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FUNÉRAIRES

ADRASTE. - ENNIO. - EUMÈNES.-EUPHRASIF.

Adraste. — JL/E soleil se cache derrière le Mont-Calvaire ; et notre jeune Eumènes n'est point encore arrivé.

ENx\tjo. — Je crois l'apercevoir côtoyant la Seine. Une jeune femme , vêtue d'habits de deuil , s'appuie sur son bras. Allons à sa rencontre. . . .

Adraste. — Il nous a vus, et double le pas.

EuMÈNES. — Je vous présente ma sœur ; elle a voulu m'accompagner. — Son ame est bien triste ! Elle a perdu , il y a près d'une

l6 DES SÉPULTURES.

armée , tout ce qui l'attachait à la vie ; son époux et un fils unique qui déjà commençait à bégayer le nom de sa mère. . . . Depuis ce tems , elle aime à nourrir sa douleur de pensées mélancoliques.

Adraste. — Allons nous asseoir sous ces deux cyprès. Us couvrent les cendres de mon frère. Avant moi il occupait cette maison. Il fixa lui-même la place où il voulait que son corps fut déposé. J'ai exécuté sa volonté dernière. . . .

Euphrasie. — Heureux qui peut venir pleurer sur le tombeau de l'être qu'il aima! .... Hélas ! pour moi je suis privée de ce douloureux plaisir. Mou époux a été déposé dans le lieu de la sépulture commune. On l'arracha de mes bras ; on m'empêcha de suivre son corps... Quelques jours après , je voulus visiter le lieu où il avait été enseveli : je me fis conduire là, par ce chemin. . . . On me montre une fosse énorme, des cadavres amoncelés. . . .j'en frémis encore. Il me fallut renoncer à découvrir où reposait sa cendre. L'homme vertueux , le Savant, le brave Guerrier, sont jetés dans une même fosse avec le malfaiteur ou le lâche

cunemi de son pays. — Uu mois après, mon fils mourut. Ali î du moins celui-ci je le possède encore , quoiqu'il ue me rende plus mes baisers et ne réponde plus à ma voix. Grâces aux découvertes de la moderne cliyruie , on a su conserver à mon fils ses traits, et presque la couleur de son teint. . . . Mais quel est ce bruit qui se fait entendre au-dessous du lieu où nous sommes assis? Ce sont, je crois , les accens de la colère et de l'injure.

Adraste. — Je vous annonce un spectacle qui vous inspirera une juste horreur. Ces hommes qui portent au cimetière commun les morts de la ville , s'enivrent souvent sur la route, se disputent , ou , ce qui révolte encore plus , chantent gaiement , sans que l'officier public qui les accompagne , puisse leur imposer silence

Ennio. — Quoi ! l'°n permet cette indécence ! Que respecteront ceux qui ne respectent pas les morts ?

Adraste. — Soyons justes ; les funérailles ne se font pas toujours avec si peu de pompe. Quelquefois toute une famille accompagne le mort jusqu'à sa dernière demeure,

avec recueillement et tristesse. J'ai vu la première de nos sociétés savantes , suivre en silence , des branches de cvprès à la main, les restes d'un Borda, d'un Baudin , de quelques autres encore. Avant que les corps fussent descendus dans la tombe , tin des membres de cette société rappelait dans une oraison funèbre , les vertus et les talens de

son confrère , de son ami Mais, comme

ces hommes estimables étaient douloureusement affectés de Vètat révoltant des lieux ou les Citoyens étaient déposés /.... (i) Ce furent leurs réclamations qui attirèrent l'attention du Gouvernement sur les sépultures publiques , et qui l'ont sans doute déterminé à faire proposer la question qui nous occupe.

Enjvio. — Eh bien ! mettons quelque ordre dans notre discussion. Adraste, ne nous aviezvous pas promis uu projet d'institutions funéraires ?

Adraste. — Oui ; et je tiendrai parole. — Mais Eumènes n'a-t-il rien à nous dire?

(i) Rapport du citoyen Camus, de l'Institut National, sur (es sépultures.

DIALOGUE IL îg

Euménes. — Je l'avouerai à ma honte ; je me suis vu arrêté dans mes recherches, dès les premiers pas. J'avais bien trouvé des modèles d'institutions funéraires chez les anciens : mais presque toutes avaient pour base des opinions religieuses ; et l'on veut , avec raison , des institutions qui ne rappellent aucune religion , des cérémonies dans lesquelles il ne doit être introduit aucune forme oui appartienne à un culte quelconque (2). Il m'a été impossible alors de résoudre le problême.

Adraste. — Je crois avoir été plus heureux. Je me suis dit : Que peut vouloir le gouvernement en proposant la question sur les sépultures ?

Que les mourans ne soient pas délaissés ; qu'ils soient secourus, soignés, servis avec bienveillance et piété ;

. Que les morts ne soient pas rejetés sans honneur , hors de la société dont ils ont fait partie ;

Que leur vie ou leur mort puissent servir d'exemple ou de leçon.

(2) Programme public par l'Institut national.

D'après cela , j'ai recherché d'abord quelles seraient les institutions propres à attacher l'homme sain près du lit du mourant , et à faire rendre ensuite au cadavre les derniers devoirs.

Puisqu'elles ne peuvent plus , ces institutions , être fondées sur des opinions religieuses , il faut leur donner pour base , l'intérêt personnel.

Vous serez étonnés que je fonde sur ce sentiment* la plupart de mes institutions : mais en vérité , c'est l'appui le plus solide , peut-être le seul. Au reste, ce n'est pas pour l'ami vrai, pour le fils respectueux, pour la tendre épouse , qu'il est nécessaire de créer des institutions qui tiennent lieu de lois. Si le monde était peuplé d'ames aimantes et sensibles, on n'aurait pas besoin d'ordonner le respect pour les morts. Les mouraus seraient secourus, les funérailles solennelles, les tombes parées de fleurs et arrosées de larmes.

11 est encore un sentiment qu'il faut réveiller dans le cœur des hommes , si l'on veut que les morts soient honorés et par de dignes funérailles et par des tombeaux. Ce sentiment est celui de la reconnaissance.

Que la reconnaissance , cette vertu qui n'est autre chose que la justice , reprenne son rang parmi les premières vertus , et bientôt les cérémonies funèbres ne seront plus de vaines formalités. Flétrissons les ingrats , et les restes de l'homme bieufaisant ne seront plus transportés sans cortège dans leur dernier asyle.

Ennjo. — Mon ami, ces principes me paraissent incontestables. Mais il me semble que l'on demande autre chose que des maximes nécessairement vagues ou trop générales. On veut des projets de lois, et même des réglemens (3J.

Adraste. — Je le sais ; et je viens à l'application de mes priucipes.

Mais d'abord je dois vous développer quelques dispositions préliminaires qu'il faudrait adopter , et sans lesquelles mon Code funèbre serait à peu près inexécutable.

Autrefois les prêtres exerçaient une espèce de magistrature sur la naissance, le mariage et la mort. On a cru les remplacer par des officiers municipaux : je doute qu'on ait réussi.

(3) Voyez le Programme.

22 DES SEPULTU RES.

Ceux-ci , surchargés de beaucoup d'autres affaires , ue donnent à ces détails de police qu'une partie de leur attention et de leur tems. Et il nj a pourtant de bien gouvernés que les Etals où chaque administrateur ou juge n'a qu'un nombre d'attributions assez circonscrit pour qu'il puisse porter sur toutes , l'intérêt et la surveillance qu'elles réclament.

Ewnio. — Vous dites vrai. Les anciens , les Athéniens surtout , avaient reconnu ce principe. Voilà saus doute pourquoi on comptait chez eux tant de magistrats de toute espèce. Vous trouverez dans Gronovius , la longue nomenclature des seuls magistrats de police. Chacun n'avait pour ainsi dire qu'une

\ seule attribution. Celui-ci surveillait les rues, un autre les édifices particuliers , un autre les

> monumeus publics , un autre les fontaines ; celui-ci devait empêcher que les femmes n'étalassent trop de luxe , celui - là que les festins ne fussent trop splendides , et que les convives n'excédassent le nombre fixé par la loi, etc., etc. ( 4 ). Mais à présent que les

(4) V. Urbonïs Emmii, descriptio Reipublieœ Atheniensis ; l. 61. — 2. In Gronovio , tom. IF.

magistrats n'ont souvent d'autre ressource pour vivre , que les émolumens de leur place , et que dès -lors cette place doit être assez lucrative , l'Etat rie pourrait supporter les frais d'administration , si on multipliait à ce point les magistratures.

Adraste. — J'en conviens. Mais si leur nombre est reconnu insuffisant , il faudra bien en créer d'autres. Croyez - moi , les cartons i des tribunaux et des administrations , regor- ; géant d'afîàires qui pour la plupart méritaient '■■ une décision , et n'en obtiendront jamais ; plusieurs parties de la police, tant générale que locale, presque entièrement abandonnées , prouvent le besoin de quelques nouvelles ] magistratures ou administrations ( mots qui se trouvent quelquefois à peu près synonymes ; car l'administrateur juge , comme le magistrat ). Je demande un préposé aux sépultures , ou magistrat des funérailles. Si on met au nombre de ses attributions les naissances , alors ou lui donnera un autre nom qui désignera les deux espèces de fondions qui lui seront confiées. Je voudrais qu'il fut choisi dans la classe des hommes riches , qu'il

eût atteint l'âge delà vieillesse, que toute sa vie fût exempte de reproches. C'est , comme nous allons voir , un véritable sacerdoce qu'il aurait à remplir.

Je ne lui donnerais à surveiller qu'un arrondissement peu étendu : A Paris , une municipalité ; dans les départemens , une commune ou une section de commune de cinq à six mille âmes au plus (S).

Son premier devoir serait de veiller sur les mourans. Si nous réclamons le respect pour des cendres insensibles , nous réclamerons bien plus fortement des soins et des égards pour l'homme qu'anime encore le souffle de la I vie, et dont ou peut rendre les derniers soupirs moins douloureux. Combien ne voit-on pas^ de malheureux pères de famille , abandonnés en ce terrible moment , à la pitié de quelques j valets , par des fils ingrats! — Ah ! cherchons ' uue institution qui rassure ceux qui n'ont que des parens inhumains , ou qui n'ont point de parens, contre la crainte d'être délaissés de tous les hommes , à l'heure où l'on a le plus besoin de secours et de consolations.

(5) Voyez les notes , à la fin du volume.

Une loi accorderait à celui qui n'aurait point quitté un citoyen dans sa dernière maladie , qui aurait reçu son dernier soupir, le meuble qui lui était le plus cher, sa montre , par exemple , ou son anneau ; et , si c'était un artiste , un de ses tableaux, une de ses statues ; si c'était un artisan , l'outil qu'il employait le plus souvent dans ses travaux, l'outil ou l'instrument qu'il avait inventé, dans le cas où il aurait fait des découvertes dans son art. Ce présent ne serait pourtant décerné que par le magistrat des funérailles , et sur l'attestation donnée par deux parens non - héritiers , ou par les voisins du mort , que cette récompense est méritée.

Outre ce présent , le magistrat aurait encore le droit de lui adjuger une portion dans le mobilier ( laquelle ne pourrait excéder pourtant le vingtième de sa valeur) ; et s'il était prouvé que le mort eût manqué, dans sa dernière maladie , des remèdes , des objets les plus indispensables , quoiqu'il eût des parens riches , le magistrat pourrait frapper d'une amende , dont la quotité serait déterminée par une loi , la famille opulente et barbare.

Cette amende serait au profit de celui qui aurait été jugé digne de recevoir le présent de mort,

A ces dous , il faudrait joindre des récompenses morales ou plutôt honorifiques ; et pour de certaines âmes , elles seraient plus précieuses que les dous.

Aux funérailles , celui qui aurait bien mérité du mort par sou humanité et ses soins, aurait une place distinguée dans le cortège : il marcherait toujours , par exemple, le plus près du mort.

Il n'est pas nécessaire de dire que les femmes auraient droit à ces récompenses dues au moins éclatant, mais peut-être au plus grand des bienfaits. Sans doute même elles les obtiendraient bien plus souvent que les liommes. J'en ai pour garans cette piété, cette habituelle charité , doux besoin de leurs âmes.

Ce serait aux yeux du public , et avec quelque solennité , que le magistrat donnerait , à titre de récompense , l'anneau , le bijou , l'outil le plus cher au mort. — Mais j'aurai encore occasion de revenir sur cette institution nouvelle.

Eumenes. — Voilà bien la récompense des soins , fixée avec justice : mais vous ne punissez point l'ingratitude.

Adraste. — Ne sera-ce point une assez grande peine pour le fils ingrat , le frère insensible , de voir qu'un étranger a obtenu le prix qu'il aurait du mériter ; que cet étranger marche avant lui dans la pompe funèbre ; qu'il le proclame pour ainsi dire ingrat aux jeux de ses compatriotes. Mais retournons encore près du lit du mourant.

— Il vient d'expirer.

Que ce soit un devoir pour ceux qui ont été témoins de ses derniers momens , d'annoncer la nouvelle de sou trépas à ses parens les plus proches et à ses amis. Sans doute plusieurs d'entre eux viendront le visiter dans son lit de mort , et lui dire un éternel adieu.

On lavera son corps , afin que la vue n'en soit ni dégoûtante , ni pénible ; on le parfumera , on brûlera dans la chambre ou le genièvre , ou faloès , ou le suc de l'olivier.

Des plantes fortement odorantes , l'absvnthe , la sauge , la rhue , le thym , la lavande seraient jetés sur sou lit. Des

branches de cyprès , d'if , de cèdre et de pin , attachées aux lambris de la chambre , entretiendraient la fraîcheur de l'air.

Ce ne sont point ici de vaines décorations que je demande; je souge à la salubrité: je veux que l'air ne soit pas infecté des vapeurs quelquefois malfaisantes qui s'exhalent d'un cadavre.

y- C'est également pour l'intérêt de ceux qui viendront visiter le mort , que je voudrais que l'on plaçât à la porte de la maison un grand vase plein d'eau , dans lequel ils pourraient, en sortant , se laver les mains et la figure, et enlever ainsi les miasmes qui auraient pu s'y attacher.

Au-dessus du vase , sur la porte extérieure , un drapeau noir indiquerait aux passaus que dans cette maison un citoyen a cessé de vivre.

Euphraste. — Ne pourrait-on indiquer par quelque emblème, l'âge du mort, son sexe, le rang même qu'il tenait dausla société ? Une rose blanche attachée sur le drapeau désignerait la jeune fille ; un lys blanc , le jeune homme ; un laurier ,1e guerrier , etc. , etc. Nous négligeons

trop ce langage emblématique qui agit si rapidement par les jeux , sur l'imagination.

Adraste. — J'adopte cette idée. Un des articles de mon règlement remplirait votre vœu.

Les corps resteraient ainsi exposés dans leur maison , pendant vingt-quatre heures , aux regards de la famille ou des amis. C'est alors que l'on pourrait essayer tous les moyens indiqués par les médecins , pour s'assurer que la mort est réelle. On connaît les dangers des inhumatious précipitées. Au reste , les anciennes ordonnances ont établi , à ce sujet , les plus sages dispositions. Il ne faut que les faire exécuter.

Après l'exposition du mort pendant un jour , dans son appartement , avec la solennité que nous venons de décrire , le corps serait transporté dans le lieu consacré à Xexposition publique.

Dans les grandes communes , un chariot couvert d'une étoffe noire , et de branches de cyprès , viendrait , à la chute du jour , chercher le mort pour le transporter dans le temple de l'arrondissement communal. Dans les communes peu étendues , on le trams-

3o DES SÉPULTURES.

porterait sur un brancard. Les parens du mort pourraient se charger de ce triste soiu.

Cette première trauslatiozi s'exécuterait sans de grandes cérémonies. Celui qui a reçu les derniers soupirs du mort ( on pourrait lui donner le nom de Pieux-consolateur des mourans) et quelques serviteurs accompagneraient seuls la bierre.

Les funérailles ne doivent commencer que dans le temple. Pourquoi réunir dans une maison devenue l'asyle de la douleur , une foule d'étrangers qui n'ont pas* les mêmes motifs de verser des larmes , et dont l'air d'indifférence contraste avec la tristesse d'une fàrui|le qui d'ailleurs est importunée par les soins qu'il faut se donner pour recevoir ces prétendus amis !

C'est clans le temple que resteraient déposés les registres mortuaires de l'arrondissement; il contiendrait aussi ceux des naissances.

Les déclarations des naissances seraient reçues dans une autre partie du temple, mais toujours dans le même temple. 11 me paraît philosophique et utile de rapprocher ainsi le premier acte et le dernier de la vie. Si d'un côté on s'afflige de ce que la société

DIALOGUE II. 3 l

est privée de l'un de ses membres, de l'autre on reçoit quelque consolation de ce que la place qu'il laissait vide, est à l'instant même remplie. En réfléchissant sur cette succession

rapide et jamais interrompue des générations

1 *» • i u- ta

. humaines , on reconnaît une providence bienfaisante et conservatrice.

Dans le temple , les morts seraient placés dans une enceiute fermée d'une grille , et où se tiendraient les seuls préposés aux sépultures ( ceux qui porteraient le corps dans le tombeau ). Ils auraient un costume couforme à leur triste emploi.

Les corps resteraient , toute la nuit , exposés dans cette enceinte , le visage découvert , à moins que l'aspect n'en fût trop hideux. Il serait permis toute la nuit de venir visiter le citoyen qu'a perdu la patrie : toute la nuit , l'amitié , la reconnaissance pourraient lui rendre un dernier hommage.

Les lits de repos placés dans l'enceinte ,

seraient absolument uniformes ; les voiles qui

couvriraient les corps , de la même étoffe.

.-; Là , comme à l'instant de la naissance , on

doit retrouver l'image de l'égalité naturelle.

Le matin , dès le lever du soleil , les per-

sonnes invitées aux funérailles , se réuniraient dans le temple.

Le magistrat y viendrait recevoir et inscrire sur le registre , les déclarations nécessaires pour constater la mort.

i Je désirerais qu'aux déclarations qui sont en usage, on ajoutât des renseignemens dont la médecine pourrait profiter. Par exemple , après avoir inscrit l'âge du malade , on relaterait sur une des colonnes du registre , son tempérament habituel , la maladie dont il est mort , l'inutilité ou le succès de tels ou tels remèdes. S'il avait eu un médecin , cette déclaration serait envoyée par le médecin même au magistrat.

Après l'inscription de l'acte mortuaire , un fils , un parent , un ami pourrait demander au magistrat la permission de rappeler les vertus du mort. C'est ainsi que l'on rétablirait l'usage des oraisons funèbres. Mais le tems accordé à l'orateur serait limité : l'orateur serait invité à n'offrir que des j ails.

Ensuite , le magistrat ouvrirait le testament du mort, s'il en avait fait un , et le lirait à haute voix. — Ce n'est qu'en ce moment que le testament pourrait être

ouvert. Une copie resterait dans les archives du temple.

Après ces actes qui lui seraient exclusivement attribués , et donneraient à sa place une bien grande importance , le magistrat décernerait le présent de mort , et , comme je l'ai dit , sur l'avis de deux des pareus non-héritiers , ou des voisins.

Le cortège se met en marche. Les parens éloignés sont les premiers du cortège ; l'épouse ou le fils suivent immédiatement le cercueil , devant lequel marche le Pieuxconsolateur ,1e présent de mort à* la main, et précédé d'un drapeau noir.

Lorsqu'un enfant , un jeune homme ou une jeune fille meurt , il faudrait que le magistrat eût le droit de forcer les enfàns ou les jeunes gens des deux sexes de la même famille , d'être présens aux funérailles, et d'accompagner le cercueil. Là ils puiseraient d'utiles leçons. Combien n'est-il pas a désirer que ceux qui commencent la vie réfléchissent souvent sur sa fragilité ! C'est alors qu'ils sont moins tentés d'abuser d'un bien si précaire.

11 serait permis aux familles riches de mettre quelque pompe dans les funérailles.

Par exemple , la marche du cortège pourrait se faire aux sons tristes d'une musique funèbre ; on y pourrait porter la statue ou seulement le buste du mort , etc. , etc. Mais dans le temple , comme je l'ai dit , les cérémonies seraient les mêmes pour tous.

Ejnnio. — Ce qui me plaît dans votre plan, c'est qu'il peut s'exécuter sans frais ; et à Paris , comme dans le département le plus éloigné, le moins opulent, et même dans les campagnes. — : Exposition du corps dans la maison on l'on ne recevrait que la famille et les amis : translation du corps dans le temple où l'exposition devient publique : actes importaus et nécessaires faits avec intérêt , quoiqu 'avec simplicité : l'usage des éloges funèbres rétabli avec des modiScations : ouverture du

testament et distribution du don funèbre

Je ne vois rien dans tout cela , qui ne puisse facilement s'exécuter partout. Vousavez même eu l'attention d'éviter la perte du tems pour ceux qui seraient invités aux cérémonies. La première translation se fait le soir ; les funérailles se font au lever même du soleil: on peut assister à toutes ces cérémonies , sans abandon-

ner ses occupations journalières. C'est le meilleur moyen de rendre le cortège nombreux.

EumÈnes. — Il me semble voir au commencement du jour , et lorsque les rues sont encore désertes , un cortège funèbre défiler avec ordre , s'avancer vers les portes de la ville. . . . Mais où seront les tombeaux ?

Adraste. — C'est-là uniquement, à ce qu'il me semble , ce qui nous reste à examiner. . . Mais la nuit devient froide et humide. La

lune se lève au milieu des vapeurs

Rentrons dans la maison ; et terminons pour aujourd'hui cette mélancolique conversation.

Euphrasie. — Ah î la tristesse qu'elle m'a inspirée , a bien aussi ses charmes.

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