet à une cause qui lui est étrangère, combien de fois, secondant tous ces agents d’erreur, ne s’èst-il pas joué de la crédulité humaine !
Que des miracles aient été produits par la science ou l’adresse d’une caste habile qui, pour conduire les peuples, employait le ressort de la croyance, ou que cette caste n’ait fait que mettre à profit les prodiges qui frappaient les yeux du vulgaire, et des miracles dont l’existence était déjà inculquée dans son esprit ; réels ou apparents, nous devons discuter les uns et les autres. Nous dévoilerons ainsi la marche d‘une classe d’hommes qui, fondant leur empire sur le merveilleux, ont voulu faire
(1) Séance du 25 juin 1827. Voyez la Revue encyclopédique, tome xxxv, page 244.
trouver du merveilleux partout, et la docilité stupide de la multitude qui a consenti facilement à voir partout du merveilleux. Nous resserrerons aussi, dans ses véritables limites, le domaine des sciences occultes, but principal de notre investigation, si nous indiquons exactement les causes qui, avec les efforts de la science et les œuvres de la nature, concoururent, soit à opérer des miracles, soit à déterminer l’importance et l’interprétation des prodiges dont s’emparait un thaumaturge, prompt à suppléer par la présence d’esprit à son impuissance réelle.
Dans la discussion, nous ne craindrons pas de multiplier les exemples ; nous ne craindrons point d’entendre le lecteur s’écrier : On savait tout cela ! on le savait ; mais en avait-on tiré les conséquences? Il ne suffirait pas d’offrir l’explication plausible de quelques faits isolés. Nous en devons rapprocher et comparer une masse assez considérable pour être en droit de tirer cette conclusion : puisque, dans chaque branche de notre système, nos explications conservent le fond de vérité et dissipent le merveilleux d’un grand nombre de faits, il devient infiniment probable que ce système a la vérité pour base, et qu’il n’est point de faits qui échappent à son application.