‹ Des sciences occultes, ou, Essai sur la magie, les prodiges et les miraclesChapitre 2 sur 55 · XL · texte numérisé non relu

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cèdent à une influence supérieure. Les formules de l’une contiennent en leur sein le résumé suprême des longues expérimenîations et des recherches pénétrantes et obtiennent ainsi un empire limité sur la nature ; les formules de l’autre, vides de ce côté, sont pleines des affinités mystérieuses de la parole et de la volonté humaines avec les fibres secrètes et les facultés dormantes des éléments.

Depuis longtemps, la philosophie, amie de la régularité éternelle, à quelque point de vue qu’elle se place, a repoussé loin du monde les interventions et les ruptures de la trame infiniment serrée des causes et des effets; et elle a fait passer sa conviction dans l’esprit de presque tous ceux qui pensent ; mais la raison est étroite, et n’y aurait-il pas quelque probabilité contre elle? Depuis longtemps, l’expérience, qui n’avait de parti pris sur rien, a vainement cherché les faits magiques et les œuvres de l’art occulte ; ces faits, ces œuvres n’ont jamais pu être amenés aux épreuves décisives; elle qui reproduit tout n’a pu les reproduire; elle s’est dégoûtée de ces inutiles tentatives et elle a fait passer sa conviction dans l’esprit de ceux qui agissent; mais l’expérience n’est que de l’empirisme; et n’y aurait-il pas dans la série des temps et des phénomènes quelque chance contre elle? Ainsi pourrait-on parler en faveur des arts occultes ; mais ce qui les accable, indépendamment de tout raisonnement, c’est l’impuissance radicale, qui, manifestement, leur est inhérente. Quoi ! ceux qui les prati-

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quent sont en relation avec des puissances à côté de qui la puissance humaine est misérablement chétive, avec des intelligences à côté de qui l’intelligence humaine est misérablement bornée. Et pourtant de ce long commerce, il ne sort aucune œuvre effective, aucune conception féconde, aucune production de génie. Le magicien vit pauvre à côté des trésors, obscur à côté de la renommée, ignorant à côté du savoir; le sorcier ne peut délier les nœuds que la justice a serrés autour de ses mains, ni briser les portes fradles d’une, prison. Aucune nouvelle de quelque intérêt n’a jamais été apportée d’outre tombe ou des régions où sont supposées les essences incorporelles. La comparaison la plus superficielle montre que l’esprit humain, laissé à ses propres forces, est capable de travaux soutenus, de découvertes merveilleuses, de systèmes féconds, de productions splendides, en un mot, d’œuvres de force et de génie ; et que ce même esprit, en relation avec les dieux et les demi-dieux, avec les génies et les princes de l’enfer, avec les mânes et les âmes défuntes, ne produit que des conceptions avortées et sans consistance. Là est le jugement définitif de tout le débat.

Aussi, en présence de ces difficultés, a-t-il surgi une troisième opinion niant absolument qu’il y ait magie, art occulte, intervention des êtres surnaturels, conjuration de forces mystérieuses autres que les propriétés inhérentes aux substances, et affirmant que, partout où les faits allégués sont réels, ils sont susceptibles

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d’une explication tout autre que celles qui étaient données, d’une explication rationnelle en opposition avec l’explication traditionnelle. Celle-ci est primitive, appartient aux premiers hommes et représente ce qu’ils ont senti et pensé; celle-là est successive, grandit avec les siècles et constitue un système général de conception du monde, en tant que le monde nous est accessible. Celle-ci repose sur les données surnaturelles recueillies à des époques lointaines, elle ne permet pas aux doutes de se faire entendre, elle est l’accord de la raison avec une autorité supérieure et indiscutable; celle-là repose sur des données recueillies péniblement par l’observation et systématisées par l’intelligence , elle n’accepte ta tradition que sous contrôle; elle est l’accord de ta raison avec l’expérience. L’accord de la raison avec l’expérience sans tenir de la tradition un autre comple que celui d’un fait à discuter, voilà ce qu’est la doctrine rationnelle en regard de la doctrine traditionnelle.

Dans la thèse générale, la science occulte, la magie n’est qu’un cas particulier ; et l’opinion rationnelle repousse en tant que surnaturelles les œuvres magiques. Mais, allant plus loin, et voulant les expliquer, plusieurs ont admis que, quand elles étaient suffisamment attestées, quand les récits qui les rapportaient résistaient à la critique et méritaient croyance, il fallait y voir des actions physiques, chimiques, médicales dont on savait user. M. Salverte fut de ce nombre, et il a écrit son livre pour soutenir le point dont il s’a-

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git. Suivant lui, la physique, la chimie, la médecine rendent compte de toute la magie; rien que de naturel ne s’y passe; et ce qui y semble surnaturel est dû à des habiletés qui se cachent au vulgaire et qui produisent des effets hors de proportion apparente avec les moyens employés. A la vérité, j’ai fait remarquer que les sciences des modernes n’avaient point été possédées par les anciens et qu’interpréter des faits historiques par une hypothèse qui mettrait nos connaissances théoriques entre les mains de l’antiquité, ce serait pécher contre une des conditions les plus certaines de l’histoire. Mais j’ai fait remarquer en même temps que la distinction entre les arts et les sciences laissait place, même dans l’enfance de celles-ci, à une surprenante efficacité de ceux-là. Ceci n’est point une supposition gratuite; des nations peu avancées scientifiquement sont en possession de secrets et de recettes puissantes; et ce que nous savons de la haute antiquité nous autorise à y transporter un tel état. M. Salverte a donc pu très-légitimement chercher quel rôle des secrets de ce genre jouèrent dans le surnaturel qui a tenu une si grande place dans la conscience, dans l’institution, dans le gouvernement des hommes.

Pourtant est-ce là tout? et un tel point de vue n’at-il pas besoin d’être rectifié d’un côté, étendu de l’autre ?

La rectification se présente d’elle-même, du moment que l’on conçoit bien que le grand système de science qui fait la gloire des modernes a été étranger

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à la haute antiquité. Par une conséquence nécessaire, il faut admettre que ceux-là qui possédaient les secrets capables d’émerveiller la foule et qui en usaient étaient eux-mêmes pénétrés de la croyance au miracle. La croyance au miracle et l’absence de la science positive vont ensemble et sont étroitement liées. De quelque façon qu’on se représente la supériorité des ordres sacerdotaux sur les peuples à la tête desquels ils étaient placés, quelque habitués qu’on les suppose à manier des secrets et à prodiguer des merveilles, du moment qu’ils n’avaient pas le système des sciences, eux aussi ne pouvaient pas ne pas être subordonnés aux croyances surnaturelles. Quand ils répandaient une sainte terreur, ils commençaient par réprouver; seulement on peut affirmer que ce surnaturel leur apparaissait sous des traits moins grossiers qu’à la foule. Il y avait des mystères et des initiations, des profanes et des initiés. Là, derrière ces rideaux, le surnaturel se subtilisait et se purifiait; mais il ne perdait pas son empire; et si, psychologiquement, il y a la plus sérieuse difficulté à supposer qu’une caste d’hommes était perpétuellement occupée à inculquer des croyances qu’elle ne partageait aucunement, il y a, historiquement, impossibilité absolue d’admettre une séparation complète d’idées entre les gouvernés et les gouvernants. L’état mental des socié; tés varie d’âge en âge ; celui qui répond à la haute antiquité, ne peut, même dans une caste privilégiée, être l’équivalent de celui qui appartient à l’ère moderne.

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L’extension, à laquelle j’ai déjà fait allusion au début de celte Introduction, est relative au rôle du système nerveux dans les phénomènes dont il s’agit. Ils ne sont pas tous explicables par la chimie, par la physique, par une médecine plus ou moins expérimentée, par des pratiques plus ou moins habiles. Un pareil mode d’interprétation serait insuffisant; aux yeux de la critique, il laisserait en dehors une masse de faits qui ne sauraient y être ramenés, il faut donc, faisant un pas hors du cercle des sciences qui, telles que la physique, la chimie, ou même l’art médical, peuvent très-bien, entre des mains exercées et en masquant les procédés, éblouir et étonner; il faut donc, dis-je, entrer dans un ordre de merveilles non plus extrinsèques et destinées à frapper la vue et l’ouïe, mais se passant dans le sein de l’être humain, troublant sa conscience et ses sens, lui prêtant des forces et des aptitudes étranges, et lui créant mille communications, vraies ou fausses, avec ce qui l’entoure.

§ 5. — Intervention du système nerveux dans les sciences occultes, et époques de miracles.

La même condition mentale qui fit surgir la magie et le merveilleux v rattacha nécessairement une foule

de phénomènes dont le système ner veux est le théâtre, et qui, par leur étrangeté et leur apparence démoniaque, inspirent tantôt l’épouvante, tantôt l’admiration. De deux façons, cet élément agissait en faveur des doctrines occultes : il leur fournissait perpétuelle-

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