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préférences des assistés, des malades. Cela serait rationnel s'il n'y avait en jeu que des questions d'ordre purement individuel, mais cela est impossible quand viennent s'y mêler des points de vue d'ordre social et d'assistance. Ce qu'on doit rechercher avant tout, étant donnée une misère d’une nature déterminée, c’est théoriquement et pratiquement le secours qui lui convient ; en conséquence, dans la question qui nous occupe, c'est de voir quel mode de traitement est le meilleur. Il importe peu, en effet, d'examiner quelles sont les préférences des assistés sur ce point : les intéressés eux-mêmes peuvent mal comprendre le traitement qui leur convient le mieux, tout cela par suite d'habitudes ou de traditions plus ou moins bien fondées ; il est donc nécessaire de se substituer à eux pour leur appliquer le mode de secours qui semble donner les meilleurs résultats. C'est ce que nous avons fait pour les vieillards ; nous avons pensé que le meilleur mode de secours était, en principe, pour eux le traitement à domicile. Pour les malades, il est vrai, il semble que leur préférence pour le traitement à l'hôpital doive être prise davantage en considération, car pour ce qui les concerne, le point de vue individuel et le point de vue social se rencontrent. Il importe donc avant tout de donner aux malades des soins éclairés, rationnels, dans les meilleures conditions d'hygiène possible. Il n’y a plus ici, comme pour les vicillards,une tendance à se faire assister à l’hospice, pour y demeurer sans rien faire, tout le reste de ses jours ; car, pour les malades, la rapidité des soins et de la guérison est aussi importante pour les intéressés que pour la société elle-même. Les préférences des malades ont donc quelque valeur ; or, nous l'avons démontré, actuellement à Paris, cette préférence n'est pas douteuse.
Pendant longtemps il n’en fut pas ainsi, les pauvres avaient une terreur instinctive de l'hôpital et en Province dans une certaine mesure cette frayeur a existé. AuJourd'hui à Paris, non seulement les pauvres, mais même les gens aisés, se rendent très facilement à l'hôpital, sur les conseils des médecins, pour des maladies graves nécessitant des soins particuliers et surtout pour y subir des opérations chirurgicales. Le développement pris par les cliniques, où l’on loge et soigne les malades, constituant en quelque sorte des hôpitaux privés, est une nouvelle preuve de la faveur dont jouit l’hospitalisation.
Cette préférence des malades et des médecins pour l'hôpital nous parait d’ailleurs fort justifiée.
Le traitement à l'hôpital présente, à notre avis, sur le traitement à domicile une double supériorité : premièrement au point de vue technique, secondement au point de vue financier. Que le traitement à l'hôpital, et au pointde vue technique et à celui des soins donnés, soit supérieur au traitement à domicile cela ne saurait faire de doute. Comment concevoir le chirurgien opérant dans les petits logements de Paris, alors que les gens riches se rendent euxmêmes dans les cliniques. Et puis qui donnera au malade les soins de toutes les heures, nécessités par son état ? Qui sera chargé de suivre les prescriptions du médecin ? Les parents du malade ? sa femme, ses enfants, si c’est le chef de la famille qui est atteint? Mais ceux-ci travaillent la plupart du temps ; les enfants eux-mêmes dès que l’âge Le leur permet ; et alors de deux choses l’une : ou bien les parents abandonneront leur travail pour soigner Le malade, et ce sera la misère entrant dans la maison; ou bien on laissera le malade seul, et l’on voit facilement quelles conséquences pourra produire ce manque de soins absolu,
Sans doute, nous n’ignorons pas qu'il existe des femmes Charitables (1) s'occupant gratuitement des malades, les sœurs de charité par exemple ; mais, malgré tout leur zèle, ni les unes, ni les autres ne peuvent arriver à cette surveillance de tous les instants si nécessaire. C’est de la sorte que certaines maladies, bénignes à l’origine, peuvent dans la suite devenir fort graves faute de soins éclairés. Ainsi on cite l'épidémie d’influenza de 1891, dont la conséquence a été d'augmenter considérablement le nombre des phtisies pulmonaires.
A l'hôpital aucun de ces inconvénients : le malade sera soigné par les plus illustres praticiens, les internes seront là pour surveiller l'application stricte et intelligente des ordonnances et le personnel tout entier se dévouera, soit par profession, soit par pure charité dans l'intérêt des malades. Ce n’est pas tout, la supériorité de l'hôpital est encore plus marquée au point de vue de l'hygiène. Nous sommes loin du temps où Tenon nous montrait à l'Hôtel- Dieu (2): « Les accouchées, deux, trois, quelquefois quatre dans le même lit : les unes à une époque de leurs couches, les autres à une autre époque, leurs évacuations naturelles les infectant d'autant plus que ces lits étaient plus échauffés dans cet état de pression, que la santé de ces femmes était plus détruite, que leurs humeurs étaient plus corrompues. » |
Certes à l'heure actuelle, tous les progrès ne sont pas réalisés ; il y a encore de vieux hôpitaux, véritables nids à microbes, où l’on a bien tenté d'introduire toutes les
(1) Certains ordres religieux de femmes soignent les malades indigents sans accepter aucune rétribution : citons les sœurs servantes des pauvres (2.724 journées de garde en 1895), les peliles sœurs de l’Assomplion, etc.
(2) Tenon, Mémoire sur les hôpitaux de Paris, 1781.
ressources modernes de l'hygiène et où cependant le plan même de l'édifice, l'organisation des salles est un empêchement à peu près absolu contre les améliorations (1). Parfois encore en présence de l'insuffisance du nombre des lits (2), on est obligé d'ajouter des lits supplémentaires, au grand détriment de l'hygiène. Mais il y a des hôpitaux nouveaux suffisamment vastes, — et l’on en construira d’autres, — où tout est calculé conformément aux prescriptions de l'hygiène, où toutes les règles de l’antisepsie et de l’asepsie sont respectées ; là, plus de microbes, plus de bacilles, les malades y trouvent non seulement les soins éclairés dont nous parlions tout à l'heure, ils y vivent dans une atmosphère pure, ils n’ont plus à redouter toutes les complications que peut faire naître une hygiène défectueuse, et par suite les épidémies sont moins à craindre. Tous ces dangers se présentent dans le traitement des malades à domicile : les logements sont étroits, mal aérés, humides (3), donnant sur des rues sombres, quelquefois sur des cours, à peine éclairés. Sans doute à Paris, depuis cinquante ans, bien des améliorations ont été réalisées sur ce point: la création complète du réseau d’égouts, le percement de nombreuses rues, l'ouverture de squares et de jardins ont assaini la capitale, mais ces tra-
(1) Cela a encore été constaté dernièrement au conseil municipal. Dans un projet d'emprunt de 75 millions destiné à l’Assistance publique, on prévoit la reconstitution de certains hôpitaux comme Laënnec, la Charité, jugés malsains et insuffisants.
(2) Nous lisons dans le rapport de M. Fleury-Ravarin : « Des réclamations incessantes s'élèvent contre l'encombrement presque permanent des salles des malades dans lesquelles l'Administration est obligée d'entretenir au grand préjudice de l'hygiène un nombre de lits supplémentaires variant de 400 à 1.100 » (Rapp. de M. Fleury-Ravarin, p. 129).
(3) Rapp. de M. Bonthoux sur le projet de révision du décret de 1886, p. 46.
vaux en transformant les quartiers pauvres en quartiers riches, ont éloigné la population misérable qui vit dans des conditions hygiéniques aussi déplorables que par le passé (1). Placer un malade dans de pareilles conditions : que va-t-il devenir? non seulement il risque fort de ne pas se rétablir, mais inconvénient plus grave, il deviendra un péril pour tous ceux qui l'entourent.
L'isolement est en effet presque toujours impossible, la famille étant entassée dans une pièce ou deux au plus. Sans parler de l'insalubrité du logement, comment le malade peut-il trouver un repos réparateur au milieu du bruit que font les enfants et du va-et-vient nécessité par les soins du ménage. Manque de nourriture saine et abondante, conditions déplorables d'hygiène pour le malade et sa famille ; pour les voisins dangers de la contagion, voilà les conséquences du traitement à domicile. Qu'on ne vienne pas en présence de tous ces résultats invoquer (2) en faveur du traitement à domicile l'avantage moral de ne pas relâcher les liens de famille. Cela peut se dire à la rigueur, quand il s’agit de vieillards ou d’infirmes ; mais toute considération sentimentale doit disparaitre quand la santé publique est en jeu. Si à la campagne, le traitement hospitalier brise complètement les liens familiaux par suite des distances qui séparent le domicile
(4) La loi de 1850 sur les logements insalubres est insuffisante. À Paris l'inspection s'exerce sur plus de 2.000 maisons par an, mais on est unanime à reconnaitre l'insalubrité d’un grand nombre de maisons ouvrières anciennes. Actuellement à Paris les plans des constructions nouvelles doivent être soumis à la préfecture de police, mais il faudra de longues années, avant que les anciennes maisons aient été transformées ou reconstruites.
(2) En 1801 Chaptal parlait de « la consolation que doivent éprouver des pères et des mères lorsqu'ils peuvent être soignés dans leur propre lit par les mains de leurs enfants ».
du malade de l'hôpital, il n'en est pas de même à Paris, où le malade peut être visité par les siens aussi fréquemment que possible (1).
Au point de vue technique, par conséquent, la supériorité du traitement à l’hôpital nous paraît nettement établie, mais elle entraîne comme résultat dans l’état actuel des choses, l'encombrement des hôpitaux et ce n’est pas là l’un des moindres arguments des partisans du traitement à domicile. Sans doute, disent-ils, théoriquement votre système paraît on ne peut plus séduisant, mais essayez de le mettre en pratique, vous vous heurtez fatalement à cet inconvénient grave : l'encombrement des h6pitaux.
Que ce fait existe, nul ne peut le nier. A l'heure actuelle le nombre des lits d’hôpitaux paraît être insuffisant (2), puisque l’on est obligé fréquemment, nous l'avons déjà dit, d'ajouter des lits supplémentaires dans les salles, et que le nombre des hôpitaux lui-même ne répond pas aux besoins.
Mais tout d’abord, même en admettant qu'aucun remède n'existe à cette regrettable situation, il est bien évident, que ce qu'il faut adopter c'est le système qui présente le moins d’inconvénients. Or, au simple point de vue technique, il nous parait résulter bien nettement des développements antérieurs que mieux vaut encore l'existence de lits
(1) L'administration pourrait encore rendre les visites dans les hôpitaux plus fréquentes.
(2) L'administration de l’Assistance publique à Paris de 12.000 lits répartis dans 23 hôpitaux, bien que le nombre des lits d'hôpitaux ait plus que doublé depuis 50 ans (5.000 en 1848) il est encore loin de suffire aux besoins. Dans l’Annuaïre statistique de la ville de Paris (1896), on voit dans le Relevé des travaux du bureau central (supprimé aujourd’hui) : malades admis : 19.656 ; malades envoyés aux hôpitaux spéciaux : 9.202 ; malades ajournés faute de lil : 34.259,
supplémentaires dans les hôpitaux que le traitement à domicile de l'indigent malade. Et puis vraiment l’encombrement sera-t-il beaucoup plus considérable quand on aura donné le pas au traitement à l'hôpital sur le traitement à domicile ? Nous ne le pensons pas. Avant tout nous nous plaçons au point de vue de la santé publique et de l'intérêt du malade, et nous ne saurions par conséquent demander que pour des maladies très bénignes sans conséquences graves possibles l’on transportät le malade à l'hôpital; ce serait rendre ridicule le système que nous soutenons que de lui donner cette portée. Bien certainement, ce sera au médecin, quel qu’il soit, chargé de l’examen du malade, qu’il appartiendra de faire la distinction. Il y a des cas dans lesquels le traitement à domicile est parfaitement possible et pour ceux-là, assez peu nombreux du reste (1), nous demandons le maintien du système mais en quelque sorte à titre exceptionnel. Le traitement à l'hôpital serait réservé à la majorité des cas.
Puis, — et ce sera là un autre moyen de faire cesser l'encombrement des salles d'hôpitaux et de satisfaire en même temps toutes les règles de l'hygiène, — il serait simple d’éloigner de Paris, d'isoler les phtisiques tuberculeux et de créer d’autres asiles pour les malades chroniques (2)? N'’est-il pas possible de faire à la campagne des hôpitaux de phtisiques, établis avec la plus stricte écono-
(1) Dans la discussion du Décret de 1895 devant le conseil de surveillance, M. Risler déclara qu’à la suite d’une enquête faite par lui sur 150 malades du 7e arrondissement en traitement à l'hôpital, aucun de ces malades n'aurait pu être soigné à domicile.
(Rapp. de M. Bonthoux sur le projet de révision du Décret de 1886.)
(2) Rapp. de M. Fleury-Ravarin, p. 109, op. cil. L’encombrement des hôpitaux résulte en effet de La présence dans les salles de malades chroniques, dont la place serait à l’hospice.
mie : « Les phtisiques, dit M. Fleury-Ravarin (1), ne peuvent être renvoyés dans leurs familles où ils apporteraient les germes de leur maladie et feraient de nouvelles victimes ; la société doit les recueillir, mais au lieu de les recevoir dans des établissements, il est indispensable, si l’on veut ménager les finances publiques, de leur offrir un abri dans de petits hôpitaux ruraux, véritables garderies analogues aux cités ouvrières où ces malheureux qui n'ont besoin que d'air et de lumière puissent mourir en paix. »
Et puis, si les hôpitaux sont trop encombrés, qu'on en crée d’autres. On admet bien avec nous en théorie que le système du traitement à l'hôpital est le meilleur et puis on leconsidère comme peu pratique parce qu'aujourd'hui les instruments font défaut pour l'appliquer. Ce serait un moyen facile d'arrêter toutes les réformes.
Mais, et c’est surtout le point de vue auquel nous arrivons maintenant, on objecte la dépense. Le traitement à l'hôpital coûte plus cher que le traitement à domicile. Qu'importe, répondrons-nous tout d’abord, si sa supériorité est démontrée. Il est impossible, quand il y va de la santé publique, qu’à Paris on ne trouve pas Les fonds pour combler les déficits occasionnés par la substitution de l’un à l’autre dans les termes que nous avons indiqués. Mais nous allons plus loin et nous estimons que, contrairement à l'opinion généralement répandue le traitement à domicile coûte plus cher que le traitement à l'hôpital.
Le traitement à domicile suppose en effet comme contre-partie à côté du secours en nature (visites du médecin, fournitures de médicaments) un secours de maladie
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en argent: il faut bien puisque l’on prétend favoriser l’esprit de famille, et en resserrer les liens, que le malade pauvre trouve chez lui quelques-uns des avantages dont il jouirait dans un établissement particulier. « Quand, dit M. Gory (1), le chef de famille est à l'hôpital, la femme restée libre peut encore travailler ; mais le modeste gain de cette dernière est perdu si elle est obligée de soigner son mari malade. Il est donc nécessaire qu’en dehors des visites du médecin et des médicaments, le malade lorsqu'il est chef de famille reçoive un secours de maladie. Si ce secours vient à manquer la misère envahit le ménage, les cœurs se découragent, les esprits s’aigrissent et ces liens de famille qui devaient se resserrer, se relàâchent au contraire : l'idée de l'hôpital se présente naturellement; on y pousse le malade et lui-même y aspire pour pouvoir souffrir en paix,ne plus voir la détresse, et ne plus entendre les plaintes de ceux qui lui sont chers. »
Or aujourd’hui pour répondre à ce but, voyons quel secours est attribué aux malades. En 4895 (2), le chiffre total des secours de maladie distribués a été de 260.107 fr. 41, soit 12.062 francs de secours de convalescence, 20.532 fr. 41 en nature et de 227.513 francs en argent, et Ie nombre des journées de maladie de 658.963. La dépense totale du traitement à domicile ayant été de 1.011.597 fr. 20, il en résulte que le prix moyen de la Journée par malade soigné a été de 1 fr. 54, ce qui fait comme secours de maladie, — une fois défalqués les 0 fr.90, montant des frais de médecin, de médicaments et de bains, — 0 fr. 64 (3). I suffit
(4) Gory, Les secours à domicile dans Paris, p. 69.
(2) Rapp. sur le traitement des malades à domicile pendant les années
1893, 1894, 1895 (Le rapport sur les années 1896, 97, 98 n’a pas encore
paru actuellement).
(3) IL faut cependant noter que tous les malades n'ayant pas recu de
de signaler cette somme pour montrer qu'il est impossible à un malade pauvre traité à domicile de se procurer théoriquement tout ce que le secours de maladie devrait lui permettre d'acquérir. En tous cas, il est bien évident que dans ces conditions, la journée du traitement à domicile est beaucoup moins chère que celle d'hôpital: cette dernière à été dans la même année de 3 fr. 37 dans les hôpitaux généraux et de 3 fr. 75 dans les hôpitaux spéciaux (1) et encore ne comprend-on pas les frais de premier établissement qui sont considérables (2).
Mais la différence très sensible entre le prix de revient des deux journées pourrait être très atténuée si l’on écartait le gaspillage malheureusement trop considérable qui existe dans les hôpitaux et cela ne serait pas impossible puisqu’à Laënnec par exemple, le prix de la journée ne s'élève qu’à 2 fr. 75 (3). D’autre part, on pourrait se servir plus fréquemment du moyen déjà usité aujourd’hui qui consiste à se faire rembourser (4) tout au moins en partie par les malades, qui ne sont pas en état d’indigence notoire, les frais de séjour dans les hôpitaux. Les économies qu’on pourrait ainsi réaliser atténueraient très notablement le prix de la journée d'hôpital.
secours, le chiffre du secours par malade est un peu plus élevé. Mais, comme nous le dirons plus loin, pour que le traitement à domicile soit efficace, il faudrait que presque tous les malades recoivent des secours. Voir à la page 109, note 3.
(1) Compte moral de l'Administration de l’Assistance publique de 1896.
(2) L'hôpital Lariboisière et l'Hôtel-Dieu ont coûté près de 10 millions soit une rente de près de 3 millions et demi de francs, pour 1900 lits. Mais ces établissements ont été construits fort luxueusement ; il aurait été possible de les construire à bien meilleur marché.
(3) Il n’y a pas de clinique à Laënnec, c’est pourquoi le prix de la journée y est peu élevé.
(4) En Allemagne, on recoit fort peu de malades gratuitement dans les
hôpitaux. Il est vrai que le système de l'assurance obligatoire contre la maladie fonctionne pour les ouvriers.
Admettons cependant que les chiffres, que nous venons de citer, restent ce qu'ils sont aujourd'hui: s’il est exact de dire que dans la pratique le prix du traitement à l’hôpital est actuellement plus cher que celui du traitement à domicile, il est certain que si le second était bien appliqué il deviendrait au contraire Le plus élevé. En effet, on a proposé de porter le secours de maladie à À franc (1) au maximum : dans ces conditions le prix de la journée du traitement à domicile serait sensiblement le même que celui de la journée, dans certains hôpitaux. Mais alors ne vaut-il pas mieux préférer le traitement à l'hôpital puisque c’est l'intérêt du public et des malades eux-mêmes ? I ne semble pas qu’il puisse y avoir d’hésitation sur ce point : la présence d’un malade cause toujours une grande gène (2) dans un ménage pauvre, or est-ce un secours de { franc par jour, — en supposant que le secours de maladie soit véritablement porté à cette somme (3), — qui remplacera le salaire que la femme obligée de rester à la maison pour soigner le malade n’apportera plus au ménage. Et puis, il faut à un malade une nourriture exceptionnelle ; moins abondante sans doute qu'en temps ordinaire, mais aussi plus chère. L'augmentation du secours de maladie serait donc insuffisante et le chiffre de 1 franc devrait certainement être dépassé, et si l’on ajoute au secours de maladie en argent les secours en nature qui peuvent être nécessaires, la somme que représentent les frais de visite du médecin et de médicaments, il est facile
(4) Rapport de M. Fleury-Ravarin, op. cit.
(2) Proc.-verb. de la Commission de Rev. du D. du 12 août 1886 (Cons. de Sur.), op. cit., p. 118.
(3} Actuellement 16.054 malades ayant recu 260.000 francs de sécours de maladie, cela fait en moyenne 7 fr. 09 par malade secouru ; la duréé moyenne de la maladie étant de 7 journées, chaque maläde sécouru sem-
de voir que la journée de traitement à domicile sera plus élevée que celle du traitement à l'hôpital. Et il ne faut pas,pour avoir une somme {olale approximative, labler sur le nombre des individus secourus officiellement comme malades, il ne s’est élevé en 1895 qu à 15, 42 0/0 du chiffre des malades (1). Mais en premier lieu beaucoup de malades étaient déjà secourus comme indigents ou nécessiteux et puis,si le traitement à domicile était sérieusement organisé, presque tous les malades devraient être secourus : en effet sur 104.060 individus qui ont été traités à domicile en 1895, 18 0/0 ont seulement été secourus ; Les autres étaient des indigents ou des nécessiteux que lon ne peut guère supposer plus heureux ; tous ces malheureux auraient eu certainement besoin d’un secours, que l'on n'accorde aujourd’hui que dans des cas urgents.
En définitive au point de vue technique, au point de vue de l'hygiène et des soins, la supériorité de l’hôpital est incontestable : sans doute on peut objecter que la loi récente du 15 juillet 1893 sur l'assistance médicale gratuite a adopté au contraire en principe le traitement à domicile, mais il faut remarquer que la loi organisait le service médical dans toute la France et qu'il existe de nombreuses communes fort éloignées d’un hôpital : dans ces conditions il fallait aller au plus pressé, mieux valait d’abord organiser le traitement à domicile gratuit pour les indigents que de laisser les choses en étatcomme
ble donc avoir recu 1 fr. 01 de secours par jour. Mais dans le chiffre de 260.000 francs sont compris les secours de convalescence, et les secours de maladie en nature ; réellement le chiffre du secours de maladie est donc inférieur à 1 franc par jour et par malade.
. (4) Rapp. sur le traitement des malades à domicile pendant les années 1893, 9%, 95, — En 1895, 16.054 malades ont été secourus, sur 104.060 qui ont été lraités.
par le passé, c'est-à-dire les malades pauvres sans soins.
Aujourd'hui en fait à Paris, on a maintenu le parallélisme des deux modes de secours : dans les textes il existe une faveur marquée pour le traitement à domicile, dans la pratique on emploie surtout le traitement à l'hôpital. Pour nous, en présence des faits que nous venons de signaler, nousn’hésitons pas à affirmer qu’en ce qui concerne Paris, le traitement à l'hôpital devrait être pour les malades le mode normal de secours, et que ce n’est exceptionnellement qu'on devrait mettre en pratique le traitement à domicile. Le système de la loi de 1893 peut à la rigueur être maintenu à la campagne, où les conditions de la vie sont si différentes, mais nous croyons qu'il serait dangereux de l'appliquer à Paris.
La loi de 1893 à une autre portée; elle renferme un principe nouveau qui a une importance considérable : Le droit à l'assistance pour les malades indigents. Tout Français indigent reçoit gratuitement de la commune, du département ou de l'Etat, suivant son domicile de secours, l'assistance médicale à domicile ou dans un établissement hospitalier. Le domicile de secours s’établit : 1° par une résidence d’un an dans la commune postérieurement à la majorité ; 2° par la filiation ; 3° par le mariage ; ilse perd: L° par une absence ininterrompue d’un an, après la majorité ; 2 par l'acquisition d’un autre domicile de secours. Si l’indigent n’a pas son domicile de secours dans la commune, c’est le département qui supporte les frais ; s’il n’a aucun domicile de secours, c’est l'Etat. Désormais le principe de l’obligation de l'assistance médicale constitue un droit pour le malade indigent.
A Paris le principe même de l'assistance obligatoire pour les malades n'avait pas une grande importance, car en fait
112 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Il
on peut dire que tous les malades sans distinction d’origine y ont toujours élé très largement secourus, mais au point de vue financier la question de l’application de la loi présente plus d'importance. En effet sur les 104.000 individus admis en 1895 à l'assistance médicale, un tiers seulement était originaire de Paris, et un grand nombre n’y avaient pas même leur domicile de secours. Or les dépenses du service de l'assistance médicale à Paris s’élevant à un million, la ville de Paris ne doit plus avoir désormais à supporter que les dépenses occasionnées par les malades ayant chez elle leur domicile de secours; pour les autres elle a le droit, suivant les cas, de demander le remboursement de ses avances à l'Etat, aux départements ou aux communes. Malheureusement, en fait, la loi de 1893 n’est pas appliquée à Paris, par une anomalie qui constitue une illégalité, la loi de 1893 ayant été déclarée faite pour toute la France (1). Qu'on n’applique pas à Paris les dispositions de détail de la loi, nous n’y voyons aucun inconvénient ; mais il nous parait injustifiable de ne pas y rendre applicable le principe de la loi. Nous ne voudrions point croire cependant que l'État, qui aurait à supporter les frais nécessités par le traitement des nombreux malades soignés à Paris n’ayant pas de domicile de secours, veuille aussi se soustraire aux charges que lui impose la loi de 1893, mais nous regrettons de ne voir aucune autre explication plausible du*peu de bonne volonté mis par l'Etat à faire aboutir les pourparlers engagés avec lui à cette occasion par le Conseil municipal de Paris (2). Il
(1) C’est ce qui d'ailleurs résulte d’un avis récent de la section de l’Intérieur du Conseil d'Etat et de l’envoi d’une circulaire du ministre de l'Intérieur au préfet de la Seine pour l'application de la loi dans tout le département de la Seine.
(2) Depuis près de deux ans le Conseil municipal est en pourparlers à ce sujet avec l'Etat. Aucune solution n’est encore intervenue.
est, en effet, étonnant que la Ville qui a le plus fait en France pour l'assistance médicale, qui a le plus largement secouru les malades, se voie seule privée des bénéfices sur lesquels elle pouvait compter avec le nouveau principe de l'assistance médicale obligatoire.
En résumé, au point de vue financier, le traitement à domicile appliqué comme il devrait l’étre coûterait certainement aussi cher, à notre avis plus cher, que le traitement à l'hôpital et à ce deuxième point de vue encore ce dernier nous paraît avoir la supériorité. Mais cette raison ne serait-elle pas en notre faveur que nous demeurerions, quoique ce soit là une opinion généralement contestée, partisan convaincu du traitement à l'hôpital (1) pour la généralité des cas, en ne laissant subsister le traitement à domicile que pour les maladies bénignes, sans conséquences graves (2).
(1) En 18,un membre du Conseil général des hospices de Paris disait dans un document officiel : « Nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer notre pensée que ce système si séduisant en théorie est réellement inapplicable dans beaucoup de cas et présenterait infiniment de difficultés dans l'exécution. » C’est en fait ce que l'on constate aujourd'hui.
Sur ce point, d’ailleurs, nous voudrions qu'on conservât le personnel médical, chargé du traitement à domicile, tel qu'il existe aujourd’hui, Ces médecins resteraient chargés de visiter les malades soignés à domicile et surtout, nous le dirons plus loin, devraient désigner les malades qui sans dangers peuvent être trailés chez eux.
(2) Voici le mouvement du traitement à domicile en 1895 (Rapport sur
le traitement des malades à domicile pendant les années 1893, 1894, 1895) : Nombre de radiations.
Guéris ou convalescents . . . . . 1923" 18,34 0/0 Renvoyés aux consultations. . . . 56,625 53,60 0/0 Réputés chroniques =. 11,0", 5.140 5,40 0/0 Transporlés dans les hôpitaux . . 8.365 7,90 0/0 Décédés-e essaie alle 4.976 4,60 0/0 Radiés pour des causes diverses . 10.737 16,16 0/0