NATURE DE L'AFFECTION
Je me suis servi jusqu'ici des mots angine scrofuleuse, scrofulide ulcéreuse de la gorge; il me reste à démontrer la justesse de cette appellation. J'ai étudié deux ordres de lésions ; les unes, associées à un lupus de la
le face, les autres, isolées et d’une interprétation par conséquent plus délicate (lupus primitifs et scrofulides ulcéreuse primitives de la gorge).
Entre les deux groupes se trouvent des cas rares dans lesquels la nature de l'affection gutturale est démontrée par l'apparition ultérieure d’un lupus de la face (un cas de M. Libermann; l'observation XXX VIII de M. Bazin, probablement aussi l'observation V de la thèse de M. Fougère); le plus bel exemple qu’on puisse citer est certainement le fait de la malade du service de M. Vidal {obs. IV).
Convient-il d'appliquer le nomde scrofulide aux lésions de la gorge qui accompagnent le lupus de la face? Fautil l’'employer également pour désigner certaines formes primitives d'angines chroniques analogues aux précédentes? |
Le lupus est considéré, dans l’école française, comme une manifestation strumeuse : c’est l'opinion d’Alibert: « Presque toujours la dartre rongeante doit son existence à la diathèse écrouelleuse »; c’est celle de Baudelocque, de Milcent, de M.Devergie: « Le lupus est une des scrofules de la peau »; de M. Hardy, de M. Bazin, d’Erasmus Wilson. Je me rallie à cette doctrine que repoussent les écoles anatomo-pathologiques de Berlin et de Vienne : « La création d’un lupus scrofuleux, dit Virchow (Traité des tumeurs, t. IT, p. 486), me semble être quelque chose de tout à fait arbitraire »; Auspitz est plus méprisant encore: « Bazin, dit-il, reste profondément enfoncé dans la vieille marotte française des diathèses »(1).
(1) Arch, f. Dermatologie und Syphilis, 4871 (anai. d’un mémoire de R. Volkmann, sur le lupus) : Bazin... Steckt tief in der alten Diathesenmarotte der Franzosen. ;
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“En dépit de ces auteurs, les faits démontrent trop souvent des relations intimes entre le lupus et la scrofule pour qu'on ne soit pas autorisé à voir dans l'affection locale une manifestation de la maladie générale. Je n’ai pas d'arguments à ajouter à ceux qui ont été déjà produits en faveur de la thèse que je soutiens, mais je pourrais citer quelques faits si les observations de ce genre n'étaient entre les mains de tous.
Lorsque avec l'affection du pharynx ne coexistent pas de manifestations cutanées actuelles, on découvre parfois des cicatrices qui ont à peu près la même valeur, et jai déjà dit combien était fréquente l'association ou l'existence antérieure de lésions strumeuses des yeux, du nez, des oreilles, du système ganglionnaire. Lorsque l'examen de l’affection et du malade écarte l’idée de syphilis, la constatation de pareils accidents promet d’affirmer presque avec certitude la nature scrofuleuse du mal.
Une des objections les plus sérieuses que l’on ait soulevées contre l’idée d’une angine scrofuleuse est la rareté excessive de cette affection dans les grands services de serofuleux. M. Archambault a signalé le fait à la Société médicale des hôpitaux ; en plusieurs années, il a observé un seul cas d’angine scrofuleuse grave. M. Roger et M. Parrot m'ont dit n'avoir vu aucun fait qui parût se rapporter à mon sujet. Il semble qu'il y ait à cet égard une sorte d’antagonisme entre les lésions osseuses ou les adénopathies graves, et les manifestations de la scrofule sur la peau ou les muqueuses.
Enfin, il est un certain nombre de sujets qui semblent absolument indemnes de toute influence morbide constitutionnelle, comme ces individus vigoureux chez qui le
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lupus devrait, suivant M. Gazenave, être regardé comme idiopathique. Peut-être faut-il admettre que l'angine, comme M. Bazin le disait pour le lupus cutané, constitue alors une des formes de la serofule fixe primitive.
Parmi les sujets que l’on peut considérer comme strumeux, quelques-uns, au nombre des plus jeunes, ont des allures toutes spéciales qui ont conduit à supposer que, chez eux, la scrofule pouvait n'être que la manifestation de la syphilis héréditaire à manifestation tardive. Je regrette de ne pouvoir apporter ni arguments ni faits convaincants pour la solution de ce difficile et intéressant problème de la vérole congénitale à longue portée, dont l'interprétation reste jusqu'ici une question de tendance, si je puis ainsi parler, bien plus qu’une affaire de rigoureuse démonstration. L’impossibilité presque’ absolue où l’on est, dans les hôpitaux, de retrouver les antécédents héréditaires; l'incertitude qui règne si fréquemment sur les premières années des malades, font qu'on ne peut nier ni affirmer le plus souvent la syphilis des parents, et qu'en présence d’accidents dont les apparences semblent trahir la vérole, on ne peut tout à fait exclure la syphilis acquise dont M. Roger a si bien montré les causes multiples et les manifestations souvent peu graves dans la première et Ja seconde enfance.
Quoi qu'il en soit, beaucoup de dermatologistes ont admis sans hésitation l’influence de la syphilis des parents sur la production de certaines lésions analogues à la scrofule, mais en différant néanmoins à certains égards. Voici comment s'exprime M. Devergie, un des parüsans de la syphilis héréditaire à manifestations tardives (il parle d’affections cutanées que l’on a confondues avec la scrofule proprement dite, et qui s’en dis-
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tinguent par leur cause): « Cette cause, dit-il, je la regarde comme complexe; elle est à la fois scrofule et Syphilis; c’est une transformation par hérédité de la syphilis en scrofule. » M. Cazenave cite aussi des cas où l’on est conduit à voir la manifestation encore peu connue de la syphilis héréditaire; » c’est dans ce cas qu’il ya dans l’éruption quelque chose de très-difficile à décrire ; ce n'est pas tout à fait un lupus franc ni une syphilide bien dessinée, ou plutôt c'est un peu l’un et l’autre. »
Il est inutile de multiplier les citations; à la Société médicale des hôpitaux, les avis se sont partagés, lorsque la question a été posée, en particulier, à propos du malade de M. Bucquoy (1872, p. 74); mais on ne fournit de part ni d'autre rien que des opinions personnelles. La question ne s'était pas beaucoup plus éclairée à la suite d’une discussion engagée en 14871 à la Société médicale de Vienne et à laquelle prirent part Hebra, Kohn, Stork, etc. Les uns rapportaient à la vérole congénitale, d’autres à la scrofule, des ulcérations du pharynx et du larynx suivies de cicatrices avec adhérences et de sténose de la glotte, affection commune, paraïtl, dans la Pologne autrichienne où la syphilis héréditaire parait être très-fréquente.
Veiel (1) est le seul auteur, à ma connaissance, qui ait cherché à indiquer par des chiffres la part qui reviendrait à la syphilis du père dans la production du lupus en général (11 fois sur 57); il ne dit rien des pharyngites scrofuleuses.
Je ne prendrai part au débat sur les accidents tardifs de la syphilis héréditaire que pour eiter deux observa-
(4) Mittheilungen über die Behandlung der chronischen Hautkrank-
heiten. Stuttgard, 1862, Homolle. 10
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tions ; les deux cas se rapportent assez exactement à ce type spécial de serofule où l’on est tenté de ne voir qu'une transformation de la vérole. L'un d’eux a un intérêt tout spécial et montre à quelles erreurs on est exposé dans l'interprétation des faits d’hérédité morbide. Le père de la petite malade est syphilitique, l'hypothèse de la syphilis héréditaire semble se vérifier; mais, enquête
faite, il se trouve établi que la vérole a débuté chez lui
après la naissance de sa fille (voy. les obs. XIIT et XIV). Quelques-uns des cas cités à la Société médicale des hôpitaux étaient, en réalité, ou ont paru être des cas mixtes dans lesquels la strume et la syphilis combinaient leur action maligne.
Il est si difficile d'affirmer, soit la vérole, soitla scrofule, qu'on est parfois disposé à se tirer d'affaire, en quelque sorte, en admettant le cumul. La seule chose qui me paraisse incontestable, c’est que la syphilis des scrofuleux et mieux encore des tuberculeux peut revêtir un caractère spécial de gravité et que les lésions pharyngées peuvent alors se modifier beaucoup et rappeler, par leur résistance à tout traitement, par quelques-uns même de leurs caractères extérieurs, les formes les plus graves du lupus. Comme d’ailleurs on observe des syphilides malignes tout à fait comparables à ces dernières et dans lesquelles une autre condition que la scrofule ou la tuberculose (âge avancé du sujet, chancre extra-g'énital, syphilis exotique) est intervenue, je pense qu'il faut être très-réservé dans l’adoption des formes mixtes et qu’on doit regarder ces cas graves comme des syphilis modifiées, mais non comme des hybrides, comme des scrofulosyphilis. On pourrait, à la rigueur, supposer aussi que les manifestations répétées de la syphilis sur une mu-
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