‹ Des sciences occultes, ou, Essai sur la magie, les prodiges et les miraclesChapitre 36 sur 55 · CHAP. XX · texte numérisé non relu

CHAP. XX

certains de la mort consommée (1). Pline (2) soutint la même opinion, et remarqua même que les femmes sont, plus que les hommes, exposées à la mort apparente. On citait de nombreux exemples de mort apparente ; et entre autres, d’après Héraclide, celui d’une femme rendue à la vie, après avoir passé pour morte pendant sept jours (3). On n’avait pas oublié la perspicacité d’Asclépiade qui, voyant passer un convoi, s’écria que l’homme qu’on portait au bûcher n’était pas mort (4). Enfin, l’humanité n’eût-elle pas dû s’approprier ce moyen de salut, quand l’instinct de la tyrannie inspirait à Nicocrate (5) de le mettre en usage, pour empêcher qu’une- mort feinte n’aidât les citoyens de Gyrène à sortir de la ville et à se soustraire à sa cruauté?

Serait-il absurde de penser que les thaumaturges voulurent, de bonne heure, rester en possession du secret d’opérer le miracle brillant d’une résurrection; et en conséquence, qu’ils ne contribuèrent pas peu à écarter ou à laisser tomber en désuétude la pratique salutaire que la tradition n’attribuait plus qu’au dieu Mercure, et que l’ignorance méprisante traduisait en ridicule sur la scène?

Il est sûr, au moins, que l’on a doué plusieurs théurgistes de la faculté de rappeler les morts à la vie. Diogène Laërce raconte qu’Empédocle (6) ressuscita une femme : c’est-à-dire, « qu’il dissipa la léthargie d’une « femme attaquée d’une sulfocation utérine (7). »

(1) Cels. lib. Il, cap. 6.

(2) Plin. Hist. nat. lib. \ii, cap. 52.

(3) PUn. Hist. nat. lib. vu, cap. 52.

(4) Cels. loc. cit.

(5) Plutarch. Mulier. fort. fact. § 10.

(6) Diogen. Laert. lib. viii, cap. 57-69.

(7) Diderot, Opinions des anciens philosophes^ art. Pythagore-Pythagoriciens.

Le biographe d’Apollonius de Tyane s’explique avec plus de réserve, relativement à une jeune fille qui dut la vie aux soins de ce philosophe. Il dit qu’elle avait paru mourir. 11 avoue que la pluie qui tomba sur elle, lorsqu’on la portait au bûcher le visage découvert, avait pu commencer à réveiller ses sens. Apollonius eut du moins, comme Asclépiade, le mérite d’avoir, au premier coup d’œil, distingué d’une [mort réelle une mort apparente (1).

Un observateur du xvii® siècle (2) raconte qu’un valet, trouvant au retour d’un voyage son maître mort, embrassa tendrement et à plusieurs reprises ce corps inanimé. Croyant y découvrir quelques signes de vie, il lui souffla son haleine avec assez de persévérance, pour lui rendre la respiration, le ranimer, en un mot le ressusciter. On ne cria point au miracle : heureusement pour le serviteur fidèle, on ne cria point non plus à la magie.

Cette résurrection, toute naturelle, rappelle la guérison du fils de la veuve de Sarepta, par le prophète Élie. Observons que le livre sacré (â) ne dit point, ce que dit l’historien Josèphe, que fenfant fût mort : mais que sa maladie était devenue si vive qu’il ne pouvait plus respirer. Élie ajusta tout son corps sur le corps, et par conséquent sa bouche sur la bouche de l’enfant; et, implorant le secours de Dieu, il obtint que le souffle {anima), la respiration rentrât dans le sein du fils de sa bienfaitrice.

(1) Philostrat. Vit. Apoll. Tijan. lib. iv, cap. 16. —Apollonius commença par demander le nom de la jeune ülle, sans doute pour le lui adresser. 11 savait que, de tous les sons articulés qui peuvent frapper notre oreille, notre nom propre est celui que nous reconnaissons le plus aisément et qui réveille le plus vite notre attention.

(2) Petr. Borellus, Hist. et ohserv. medic. centur. iii, observ. 58. — Cité par Frommann, Tract, de fascin. pages 483 et 484.

(.3) Reg. lib. iii, cap. 17, vers. 17.

Un des auditeurs de la prédication de saint Paul, à Troade, tombe d’une fenêtre, et reste à terre privé de sentiment. Saint Paul le prend entre ses bras, et dit i c( Ne vous alarmez point j son ame anime encore ses « membres. » Le jeune homme, en effet, ne tarde point à reprendre ses sens (1). On a voulu voir là une résurrection : il est clair que l’apôtre n’a pas même songé à opérer un miracle.

Au risque de contrarier une opinion reçue, je juge de la même manière l’œuvre bienfaisante dont fut l’objet la fille de Jaïr. Elle est mourante. Son père a imploré le secours de Jésus. On vient annoncer qu’elle a cessé de vivre. Jésus rassure Jaïr; il dit positivement aux personnes qui pleuraient : Ne pleurez point ; la jeune fille n'est point morte, mais seulement endormie. Il la prend par la main, l’appelle à haute voix : sa respiration renaît; elle se lève ; et, par l’ordre de Jésus, on lui donne des aliments (2). Une fille de douze ans que rend malade le travail de lapuberté, tombe dans un sommeil comateux et léthargique : Jésus l’en retire. Supposer qu’elle ne vivait plus, c’est supposer que Jésus a proféré un mensonge, en disant. Elle n'est point morte : supposition à la fois déraisonnable et injurieuse : je dirais blasphématoire, si l’enthousiasme de la reconnaissance ne portait avec lui l’excuse des erreurs qu’il enfante.

(1) Act. apost. cap. 20, vers. 9-12.

(2) Evang. sec. Luc. cap. 8, vers. 49, 50, 52, 54 et 55. Matth. cap. 9 vers. 23-25... Marc. cap. 5, vers. 35-43.

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