ANTIQUITÉ
La société antique a pour base la famille et la religion des ancêtres. Le premier et le seul but du mariage, c'est donc la conservation de la famille, la procréation des enfants destinés à entretenir le culte domestique, dont le foyer ne doit Jamais s'éteindre. De ce principe absolu, devant lequel toute affection et tout droit naturel doivent céder, découlent les idées quelque peu contradictoires qui ont inspiré la plupart des peuples primitifs dans leur réglementation des secondes noces (1).
C'est pour tout homme un devoir sacré envers ses aïeux de perpétuer leur race. Ce devoir n'est pleinement rempli que lorsqu'une union légitime a été contractée et que cette union a donné des fruits. Or, pour que ce résultat soit assuré, il faut que la femme décédée sans postérité soit remplacée. Il est même nécessaire que l'épouse stérile cède de son vivant la place à une autre, soit que le mari lui adjoigne une seconde épouse, soit qu'il répudie la première pour en prendre uae nouvelle. II importe également^ d'ailleurs, qu'une femme restée veuve, h laquelle son mari n'a pas donné d'enfants,
(1) Sur le caractèf e du mariage antique, cf. Fusthl de Coulanoe», Im cité antique, p. 49 et s.: —Paul Gide, Etude sur la condition privée de la femme ,•— Laboulaye, Recherches sur la condition civile et politique des femmes ; — Summer-Maine, Etude sur les institutions primitives; — Pastoret, Histoire de la Législation : — Laurent- AxTfiALiN, Du convoi en nouvelles noces (In troduction) : — Ctlasson, Le mariage civil et le divorce ; — Wkk- TKUMABCK, The Eistory ofhuman tnarriagê.
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puisse convoler en secondes noces avec un homme do la même famille. Tels sont les motifs pour lesquels la plupart des races primitives admettent et favorisent la multiplicité des unions, ou du moins de celles qui assurent la perpétuation du culte domestique.
De là résultent, chez quelques-unes, des idées de polygamie et, chez d'autres, les facilités données à la répudiation, facilités qui aboutissent, comme on Ta fait justement remarquer, à une « polygamie successive ».
Cependant, pour que le mariage soit digne de la haule mission qui lui est dévolue, il est de toute nécessité que le lien conjugal conserve un caractère solennel et en quelque sorte sacré. Or ce caractère s'accorde difficilement avec la polygamie ou avec les répudiations fréquentes, et d'une façon générale avec la pluralité des unions, qu'elles soient simultanées ou successives. Le mariage est toujours d'autant plus honoré qu'on voit triompher les idées de monogamie et d'indissolubilité. Aussi les mêmes peuples qui encouragent les unions multiples en vue de la procréation des enfants, voient-ils souvent ces unions avec défaveur, lorsque la conservation de la famille n'est pas en cause.
A cette idée s'en ajoute une autre qui, pour les femmes, en dehors de cas exceptionnels, met obstacle au convoi. C'est ridée, profondément enracinée chez la plupart des peuples antiques, que la femme, achetée par le mari, est la propriété de celui-ci, au même titre que ses esclaves (1).
Le mari, qui tient à cette propriété plus qu'à toute autre, veut, non seulement que sa femme soit chaste, mais encore qu'elle soit vierge. De là il résulte qu'une veuve peut difficilement se remarier, qu'une femme peut diffilement appartenir à deux hommes (2). Les pré-
'!) Paul Gide, op, cit.^ p. 23 ; — Westkrmarck, op. ei^, p. 124. (2) Paul Gide admet néanmoins, à l'origine, la communauté des