‹ Des sciences occultes, ou, Essai sur la magie, les prodiges et les miraclesChapitre 45 sur 55 · III. En nous enfonçant, h l’aide de quelques conjec · texte numérisé non relu

III. En nous enfonçant, h l’aide de quelques conjec

turcs probables, dans cette nuit que le cours des temps doit sans cesse rendre plus profonde, un trait marquant nous a frappés : l’opinion qui attribuait aux miracles et à la magie une origine céleste, ne fut point, dans le principe, une imposture ; née de la piété qui voulait que toute espèce d’excellence émanât de la Divinité, elle fut entretenue par le stifle figuré, qui se conformait naturellement à ces sentiments religieux. Ainsi, parmi les législateurs qui ont eu recours à cet agent vénéré, pour donner de la stabilité à leurs ouvrages, les plus anciens au moins ne se sont pas étayés d’un mensonge ; ils n’ont point professé l’exécrable doctrine qiCil faut tromper les hommes. Ce fut de bonne foi qu’ils se dirent inspirés, et qu’ils donnèrent leurs œuvres merveilleuses pour preuves de leur mission, parce qu’ils rapportaient humblement à la Divinité leurs lumières, leurs vertus, leurs vues sublimes, et leurs connaissances audessus du vulgaire.

Ces grands hommes adopteraient aujourd’hui une marche bien différente. Aujourd’hui, celui qui chercherait, dans l’art d’opérer des miracles, un instrument pour agir sur la civilisation, échouerait bientôt, parce qu’il tromperait sciemment, parce que sa mauvaise foi, contraire à la morale, ne le serait pas moins à l’esprit de la civilisaiion perfectible, qui tend sans cesse à lever les voiles dont s’enveloppent la nature et la vérité.

Faut-il en conclure que, privée de ce levier énergique, la législation soit impuissante sur la volonté des hommes, et que, pour diriger leurs actions, elle ait besoin d’une force coactive toujours subsistante ? Non ! Quoi que l’on en ait dit de nos jours, il n’est pas besoin de tromper les hommes pour les conduire quand on ne veut que les conduire au bonheur ; l’homme qui trompe songe moins à servir ceux qu’il déçoit, qu’à satisfaire son orgueil,

son ambition ou sa cupidité. Le besoin d’être gouvernés domine les hommes, dès que l’état social les rapproche intimement ; il s’accroît chez une nation, avec les lumières et le bien-être, et en proportion du désir raisonné de jouir, sans trouble, des avantages que l’on possède. C’est dans ce sentiment que le politique dont les intentions sont droites, trouvera un appui non moins solide que celui qu’il chercherait dans l’intervention prétendue de la Divinité ; un appui qui jamais ne laissera exposé aux mêmes inconvénients ni à des conséquences aussi graves, que la fiction religieuse, et jamais ne menacera de s’écrouler sur ses bases minées par la raison et le progrès des connaissances naturelles. Rois ! régnez POUR vos PEUPLES ! ct bientôt à l’observateur surpris qui demandera à quels prestiges sont dues leur docilité et votre puissance, vous pourrez répondre, en lui révélant ce principe : « Voilà toute notre magie ! voilà la « source de tous nos miracles ! »

NOTE A

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