CHAP. XX
L’habitude d’associer un pouvoir surnaturel à l’action naturelle des remèdes, et surtout de ceux dont on fait un secret, s’est conservée jusqu’à nos jours. Les médecins ont reconnu que le remède le plus efficace contre la morsure d’un animal enragé est la cautérisation de la plaie avec un fer rouge. Ce remède est usité depuis des siècles en Toscane, et dans quelques provinces de France. Mais là le fer qu’on fait rougir est un des clous de la vraie croix (1) ; c’est ici la clef de Saint-Hubert (2) ; et elle n’est efficace que dans les mains des personnes qui font remonter à ce noble saint l’illustration de leur généalogie , c’est un apanage héréditaire, comme celui auquel prétendaient les Psylles et les Marses, et les descendants d’Esculape.
Nous devons rappeler encore ce que nous avons dit tant de fois : une pieuse reconnaissance, plutôt qu’un esprit de déception, liait jadis aux préceptes de la science et à ses opérations salutaires l’idée d’une inspiration et d’un bienfait de la Divinité. Telle fut la guérison deNaaman, qu’Élisée délivra d’une maladie psorique, en lui prescrivant de prendre sept bains consécutifs dans l’eau sulfureuse et bitumineuse du Jourdain. Sur la rive du fleuve Anigrus était un antre consacré aux nymphes. Là se rendaient les personnes affligées de dartres : après des prières et une friction préalable, elles traversaient le fleuve à la nage ; et, par le bienfait des nymphes, elles
(1) Lullin-Châteauvieux, Lettres écrites d’Italie^ tomei, page 129.
(2) Particulièrement au village de La Saussotte près de Villenauxe, département de l’Aube. — A l’abbaye de Saint-Hubert, dans le diocèse de Liège, l’intercession du saint suffisait souvent pour opérer la guérison, pourvu qu’on la secondât par quelques cérémonies religieuses, et aussi par un régime propre à rassurer l’imagination. {Voyage littéraire de D. Martenne et de D. Durand. Seconde partie. Paris, 1724, pages 145- 147.)
étaient guéries. Pausanias, qui raconte ce miracle permanent (1), ajoute que les eaux de l’Ariigrus exhalaient une odeur infecte, c’est-à-dire qu’elles étaient chargées d’hydrogène sulfuré, et dès lors éminemment anti-herpétiques. Nos médecins réussissent encore par des moyens semblables, et sans parler de miracles.
Mais les guides et les instituteurs des peuples étaient souvent obligés d’en parler, et de sanctionner, par le prestige du merveilleux, un précepte salutaire ; soit qu’il fallût vaincre, en Esthonie et en Livonie, l’apathie d’hommes abrutis par la servitude et la misère, et leur commander, au nom des dieux, de combattre, en parfumant les étables avec de Tassa fœtida, les épizooties où leur ignorance voyait l’effet d’un maléfice (2) ; soit qu’au milieu d’une société riche et abandonnée aux plaisirs, ils attribuassent à une certaine pierre la propriété de conserver la pureté delà voix, pourvu que les chanteurs qui voulaient profiter de sa vertu, vécussent dans la continence (3).
L’orgueil et l’intérêt attachés à une possession exclusive couvrirent volontiers d’une apparence surnaturelle les secrets que Ton voulait se réserver. En se baignant dans la fontaine Canathos, Junon, chaque année, recouvrait sa virginité ; les femmes de T Argolide s’y baignaient, dit-on, dans la même espérance. Il est sûr au moins que les Argiens, pour raconter le miracle, se fondaient sur quelques cérémonies occultes, pratiquées dans le culte de Junon (à). Suivant une tradition, la déesse, en sor-
(1) Pausanias, Eliac. lib. i, cap. '6.
(2) Debray, Sur les préjugés et les idées superstitieuses des Livoniens, Lettonienset Esthoniens... Nouvelles Annales des Voyages tome xviii, page 3.
(3) Sülin, cap. 40.
(4) Pausanias, Corinthiac. cap. 38. — Noël, Dictionnaire de la Fable, art. Canathos.
tant pour la première fois des bras de son époux, se baigna dans une fontaine d’Assyrie, dont l’eau contracta aussitôt une odeur très-suave (1). Ce dernier trait n’indique-t-il pas qu’en Assyrie et en Grèce, on connaissait la propriété qui a fait consacrer le myrte à la déesse de l’amour, et qui, aux femmes fatiguées par l’accouchement ou par l’abus du plaisir, rend, jusqu’à un certain point, les apparences de la virginité (2) ? Mais les prêtres n’en administraient les effets bienfaisants qu’avec des cérémonies mystérieuses, et en les présentant comme un miracle.
La crédulité et la soif du merveilleux ont souvent aussi vu des miracles, là même où l'homme bienfaisant n’avait pas cherché à déployer un pouvoir surnaturel.
On emploie quelquefois la jusquiame dans la cure de l’épilepsie (3) ; et il existe une variété de ce végétal que les anciens appelaient fève deporc^ parce que les porcs, quand ils en mangent, sont saisis d’une sorte de fureur, que la mort suivrait bientôt s’ils ne couraient se jeter dans l’eau (i). Que l’on rappelle cette dernière propriété, afin de spécifier l’agent qui a servi à guérir deux épileptiques, dans un pays où l’on croyait les épileptiques tourmentés par le démon : il suffira qu’un peu de confusion s’introduise dans le récit, pour amener graduelle-
(1) Ælian. De nat. animal, lib. xii, cap. 30. — Les Grecs prétendirent retrouver Junon {Hera)^ dans la déesse d’Assyrie, la Vierge céleste, épouse du soleil, au temps où les Gémeaux marquèrent l’équinoxe du printemps; épouse que son époux retrouvait vierge, chaque année, quand le solstice d’été le ramenait vers elle.
(2) Rabelais (liv. i, chap. 44) met, par celte raison, foison d'eau de myrte, dans les bains des dames de l’abbaye de Thélème : à cette leçon, qui se trouve dans les premières éditions, publiées du vivant de l’auteur, les réimpressions ont substitué à tort, Eau de myrrhe.
(3) Encyclop. méthod. médecine, art. Jusquiame.
(4) Ælian. Variar. hist. lib. i, cap. 7.
ment ceux qui le répéteront, à confondre la maladie avec le remède, et à dire que le démon, sorti du corps des hommes, est entré dans le corps de pourceaux qui se trouvaient là, et les a contraints à se précipiter dans un fleuve.
Les livres des anciens ne tarissent pas sur les propriétés curatives et magiques assignées aux plantes. La plupart ont été créées sans doute par l’amour du merveilleux ; et souvent sans chercher d’autre prétexte qu’une traduction inexacte du nom de la plante. Les modernes, nous devons l’observer, n’ont pas été, sur ce point, plus raisonnables que les anciens. Le scorsonère, par exemple, doit son nom à la couleur de l’écorce de sa tige, cela était trop simple ; on a dérivé ce nom de escuerzOy crapaud, en espagnol ; et on fait du scorsonère, un spécifique puissant contre la morsure des animaux venimeux et, en particulier, de la vipère.
Le charlatanisme enfin a, dans la médecine, comme dans les autres branches de la science occulte, attribué à des procédés insignifiants une efficacité magique, pour dérober aux yeux faction des agents naturels. Un adepte, cité par Frommann (1), indiquait contre la suette et la consomption un remède assez simple, mais qui ne devait point être préparé avec du feu ordinaire. D’un pommier frappé de la foudre, il fallait fabriquer une scie, et s’en servir pour scier le seuil de bois d’une porte sur laquelle beaucoup de personnes passaient, jusqu’à ce que le frottement répété de l’instrument et du seuil produisît de la flamme (2). La bizarrerie du procédé inspirait certainement à ceux qui recouraient au remède, une confiance respectueuse ; et la difficulté de le bien exécuter
(1) Frommann, Tract, de fascin. pages 963 et 964.
(2) Frommann, Tract, de fascin. pages 363 et 364.
mettait d’avance à couvert, en cas de non-succès, l’infaillibilité du médecin. Cet exemple est un des plus étranges que l’on puisse citer, mais il en rappelle des milliers d’autres.
Pour guérir les luxations, les déplacements de l’os de la cuisse, Caton (1) prescrit l’application d’éclisses disposées de manière à replacer et à maintenir le membre lésé dans sa position naturelle. Il indique ensuite des paroles qu’il faut chanter pendant l’opération. Ces mots inintelligibles pourraient bien n’être que l’expression de la même recette, dans un autre idiome : expression que l’on ne comprenait plus, mais de la répétition de laquelle on faisait dépendre l’efficacité magique du remède.
Les paroles sacrées peuvent, en pareil cas, être une prière dont on accompagne l’emploi d’un remède naturel, et à laquelle on croit devoir en attribuer le succès. Des hommes qui se prétendaient doués d’une puissance secrète, enseignaient à arrêter une hémorrhagie nasale en récitant un Pater et un Ave ; pourvu qu’en même temps on comprimât avec le doigt la narine, et qu’on appliquât sur la tête un linge mouillé d’eau froide (2).
Plus souvent, le prétendu miracle a tenu au soin que prenaient les thaumaturges de faire, d’une substance inerte, le masque d’un médicament efficace. Les kicahans, sujets des Birmans, et qui paraissent avoir été chassés par eux jusque dans les montagnes de l’Assam, vont, après les orages, chercher partout des aérolithes : s’ils en trouvent, ils les remettent à leur pontife, qui les conserve comme un remède envoyé du ciel pour guérir toutes les maladies (3). Les bézoards, dont les vertus merveilleuses,
(1) Cato, De reruslica^ cap. 160.
(2) Frommann, Tract, de fascin. (4% 1675), lib. t, cap. 29.
(3) Nouvelles Annales des Voyages^ 2e série, tome in, page 229. — Les mages, chez les Parthes, recherchaient avec soin une pierre qui ne se
célébrées et expérimentées clans toute l’Asie, ont trouvé longtemps quelque croyance en Europe ; les bézoards n’auraient pas plus d’action sur les organes de l’homme que les aérolithes : les uns et les autres ne serviront jamais qu’à déguiser l’emploi de substances plus actives.
Une inscription grecque (1), que l’on croit avoir jadis été placée à Rome dans le temple d’Esculape, et qui relate quatre guérisons opérées par ce dieu, nous oRre quatre exemples des manières diverses dont la crédulité se prête au merveilleux. La suspension d’une hémoptysie, obtenue par l’usage des pignons doux et du miel, ne présente rien d’étonnant, pas même l’oracle qui l’a prédite. Quand le dieu prescrit de combattre une douleur de côté par l’application d’un topique, dont la cendre recueillie sur l’autel de son temple fera la base, on peut conjecturer que ses prêtres mêlaient à la cendre quelque drogue moins insignifiante. Si un collyre, dans lequel on a uni au miel le sang d’un coq blanc, a produit de bons effets, il est permis de croire c{ue la couleur de l’oiseau n’a servi qu’à répandre, sur la composition du remède, une teinte mystérieuse. Après quelques génuflexions, un aveugle place sur ses yeux la main qu’il a étendue sur l’autel et il recouvre soudain la vue... il ne l’avait jamais perdue ; et il exécutait probablement cette jonglerie dans un moment critique, où il importait de relever la réputation d’Esculape et de son temple.
On compilerait des volumes entiers de pareilles impostures. Las des souffrances d’une maladie incurable, Adrien invoquait la mort ; on craignait qu’il n’eût re-
trouvait que dans les endroits frappés de la foudre : ils lui attribuaient sans doute de grandes vertus. Plin. Hist. nat. lib. vxxvii, cap. 9.
(1) J. Gruter, Corp. inscript. Folio. Amstelodami, 1707, page 71, inscript. 1.
cours au suicide : une femme se présente. Elle a, dit-elle, reçu, une première fois, en songe, l’ordre d’assurer l’empereur qu’il guérira bientôt. N’ayant point obéi, elle a perdu la vue ; avertie par un second songe, elle remplit sa mission, et ses yeux se rouvrent à la lumière (1).
Adrien n’en mourut pas moins quelques mois après
Et les témoins de cette fourberie n’en furent pas moins disposés à accepter comme réel tout autre miracle qui leur serait présenté.
Le plus grand des prodiges, aux yeux de la raison, c’est, à mon gré, que les hommes qui ont démasqué des jongleurs et dévoilé de faux miracles, croient ensuite à des miracles non moins suspects, à des jongleurs non moins grossiers. Et, par une singularité remarquable, le superstitieux et le philosophe peuvent, chacun dans leur sens, tirer avantage de ce prodige souvent répété : l’un y voit un témoignage de la vérité de ses assertions, et l’effet d’un don de Dieu qui se manifeste en subjuguant la raison humaine ; l’autre, retrouvant partout cette inconséquence, soutient qu’elle ne prouve rien, puisqu’elle fait triompher cent croyances fausses, si elle s’applique à une seule qui soit vraie, et qu’elle n’a dès lors pour principe que la facilité incurable avec laquelle le genre humain s’est toujours abandonné à ceux qui voulaient le tromper.
C’est, en effet, ici, une maladie de tous les pays et de tous les temps. Les repaires de ces mendiants qui déçoivent la pitié publique par l’apparence des infirmités les plus cruelles, se nommaient jadis, à Paris, Cornas des miracles; parce qu’en y entrant, ces misérables déposaient le costume de leurs rôles : les aveugles voyaient ; les estropiés recouvraient l’usage de tous leurs membres.
(1) Ælian. Spartian. in Adrian.
On a compté, dans la capitale, jusqu’à douze de ces Cours ; et il est fâcheux d’ajouter que les habitants en étaient employés quelquefois, par les prêtres et les moines, pour accréditer des reliques, dont l’attouchement seul guérissait miraculeusement les prétendus malades (1). Le nom des Cours des miracles, devenu populaire, prouve que personne n’ignorait de quelles impostures elles étaient chaque jour le théâtre; et, chaque jour, les mêmes escrocs trouvaient des dupes ; et avec une parfaite connaissance de cet escamotage habituel, on croyait encore à des guérisons surnaturelles!
Opiniâtre et ingénieuse à s’abuser, la crédulité se retranche dans l’allégation de merveilles bien attestées, et que l’expérience n’a point démenties. Eh bien ! que, dans ces merveilles, la science, reprenant ce qui lui appartient, aide l’homme de bonne foi à y discerner ce qui appartient à l’imposture. Ce n’est point en invoquant contre elles une impossibilité combattue par un grand nombre de témoignages dignes de foi, c’est en prouvant qu’elles sont possibles dans l’ordre de la nature, que peut-être on guérira l’homme d’un aveuglement qui souvent lui a coûté bien cher.
Quand on entend les récits de ces jeûnes merveilleux que des hommes supérieurs ont supportés pendant des jours, pendant des semaines, on est tenté de les renvoyer aux contes orientaux (’2), où figurent quelques-unes de ces inconcevables abstinences. Mais ces récits sont tellement nombreux ! comment admettre qu’ils soient tout à fait sans fondement ?
(1) Sauvai, Antiquités de Paris^ tome i, pages 510-515, cité par Dulàm e, Histoire physique, civile et morale de Paris (1821), tome iv, pages 589-
(2) Les Mille et un Jours, jours cxxxvii et cxxxviii.
Observons d’abord que certaines substances possèdent, ou qu’on leur attribue la propriété de suspendre le sentiment de la faim et de la soif : telles sont les feuilles de tabac et les feuilles de coca {herbe du Pérou) (1). On va jusqu’à dire que, tenues dans la bouche , elles empêchent de souffrir du besoin Thomme qui passe une journée sans manger et à travailler.
Matthiole(2) attribue aux Scythes l’usage d’une herbe agréable au goût, qui suppléait si efficacement à la nour- ' riture, que l’effet s’en prolongeait quelquefois douze jours entiers. Une autre herbe soutenait de même les forces des chevaux de ces infatigables cavaliers. La merveille ici est poussée trop loin pour ne pas indiquer une supercherie, ou plutôt l’art de réduire à un très-petit volume des substances éminemment nutritives. Cet art, dont l’emploi fit dire d’Abaris que jamais on ne l’avait vu manger ni boire (3) ; cet art qu’Épiménide, contemporain de Solon, exerçait avec succès (4), est aujourd’hui bien connu ; et, récemment encore, un savant vient de le perfectionner (5). Il y a environ cinquante ans que l’on essaya, en France, de donner aux marins une nourriture de ce genre ; son mince volume aurait permis d’en embarquer une quantité beaucoup plus grande que de tout autre comestible : on y renonça, parce que les hommes ainsi nourris, quoiqu’ils ne souffrissent pas du besoin, supportaient beaucoup moins la fatigue. Des thaumaturges ne seront point arrêtés par cet inconvénient : un homme divin, qui vit sans prendre d’aliments, se tient communément immobile dans la cellule où
(1) J. Acosta, Histoire naturelle des IndeSj etc. liv. iv, chap. 22.
(2) Matthiol. Commentar. in Dioscorid... Epistol. nuncupator,
(3) lamblich. Vit. Pythay. § 28.
(4) Plutarch. Sympos.
(5) M. Gimbernat, Revue encyclop. tome xxxv, page 235.
viennent le chercher les respects et les adorations : et quand, au terme d’une longue épreuve, on le trouverait près de tomber en faiblesse, on n’en ajouterait que plus de foi à la réalité de sa merveilleuse abstinence.
Cette difficulté, d ailleurs, pourrait n’avoir point existé, en des temps plus reculés. Selon Edrisi (1), les tribus berbères des environs de Roun composaient, avec du blé grillé et broyé, et du miel, une pâte si nourrissante qu’il suffisait d’en manger, le matin, une poignée, pour pouvoir marcher jusqu’au soir, sans éprouver la faim. Les Calédoniens et lesMéates (2), qui formaient la plus grande partie de la population de la Grande-Bretagne, savaient,, dit Xiphilin, préparer une nourriture si propre à soutenir leurs forces, qu’après en avoir pris une quantité égale à la grosseur d’une fève, ils ne sentaient ni la faim ni la soif. Les Scythes possédaient sans doute un procédé anologue à celui-là, et ils l’étendaient jusqu à la nourriture de leurs chevaux 5 ne supposant l’existence des herbes merveilleuses dont parle Matthiole, que pour donner le change sur la nature de leur secret. Mais ce secret ne dut pas être ignoré, au moins de la tribu savante, chez des peuples bien plus civilisés que les Scythes et les Calédoniens : l’existence dès lors en|rend croyables tous les récits du même genre et les dépouille de leur miraculeuse enveloppe.
Au-dessus de la merveille d’affranchir l’homme des besoins les plus pressants de la vie, se place celle de lui rendre la vie qu’il a perdue.
On convient que rien n’est souvent si difficile à saisir
(1) Géographie d Edrisi, traduite par M. Am. Jaubert, tome i, page 205.
(2) Xjphilm, in Sever. anno 208. — Dans un récit qui paraît être d'origine orientale, le secret de composer des pilules ou un opiat doues de la meme vertu, est attribué à Avicenne et à un autre savant. (Les Mille et un Jours, cxxxviie jour.)
que les signes certains et irréfragables de la mort. Une étude spéciale de ces signes, une expérience consommée de ce qu’ils ont d’équivoque et de ce qu’ils ont de positif, fourniront le moyen de distinguer une mort apparente d’une mort réelle, et de ramener à la vie l’être que menace d’en priver une sépulture précipitée , ce sera aujourd’hui un bienfait ; en d’autres temps, un miracle.
Chez un peuple éclairé, les lois ou les mœurs prescriront toujours de s’assurer que la vie est réellement éteinte. Les Hindous, depuis un temps immémorial, emploient l’épreuve du feu, la plus certaine peut-être de toutes ; puisque, lors même qu’elle ne réveille pas la sensibilité, l’action de la brûlure présente des différences visibles, selon qu’elle s’exerce sur un corps privé de vie, ou sur des organes où la vie subsiste encore (1). Ce n’est qu’après avoir fait brûler, dans le creux de l’estomac d’un cadavre, une motte de fiente de vache desséchée, qu’on allume le bûcher qui doit le consumer. Selon les apparences, un usage analogue exista jadis en Grèce et en Italie. Tertullien (2) tourne en dérision les spectacles où l’on représentait Mercure examinant les morts, et s’assurant, avec un fer rouge, que les signes extérieurs du trépas n’étaient point trompeurs. Cet usage avait donc été en vigueur ; mais il était tombé en désuétude, et n’existait plus que dans les souvenirs mythologiques. N’a-t-on pas droit de s’en étonner? Démocrite avait affirmé, dès longtemps, qu’il n’existe pas de signes toujours
(1) Fodéré Dictionnaire des Sciences médicales, art. Signes de la
mort.
(2) Tertullian. Apologetic. cap. 15. — Cœlius Rhodiginus {Lect. antiq. lib. IV, cap. 31) lit, comme nous, dans le texte de Tertullien cauterio, et non point cantherio. Cette dernière leçon, adoptée par quelques modernes, ne me semble présenter aucun sens raisonnable.