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ment des cas capables d’embarrasser même un scepticisme décidé, et, avec ces cas, des multiludes de témoins inébranlables et incorruptibles. Non-seulement ils atteslaient le caractère merveilleux de ce qui se passait en eux et par eux, mais la vue des bourreaux et des supplices ne pouvait leur arracher un désaveu, el ils mouraient en certifiant l’existence des puissances surnaturelles, la possibilité de former avec elles des communications et d’en recevoir commandement sur la nature.
La possession est un de ces cas. Il arrivait fréquemment (cela arrive encore aujourd’hui, mais sans aucun éclat, car aussitôt les patients sont confiés aux soins médicaux et enfermés dans les asiles), il arrivait fréquemment que des personnes se dissent possédées par les démons. Et ce n’était pas un simple dire : du moins elles n’étaient pas dans leur état ordinaire. En proie à une exaltation extraordinaire, elles agitaient leurs membres, poussaient des cris, prononçaient des paroles étranges et frappaient de terreur les assistants qui s’émerveillaient d’un spectacle incompréhensible pour eux et qui se croyaient en présence d’esprits redoutables et malfaisants.
Les formes variaient. Nous avons des histoires trèsnombreuses de procès de sorciers. Le sorcier, la sorcière allaient au sabbat ; ils chevauchaient par l’air el arrivaient en des endroits déserts où la cérémonie infernale les attendait. Satan, le prince des ténèbres, un bouc immonde y apparaissaient. Des scènes hor-
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ribles et obscènes s’y passaient ; et tous les adorateurs du démon recevaient leurs ordres, leurs instructions et le pouvoir d’opérer les plus grandes merveilles. Puis venait la justice qui , dans ces temps, poursuivait par le fer et le feu les adeptes du diable. Alors tout ce pouvoir promis s’évanouissait ; et les malheureux, livrés aux flammes, ne reniaient pas au milieu de la douleur et de la mort les puissantes impressions qu’avait laissées dans leur esprit la hantise avec le sabbat et avec Satan.
D’autres fois c’était par la parole que se manifestaient les suggestions occultes des êtres supérieurs. Les bouches les plus ignorantes et les plus inexercées s’ouvraient tout à coup et laissaient passer des discours pleins d’exhortations ou de menaces, pleins de prédictions de l’avenir. Ces discours étaient versés avec une abondance intarissable. Des enfants, même tout petits, étaient saisis de l'esprit de prédication et de prophétie. Tous ces parleurs semblaient n’être, et ils assuraient eux-mêmes qu’ils n’étaient en effet que des instruments d’une inspiration qui ne leur appartenait pas. Le mot qu’ils allaient prononcer, ils ne le savaient pas; ils paraissaient aussi étrangers à leurs propres paroles que ceux qui les écoulaient et qui admiraient comment la langue des faibles et des pauvres d’esprit se déliait soudainement et comment s’épanchait sur eux le don d’une éloquence surhumaine.
Les convulsions occupent une place dans ce tableau. Sous des influences purement mystiquesil sur-
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vient les désordres les plus variés dans l’appareil musculaire. Non-seulement ces désordres ont un caractère étrange, puisque celui qui y est soumis semble le jouet d’une force extérieure qui le fait mouvoir à son gré ; mais encore ils étonnent par le long temps pendant lequel ils durent, par les efforts prodigieux qu’ils supposent et dont alors les plus faibles femmes sont capables, par l’agilité qu’ils suscitent en des personnes jusque-là inertes et inhabiles, et par les contorsions véritablement incroyables qu’ils permettent d’exécuter. Hors de l’accès, engagez ces personnes à répéter ce qu’elles viennent de faire; elles n’auront plus ni force, ni souplesse, ni hardiesse; et ce qui était facile, que dis-je, irrésistible, est, dans leur état ordinaire , infiniment au-dessus de leurs moyens d’exécution. Les plus célèbres de ces convulsions sont celles du cimetière de Saint-Médard, où un tombeau répandait autour de soi une influence occulte, soustrayait ceux qui venaient l’adorer à leur propre volonté et les livrait en proie aux mouvements les plus irréguliers. Il s’y ajoutait , ce qui n’était pas le moins merveilleux, un véritable appétit pour les coups les plus violents, une étonnante aptitude à les supporter, une sorte d’invulnérabilité. Tout cela était produit, dans l’opinion des convulsionnaires, par une action surnaturelle qui émanait de la sépulture vénérée.
Les sens sont susceptibles d’exaltation comme les muscles, par la même cause que je continue à désL
gner sous le nom de mystique ; et les effets, pour être moins bruyants, ne sont pas moins capables de pénétrer ceux qui en sont témoins. Là où personne ne voit et n’entend rien, là où tout semble inaccessible au regard ou muet, là où aucune perception n’arrive, il se développe des perceptions très-certaines pour celui qu’émeut en ce moment l’agence occulte; et bien souvent la preuve survient qui montre que ce n’étaient pas de vaines sensations. Il faut en effet faire une distinction éntre l’exaltation des sens et les visions ou hallucinations. Celles-ci n’ont rien de réel dans le monde du dehors, rien d’objectif pour me servir du terme de l’école; elles sont purement subjectives, c’est-à-dire complètement renfermées dans le cerveau de celui qui les éprouve. L’exaltation des sens, au contraire, leur donne une acuïté, une finesse, qui les met au-dessus de ce qu’ils sont dans l’état ordinaire; et ils peuvent alors fournir des renseignements qu’autrement ils seraient impuissants à donner.
C’est encore une suspension des lois de la nature qui paraît se montrer dans les extases et dans les visions. Les extases ravissent une âme dans les régions inaccessibles au corps et aux sens ; pendant que le corps reste là immobile, fixe, rigide, pendant que les sens sont clos à toutes les impressions et qu’aucun attouchement, aucun bruit ne peut rappeler à soi l’extatique, l’âme voyage, agit, parle; elle entre en relation avec les dieux ou les démons, avec^les anges ou avec les morts, et elle rapporte de ces migrations tem-
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poraires l’inébranlable conviction à un monde surnaturel quelle a vu et entendu. Mais, même sans extase, les visions se produisent et ouvrent à celui qui en jouit les spectacles les plus divers, tantôt lui montrant les espaces que pied mortel n’a jamais foulés, tantôt faisant apparaître devant lui les êtres invisibles auprès de qui l’homme est si peu de chose. D’autres, au lieu de voir, entendent; des voix mystérieuses parlent à leur oreille et les entretiennent de secrets dont on n’a la connaissance qu’en la demeure des esprits; ou bien, dans les occasions difficiles de la vie, elles leur donnent des avertissements qu’il serait folie de mépriser. Le démon de Socrate est un des exemples célèbres de ce genre de communication, qui, d’ailleurs, est très-commun.
Que ces phénomènes aient une étroite connexion avec la magie, la sorcellerie, les sciences occultes, c’est ce qui se voit tout d’abord. Des deux parts, il y a des manifestations insolites qui se donnent pour merveilleuses. Des deux parts, on est en rapport avec les puissances cachées. L’histoire s’est chargée, presque partout, de réaliser la fusion de ces deux éléments. Je me contenterai de citer en exemple les sorciers du XVI® siècle, que l’autorité s’efforça d’exterminer ; ils pratiquaient les arts occultes, et, en même temps, ils étaient en proie à la plupart des’troubles dont je viens de parler. Vision de choses non apparentes, audition de bruits qui n’ébranlaient nulle autre oreille, entretiens avec le démon qui les recevait au sabbat, extase ou insensibilité, tout cela s'observa chez ces malheureux. Au
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point de vue théorique, aussi bien qu'au point de vue historique, il est impossible de séparer deux éléments qui se prêtent un mutuel appui.
Le fait est que le champ où se développent les posjessions démoniaques, les convulsions, les extases, les visions, les tremblements, les inspirations, les exaltations des sens, les insensibilités profondes, se prêle le mieux pour servir de fondement aux théories et aux pratiques de l’art occulte. Puisque la science occulte ne peut pas être (je l’ai fait voir) une science supérieure possédée par une caste et donnée par elle comme de la magie à la foule émerveillée, il faut y voir un mélange de pratiques plus ou moins habiles et de phénomènes dont le système nerveux devient facilement le théâtre, ces deux choses s’appuyant l’une l’autre et se renouvelant sans cesse Tune par l’autre. Ce qui fait la consistance de la science occulte, c’est cette masse de faits qu’elle a toujours à son service pour s’autoriser et établir sa réalité et son pouvoir. Elle aurait tari sans doute, si elle n’avait pas été alimentée par cette source abondante; et dans les temps où on la voit tarir, en effet, c’est là qu’elle cherche ses arguments et ses forces.
Ses arguments et ses forces éclatent surtout dans les temps que j’ai appelés époques de miracles. Car, considérant les phénomènes isolément dans les cas particuliers, c’est n’avoir que la moindre idée du degré auquel ils parviennent et du caractère qu’ils revêtent. Pour les bien connaître, il faut les voir ou les étudier
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