‹ Des Scrofulides Graves De La Muqueuse Bucco-PharyngienneChapitre 22 sur 35 · PAL EUR · texte numérisé non relu

PAL EUR

queuse y préparent en quelque sorte le terrain pour l'apparition du lupus, comme un vieil ulcère, ou, comme je vais le dire, un vieux lupus prépare quelquefois le développement de l’épithéliôme.

J'ai montré, l’an dernier, à la Société anatomique, la langue, le voile du palais, le pharynx et le lärynx d’un homme qui, après avoir eu des syphilides superficielles de ces diverses muqueuses, d’une façon presque continue pendant des années, avait enfin présenté des lésions dont les caractères se rapportaient bien moins à la syphilis qu'à la tuberculose à laquelle il suecomba (1).

Chez un malade du service de M. Guibout, la lésion pharyugée avait tous les caractères du lupus de la gorge, et cependant son apparition au milieu des accidents incessants d’une syphilis grave sans cesse traitée et jamais guérie (le malade est tuberculeux), me feraient admettre plus volontiers un syphilide grave qu’une véritable lésion mixte ou un lupus, venant, comme la tuberculose pulmonaire, se greffer sur la syphilis en pleine évolution.

. On ne saurait cependant nier les cas complexes dans lesquels les deux ordres de lésions coexistent rapprochées mais non confondues, mais ces faits laissent toujours quelques doutes. M. Isambert en a cité un certain nombre; il y avait, au commencement de l’année, dans le service de M. Hillairet, un homme de 29 ans, atteint du lupus, qui avait contracté la syphilis ; il présentait à la langue un tubercule qu'on aurait pu regarder comme une lésion lupeuse, de même nature qu’une scrofuhde

(1) Cette observation a été publiéo par moi (Bulletin de la Société anatomique, 1871. p. 415), sous le titre de Papillôme d’origine probablement syphilitique; je ne crois pas devoir me tenir à cette interprétation

et suis plus disposé, depuis une étude plus attentive du fait, à y voi une manifestation tuberculeuse.

tuberculeuse alors en pleine évolution au bras, mais qui m'a paru présenter plutôt les caractères d’un syphilome.

Les difficultés d'interprétation sont quelquefois considérables dans les cas où la scrofulide revêt les formes rapidement destructives qui ont fait admettre une transformation du lupus en cancroiïde.

On pourrait retrouver dans Hufeland (1) la mention d’un cancer scrofuleux, mais il ne semble avoir rien de commun avec le fait en question.

Il est à peu près certain, au contraire, que M. Devergie a observé de vrais épithéliômes développés sur un lupus, il dit en effet (2) : « J'ai vu naître deux cancers mortels sur des lupus exedens guéris depuis longtemps. Peut-être quelques-uns de ces faits, qui depuis se ‘sont multipliés (obs. de Bardeleben, O. Weber, Volkmann), se rapportent-ils à une forme exubérante de lupus décrite par Fuchs (3) sous le nom de Lupus exuberans, de Frambæsia scrofulosa.

Toujours est-il que sur une pièce provenant du service de Hebra, Neumann (4) aurait reconnu la transformation cancéreuse et obtenu des résultats tout à fait conformes aux conclusions de l'examen d’une autre pièce étudiée par O. Weber. Depuis, Busch a décrit un lupus épithéliomatoide (5) et Maïer (6) a voulu faire du lupus un néoplasme comparable au cancroïde, |

Je m’arrête, car cette transformation cancroïdale n’a jamais, que je sache, été observée à la gorge.

(4) Traité de la maladie scrofuleuse, 1821, p. 109.

(2) Maladies de la peau, p. 510.

(3) Krankhafte Veranderüngen der Haùût., p. 554.

(4) Lehrbuch der Hautkrankheïten, p. 441.

(5) Langenbeck’s Archiv, 1872.

(6) Allgemeine pathologiche Anatomie ; Leipzig 1874.

RTL DIAGNOSTIC.

Bien souvent, dans le cours de ce travail, j'ai parlé des difficultés de la diagnose et comparé les lésions que j'attribuais à la scrofule aux affections similaires que fait naître la syphilis. C'est ainsi que la question se pose en effet en clinique dans presque tous les cas. Le diagnostic des angines scrofuleuses graves est souvent presque impossible, si l’on s’en tient aux apparences extérieures des lésions ; il ne peut être prononcé avec quelque certitude que si l’on a des renseignements précis sur les antécédents et si l’on suit l'évolution du mal. Il faut faire les plus grandes réserves, lorsqu'on est en présence de cicatrices et non plus d’une affection en voie de développement. C'est assez dire qu'à moins de descriptions trèsexactes et de renseignements très-précis qui font défaut dans un grand nombre des observations, il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de contrôler la diagnose des faits publiés. \

Les signes qui peuvent conduire à une interprétation exacte de l'affection sont de deux ordres, les uns sont tirés de l’état général du malade et des commémoratifs, les autres de l’examen direct des lésions locales. Lorsqu'existe un lupus facial en même temps que l'affection pharyngée, le diagnostic est ordinairement aisé, les scrofulides tuberculeuses ou tuberculo-ulcéreuses de la face se distinguant en général assez bien des syphilides.

On peut cependant hésiter sur cette forme de scrofulide qui revêt l'apparence des plaques muqueuses; le lupus, en effet, n'empêche pas de contracter la syphilis,

— 18 — + à défaut d’autres preuves, les célèbres inoculations de Gibert l’auraient démontré (1).

Dans la syphilis, les plaques sont généralement plus multipliées au même point et tendent à occuper un plus grand nombre de siéges distincts; elles sont mieux circonscrites, entourées d’un limbe plus inflammatoire, l'apparence diphthéroïde y est plus fréquente, l’engorgement gangliounaire est plus habituel ; enfin, on observe simultanément, dans la plupart des cas, une éruption cutanée papuleuse discrète ou abondante dont les plaques muqueuses ne sont que l'équivalent modifié.

I n’est pas rare de voir sur la muqueuse des lèvres de petites élevures plus ou moins discoïdes, quelquefois un. peu exulcérées à leur sommet, qui se produisent chez les gens dont les dents sont vicieusement implantées ; l’éminence papuleuse siége exactement dans un point où la dent se trouve située en retrait. La moindre attention suffit 1c1 pour éviter l'erreur.

Le diagnostic des scrofulides graves de la langue est presque impossible; ces affections sont d'ailleurs absolument exceptionnelles, à ce point que les faits probants font défaut. Lorsque M. Hennequin était interne à Saint- Louis, on crut, à trois reprises, m'a-t-il dit, découvrir dans l'hôpital des lupus de la langue ; après mûr examen on reconnut que c'étaient trois cas de syphilis.

J'ai déjà signalé ces faits rares où la nature d’une angine grave se juge ou se démontre après coup par l’apparition d'un lupus du nez (par propagation d’un lupus de la pituitaire le plus souvent).

Quand il n'y a pas de lésion du tégument externe, il

{1} Gazette hebdomadaire, 4859, p. 802.

a CE

faut étudier avec grand soin les caractères de l’ulcération, si l’on veut saisir les différences qui, au point de vue des signes purement objectifs, distinguent l'affection strumeuse de la syphilitique et permettent d'acquérir une première donnée, qui sera complétée ou rectifiée par l’étude des antécédents concomitants et de la marche de la lésion actuelle. |

« Quand la scrofule maligne, dit M. Bazin, débute par la pituitaire, par la cloison du nez ou par l’arrière-bouche, le voile du palais ou la voûte palatine, je vous le déclare en toute sincérité, dans ce cas le diagnostic est quelquefois tellement obscur qu'il faut rester dans le doute.»

I ne suffit donc pas d'indiquer dans un parallèle plus ou moins rapide les contrastes qui séparent les ulcérations scrofuleuses de la gorge des angines ulcéreuses de la syphilis; ce ne serait qu'éluder la difficulté; il faut entrer dans des détails, qui, pour sembler trop minutieux au ‘premier abord, suffisent à peine à donner quelque certitude à la diagnose ; il faut montrer les points de contact en même temps que les divergences et comparer des choses comparables plutôt que se complaire dans une série d’antithèses qui ne s'appliquent qu’à des cas presque impossibles à confondre. Je vais donc rechercher avec soin quelles sont, dans les manifestations de la scrofule et de la syphilis, les indications diagnostiques que fournissent le siége des lésions, leur forme et leur aspect extérieur.

Siége des lésions. — On n'est pas d'accord sur la valeur qu’il faut accorder à la localisation de l'ulcère, et des opinions quelquefois contradictoires ont été, sur ce sujet, émises à la Société des hôpitaux :

Sa

« Le voile du palais et le pharynx, dit M. C. Paul, sont atteints dans les deux cas. Cependant on peut dire que la syphilis atteint beaucoup plus souvent du premier coup les piliers et les amygdales, tandis que l’ulcère scrofuleux n’envahit ces parties que plus rarement et toujours d'une manière secondaire. » (Soc. méd. des hôpitaux, 1872, p. 52.) M. Isambert répond : « M. Paul signale commesiége du début le voile du palais, c’est le contraire dans l’angine scrofuleuse qui n’est pas le lupus » (24., p. 69). « C’est le plus souvent, dit M. Hillairet, par le fond

du pharynx que débutent les lésions scrofuleuses. » Les.

lésions syphilitiques anciennes, observe au contraire M. Lailler, « siégent surtout à la paroi postérieure du pharynx. » #

Voici, d’après l’ensemble des observations réunies à la fin de ma thèse ou publiées antérieurement, ce que l’on peut regarder comme à peu près démontré :

Le voile du palais est le point où s’observe presque exclusivement le lupus primitif de la gorge; les piliers, les amygdales et le fond du pharynx ne sont en général envahis que secondairement.

Les ulcères scrofuleux siégent très-fréquemment, mais moins exclusivement que le lupus proprement dit, sur le voile ; ils occupent soit le bord libre, où ils peuvent intéresser la luette, sous forme d’échancrure ; soit sous forme d’ulcère perforant, le voile même ou la voûte (siége habituel des lésions chez les sujets qui présentent le type attribué à la syphilis héréditaire) ; or, chacun de ces points peut être le siége de syphilides graves ; la seule notion utile, c'est que les ulcérations primitives de l’amygdale ou celles des piliers qui intéressent les tonsilles sont le plus souvent syphilitiques.

Mapa La présence d’une perte de substance au fond du pharynx n'a par elle-même aucune valeur diagnostique.

L'épiglotte est atteinte plus souvent par la syphilis que par la scrofule ; mais, comme cette dernière étend jusque-là ses ravages, une pareille lésion ne suffit pas pour imposer l’idée de vérole.

Des altérations graves de la langue ou du larynx sont des arguments puissants en faveur de la syphilis.

Caractères objectifs des lésions. — Aux différentes formes de scrofulides primitives graves de la gorge correspondent des formes analogues d'origine vénérienne. % Le lupus de la gorge, avec la tuméfaction et l’état mamelonné des piliers qui se portent vers le fond du pharynx, où ils tendent à contracter des adhérences, avec sa progression régulière à partir du bord libre du voile ou des piliers, avec son mode de destruction spécial sans véritables ulcérations, constitue un genre d’af: fection qu'on rencontre rarement dans la vérole. Il n’y a cependant là rien d’absolu. Chez une malade manifestement syphilitique, du service de M. Lailler (v. obs. XVI), l’isthme du gosier présentait des lésions tout à fait comparables au lupus guttural. Les piliers, adhérents au fond du pharynx inférieurement, étaient déviés en dedans, de manière à rétrécir beaucoup l’orifice bueco-pharyngien, et avaient ainsi tiraillé l'excavation amygdalienne qui se présentait presque de face.

Cet état de la gorge ressemblait beaucoup à ce qu'on trouvait chez un des lupeux dont j'ai rapporté l’observation (obs. II1), mais différait assez notablement de ce

Homolle. 11

qu'on voyait chez une autre malade (obs. Il), qui me paraît présenter le vrai type du lupus de la gorge.

Celui-ci peut donner lieu à une hypertrophie diffuse avec tuméfaction mamelonnée de toute la muqueuse de l’arrière-bouche ; mais, autant que la rareté des faits permet de conclure, cetie hypertrophie s'accompagne rapidement de destruction progressive, laquelle procède par petites ulcérations interposées à de gros bourgeons qui sont rongés plus ou moins vite. On peut, d'une manière générale, considérer cette forme comme étrangère à la syphilis, et cependant on est forcé d'admettre, comme affection isolée et primitive de la gorge, l'existence de syphilides végétantes hypertrophiques ou bourgeonnantes qui se distinguent des scrofulides analogues par une extension à de plus grandes surfaces avec moins de tendance à la destruction.

Il y avait au mois de juin 1874, dans le service de M. Hillairet, un homme de 39 ans, vigoureux, qui présentait sur la muqueuse du palais et de l’isthme l’altération que je viens d’indiquer. Quelques-uns des médecins qui l’examinèrent crurent à une scrofulide, mais la coloration rouge sombre des parties malades, la grande étendue des parties affectées sans érosion progressive à partir du bord libre, la netteté des saillies bourgeonnantes bien distinctes les unes des autres me paraissaient autant de caractères de nature à faire admettre l'influence de la syphilis. Toute l’histoire antérieure du malade, une série ininterrompue de manifestations vénériennes à partir du chancre initial, conduisaient d’ailleurs à ce diagnostic que vint confirmer enfin une guérison rapide par le traitement spécifique, que le malade disait cependant avoir déjà employé sans succès. (Voy. obs. XVII.)

Cette forme de syphilides graves de la gorge est assez peu connue, c’est pourquoi j'ai cité, à la fin de ce travail, un autre exemple plus probant; la lésion buccopharyngée n’était chez ce dernier malade que la propa-

gation d’une syphilide végétante hypertrophique de la face (le malade avait contracté la vérole au Mexique, et l’on sait combien cette origine exotique entraîne souvent de manifestations graves plus ou moins analogues au frambæsia (voy. obs. XVIII).

Babington (1) a observé chez des syphilitiques une forme d’ulcérations qu'il appelle phagédéniques et qui présenteraient peut-être quelque analogie avec le lupus de la gorge. Voici ce qu'il dit : « Le tissu de l'organe « semble fondre dans l’ulcération, bien qu’on ne puisse « pas voir une eschare distincte se former pendant tout « le cours de la maladie. » Cette espèce d'angine serait une sorte de transition vers les formes véritablement ulcéreuses.

Ici, la similitude est presque complète, que les lésions soient strumeuses ou vénériennes (je ne parle que des syphilides ulcéreuses dans lesquelles l’ulcération est le fait clinique primordial, et non des gommes en voie d'élimination).

Dans les syphilides ulcéreuses, le contour des pertes de substance a généralement quelque chose de franc, c’est une forme définie, semi-circulaire dans un grand nombre de cas; l’ulcère scrofuleux est moins bien arrêté dans sa forme. Dans le premier cas, la règle est que les bords soient nettement taillés, comme à l’emporte-pièce ; dans le second, ils vont souvent en s'amincissant, et sont quelquefois un peu décollés. La portion de muqueuse qui circonscrit l’ulcération est, dans la vérole, tuméfiée modérément (je ne parle pas des gommes), mais d’une manière égale. Bien que la même

(4) Cité par M. Martellière, thèse de Paris, 1864.

éme chose se puisse voir dans la scrofule (voy. obs. XIT), on rencontre plus fréquemment un gonflement inégal avec des bosselures irrégulières. Cette zone phériphérique a, chez le syphilitique, une teinte animée, franchement inflammatoire avec un aspect luisant, ou parfois une rougeur sombre; chez le strumeux, les surfaces sont à peine modifiées dans leur coloration et restent assez pâles, ou bien, ce qui est ordinaire aussi, elles ont quelque chose de livide, une teinte violacée, un peu mate.

Le fond même de l’ulcération ne présente pas non plus de différences bien notables; plus souvent peut-être, dans la vérole, il est égal et recouvert d’une mince couche de pus adhérent, un peu pulpeux, d’un ‘blanc jaunâtre ; puis, à mesure que la guérison avance, on voit des bourgeons, d’un rose franc, poindre au milieu de l’enduit purulent et donner de plus en plus à la perte de substance l’aspect d’une plaie en réparation. Plus souvent chez le strumeux, le fond de l’ulcère est fongueux ; « dans la scrofulide maligne, dit M. Bazin, vous « trouverez généralement une plus grande quantité « d'éléments primitifs sur les bords de l’ulcère, que « dans la syphilide ulcéreuse, plus de granulations et de « fongosités à la surface des parties ulcérées. » (Lecons sur la scrofule, 2° éd., p. 294.)

L'ulcère strumeux revêt une autre opparence (ulcère atonique); son fond est alors comme lardacé, égal, jaunâtre; on en a comparé l'aspect à celui du tissu graisseux sous-cutané, ou à celui du mastic. Cette forme est assez spéciale et doît toujours faire penser à la scrofule.

Au fond du pharynx, il faut aussi un examen attentif pour reconnaître quelques divergences entre les lésions

de la syphilis et celles de la strume. Hamilton parle d'un ulcère « à bords irréguliers, peu profond et inégal, « couvert çà et là de granulations et tapissé par une « matière glaireuse mucoso-purulente d’un jaune ver- « dâtre. » Dans la vérole, la paroi postérieure de la gorge est d’un rouge plus sombre ; elle est luisante, sèche, avec des stries de mucus jaune demi-coneret ou de véritables croûtes, la perte de substance est moins irrégulière, plus profonde, souvent taillée en coup d’oncle, en croissant. |

Je ne mettrai pas en parallèle les scrofulides ulcéreuses de la gorge et les gommes syphilitiques; ces dernières ont en effet des allures tellement spéciales que l'erreur est en général assez facile à éviter ; elles ont été fort bien décrites dans les lecons récentes de M. Fournier, et je ne saurais essayer d'en donner un tableau plus parfait. Le caractère le plus important qui appartienne en propre à la gomme est une tuméfaction limitée, d'aspect inflammatoire, rouge, lisse et luisante ; le voile, proéminent dans une de ses parties, est dur, résistant et rigide.

Plus tard, la rupture du foyer détermine la production rapide, on pourrait presque dire instantanée, d’une perforation, ou du moins d’une entamure, d’une échancrure profonde dont le fond bourbillonneux laisse voir l’eschare gommeuse.

L'une des observations publiées par M. Fougère (obs. X, communiquée par M. Lailler) présente quelques traits qui semblent se rapporter à la description qui précéde : « Du côté droit, le palais est rouge foncé, paraît comme abaissé, gonflé et distendu jusqu'à la ligne médiane et assez en avant sur la crête palatine ; »

2 LU mais le développement des ulcérations par petits îlots qui succédaient à des pustules miliaires s'accorde mal avec l’idée d’un syphilôme.

Les phénomènes fonctionnels ont peu de valeur; les ulcérations syphilitiques ne s’accompagnent pas de beaucoup plus de douleur que les scrofulides destructives ; les unes comme les autres peuvent passer inaperçues pour le malade. Cependant, le début par une ou plusieurs poussées d’angine aiguë fébrile semble appartenir plutôt à la strume.

L'évolution plus ou moins rapide s’observe dans les

deux cas; néanmoins une durée très-longue des acei-

dents doit bien plutôt faire croire à une lésion strumeuse qu’à une syphilide. Un lupus de la face qui dure depuis dix ans est un vrai lupus strumeux; une tuméfaction mamelonnée de la muqueuse du voile du palais et de l'isthme avec destruction progressive pendant des années est très-probablement une scrofulide.

L'apparition de poussées nouvelles, de rechutes successives avec des altérations persistantes, stationnaires dans l'intervalle, est le plus souvent un signe d’affection strumeuse. La syphilis grave, à la vérité, peut avoir des allures analogues, mais alors il existe presque toujours simultanément des syphilides ulcéreuses de la peau qui ont succédé de près à l'accident primitif et qui se reproduisent très-fréquemment,.

On a accordé une grande valeur aux résultats du traitement spécifique; et, dans les cas où M. Ricord hésitait entre la scrofule possible et la syphilis probable, l’'éminent chirurgien du Midi faisait du traitement par l’iodure de potassium une véritable pierre de touche. (M. Fournier, - Soc. méd. des hôpitaux, 1866.)

C'est là une règle très-sage, mais qui peut incontestablement conduire à l'erreur. Il ne serait pas plus prudent de rejeter la syphilis par ce seul fait qu'une lésion aura progressé malgré un traitement spécifique bien conduit que de l’admettre parce que la médication iodurée aurait rapidement guéri ou semblé guérir une angine grave de nature douteuse.

Cette question à été discutée à la Société des hôpitaux, et la plupart des médecins ont conclu à l'incertitude des indications fournies dans quelques cas par le traitement. On rencontre en effet des syphilides graves ou malignes qui: vont s’aggravant en dépit de tout traitement; il semble que le sirop de Gibert accélère leur marche destructive, et les toniques seuls, l'huile de morue même, sont les seulsremèdes dont on puisse attendreuneffet favorable.

I y a d'autre part des scrofulides qui se modifient par la médication iodurée; Lugol était enthousiaste de l’iode comme antistrumeux, Baudelocque donnait l’iodure avec succès aux scrofuleux, M. Lailler fait remarquer que cette thérapeutique réussit surtout si le malade a longtemps pris de l’huile de foie de morue, circonstance importante à connaître pour ne pas se laisser entraîner à admettre la sypbilis chez un malade, qui, après avoir inutilement pris de l'huile de poisson, se trouve très-rapidement amélioré par l'usage de l’iodure de potassium. Il faut bien savoir que la tendance normale de certaines syphilides et des gommes en particulier (en dehors de la vérole maligne ou très-grave) est de subir, à une certaine période, une amélioration progressive quelquefois assez rapide, et enfin de guérir spontanément; il ne faudrait-donc pas repousser l'idée d’une affection spécifique à cause d’une guérison prompte sans l'emploi du traitement mixte ou sous l’in-

ASS fluence d’une médication purementantistrumeuse. D'une manière générale, la rapidité de la guérison appartient à la syvphilis, la résistance prolongée à toute thérapeutique se rencontre plus fréquemment dans la scrofule; cependant bien des véroles graves ne laissent aucune prise au traitement, et certains cas de scrofule cèdent merveilleusement et très-vite lorsque, à la médication interne, se joint un traitement topique bien dirigé.

Accidents concomitants. Est-il besoin de dire qu’on doit toujours tenir le plus grand compte des divers accidents que le malade peut présenter en même temps que les. lésions de la gorge? Dois-je répéter qu'il faut examiner la surface entière du corps, y étudier avec soin toute éruption actuelle ou toute cicatrice pouvant aider à la diagnose?

La tuméfaction des ganglions n’a pas par elle-même une valeur considérable; mais elle prend parfois des caractères qui ne peuvent guère laisser de doutes sur la nature de la maladie constitutionnelle à laquelle il convient de rapporter l’angine.

Dans quelques cas, la scrofule se reconnaîtra à ses adénopathies caséeuses, aux écrouelles et aux cicatrices couturées qui en sont la conséquence. Chez d’autres, à la suite de l'élimination d'une gomme du palais, une adénite de nature spéciale, une véritable adéno-lymphangite gomimeuse aura une valeur diagnostique très-grande; elle sera caractérisée par des groupes de ganglions durs assez volumineux, reliés entre eux par descordons épais de consistance presque ligneuse; c’est-ce que l'on observait chez une jeune femme que j’aivue dans leservice de M. Besnier, l’adénopathie spécifique formait le long de sterno-mastoïdien, à droite et à gauche, un cordon noueux saillant,.

dur, un peu adhérent à la peau et aux parties profondes (voy. obs. XIX). |

L'examen des organes génitaux ne devra jamais être négligé.

Les opacités cornéennes doivent être regardées comme presque certainement scrofuleuses, car, avec M. Roger, 2 | et avec la plupart des ophthalmologistes français, je suis

peu porté à regarder la kératite interstitielle comme une manifestation de la vérole héréditaire. Des traces d’ancienne erfs feraient au contraire penser à la syphilis. L'ozène appartient presque exclusivement à la serofule; tout au plus, chez un très-jeune sujet, pourrait-on sups° poser que la syphilis congénitale devint une cause de né- ; crose des os du nez avec suppuration fétide. La fistule lacrymale est une manisfestation strumeuse ; f s mais parfois on observe, dans la même région, des tumeurs syphilitiques qui se distinguent par une apparence - phlegmoneuse et une dureté presque osseuse, ce sont des périostoses de l’unguis.

L'altération des dents, décrite par Hutchinson, ne semble pas avoir la valeur qui lui est accordée en Angleterre; elle existait chez le malade de M. Bucquoy et chez une petite fille dont je rapporte l'observation (voy. obs. XIV) sans que la vérole héréditaire ait pu être démontrée chez lune ou chez l’autre. Bærensprüng et M. Roger qui ont faitde la syphilis des jeunes enfants une étude si complète, ne regardent pas cette lésion comme spécifique; elle semble en effet appartenir autant à la scrofule qu’à la syphilis congénitale. [l serait bon cependant de rechercher si les serofuleux qui présentent l’altération des dents décritepar Hutchinson ne se distinguent pas des autres par quelques

traits spéciaux, silacoexistencedeskératitesinterstitielles, Homolle. 12

2 ge”

des lésions des os nasaux et palatins ne leur donnent

pas une physionomie particulière qui permette de Îles”

réunir en un groupe distinct.

L'existence de lésions tuberculeuses des poumons peut être invoquée en faveur de la nature strumeuse des accidents

pharyngés; il faut cependant se rappeler que la phthisie

s’observe assez fréquemment à une période avancée de la syphilis grave et que, d'autre part, la tuberculose est une des conditions qui tendent le plus à modifier le caractère des syphilides et à en rendre la curation difficile (voy. obs. XV).

L’albuminurie peutse rencontrer dans la scrofule et dans la syphilis; mais, tandis que, chez les strumeux, elle est susceptible de se montrer à toute période de la maladie et coïncide parfois, dans le cas de lupus, avec toutes les apparences de la santé; dans la syphilis, elle se produit presque exclusivement à la période cachectique.

Les antécédents personnels des malades ont une grande valeur; 16 des sujets dontles observations ont été publiées avaient présenté des manifestations strumeuses (gourmes prolongées, engorgement ganglionnaire avec ousans suppuration, ophthalmies de longue durée, coryza et otite chronique, etc.).

Quant aux antécédents héréditaires, ils n’ont qu’une valeur restreinte surtout pour les malades de l'hôpital. On peut voir la strume régner autour des sujets atteints de scrofulides graves de la gorge, les frères ou sœurs ont des écrouelles, des lésions osseuses ou articulaires chroniques, mais cela est loin d’être constant.

Il ne faudrait pas avec trop de confiance se fonder sur l'absence d'accidents spécifiques chez une nouveau-né pour écarter, chez la mère, toute idée de syphilis en pré-

Page 1